JEAN-BLAISE BILOMBO-SAMBA – Nous sommes des hommes de la palabre

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

JEAN-BLAISE BILOMBO-SAMBA – Nous sommes des hommes de la palabre

Rencontre littéraire : « L’homme adépendant » de Jean-Blaise Bilombo Samba au menu des échanges

Somme poétique de 256 pages publiée aux éditions L’Harmattan en décembre 2020, « L’homme adépendant » présente en trois actes et douze palabres-poèmes un panorama de près d’un demi-siècle de troubles politiques, sociaux et culturels du continent africain à partir de la fenêtre du Bassin du Congo.

Présenté virtuellement sur la page Facebook des Editions+ sous la modération de Maha Lee Cassy, « L’homme adépendant » du poète congolais Jean-Blaise Bilombo Samba tire son origine de la pensée d’Aimé Césaire qui estime que la dépendance est la forme la plus radicale de toute exploitation de l’homme par l’homme. Séduit par cette radicalité de Césaire à couper le cordon avec toutes les formes d’exploitations humaines depuis celles dites ancestrales, l’écrivain congolais tente de construire un qualificatif, un substantif, un prolongement, un écho à partir de ce néologisme en l’associant à l’homme.

De son point de vue, l’homme adépendant serait cet humain chargé de veiller à l’exercice de l’indépendance, réaliser un carnet de cette adépendance, donc de ce refus toute exploitation de l’homme par l’homme. « Au moment où je tombais sur cette citation de Césaire en 1982, il y avait déjà un ou deux textes de la somme poétique qui étaient écrits. Le terme adépendance a été un déclic pour donner une cohérence à tous les textes qui pouvaient participer à cette prochaine somme poétique. Cela a été un travail de patience car il fallait publier d’autres ouvrages, et en même temps s’occuper de celui-ci », a déclaré l’auteur au cours des échanges.

« L’homme adépendant » reflète une réalité : celle d’une Afrique francophone toujours dépendante du colon, en dépit de sa souveraineté politique. « C’est triste à dire mais on a l’impression que pour l’Afrique francophone, sans la France elle ne peut rien faire, ni exister et elle désire toujours être congratulée par la métropole. C’est de la servitude volontaire », s’insurge le poète congolais. Pour lui, la jeunesse doit fournir de nouvelles armes de consciences critiques pour réévaluer cela, afin de construire la distanciation nécessaire pour une autonomisation existentielle.

Pour ce travail de longue haleine, Jean-Blaise Bilombo Samba a essayé de respecter la démarche aristoticienne qui donne trois palabres pour le premier acte, six palabres pour le deuxième et trois autres palabres pour le dernier acte. D’où un total de douze palabres, en plus du texte d’ouverture et celui de clôture. On y retrouve également les trois tons poétiques d’Aristote dans la disposition des textes, avec un mouvement d’entrée, de développement et une chute, dont la démarche s’apparente à celle d’un scripte ou d’une intrigue. A ce propos, dans l’acte trois de « L’homme adépendant », il y est présenté des textes datant de 1995, 1998 alors que les derniers textes pour l’essentiel sont récents, tels « Franclin Boukaka, la vie ouverte » de 2010, « Rumba Congo pour Sylvain Bemba » de 2016 et bien d’autres.

L’imaginaire occupe, par ailleurs, une place considérable dans la plupart des textes du livre, avec une dimension de récit parce que pour l’auteur, « l’humain, particulièrement l’homme noir, a besoin de récit et pas seulement d’images et de métaphore. Nous sommes des hommes de la palabre au sens de la conversation infinie, que l’on reprend le lendemain au réveil ».

Notons que ce café littéraire a duré plus d’une 1h 30 min, au grand plaisir des amoureux de la poésie qui ont été satisfaits des échanges fluctueux avec l’auteur.

Né à Brazzaville, Jean-Blaise Bilombo Samba est docteur en pharmacie et titulaire d’un DEA en Sciences de l’environnement. Après sa première publication en 1976, « L’homme adépendant » est sa cinquième et peut-être dernière parution telle qu’il l’a souligné dans cet ouvrage.

                                                 Merveille Atipo et Grace Merveille Ngapia (stagiaire)