BRADHLEY CHADDIN NDJENAMINOU BITSOKI dit MYCROB LYRIKA’L – Le meilleur l’emporte toujours

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

BRADHLEY CHADDIN NDJENAMINOU BITSOKI dit MYCROB LYRIKA’L – Le meilleur l’emporte toujours

Bradhley Chaddin Djenaminou Bitsoki alias Mykrob Lyrika’l est un jeune congolais amoureux du slam même si le dessin fut son premier coup de foudre artistique. Incontournable dans le monde du slam en Afrique et au Congo Brazzaville en particulier, Mykrob Lyrika’l nous livre son coeur sorti des sentiers de la douleur après la mort de son père et nous dit tout son enchantement pour l’art du slam. 

 

Mykrob Lyrika’l, ce nom de scène a-t-il une signification particulière ?

Oui, ce nom a bien une signification toute particulière, pour moi c’est toute une philosophie. Je suis venu dans le monde de l’art par le dessin, ensuite j’ai fait du rap peu avant de découvrir le slam. En effet, étant rappeur, à l’époque il fallait avoir un pseudonyme très marquant. Alors, j’ai choisi de m’appeler « Mykrob », cela s’explique comme un négatif positif, un (vaccin) à l’encontre du microbe destructeur de santé. Voilà ! Puis j’ai ajouté Lyrika’l pour faire parler mon côté écriture.

Adolescent, votre vocation était le dessin, pourquoi avoir abandonné de cette voie ?

Je suis issu d’un milieu parental où, vraiment, les études étaient mises en avant. Donc, j’ai passé mon adolescence sous l’emprise de l’idée, selon laquelle on ne pouvait réussir qu’en faisant des études et qu’embrasser l’art était comme occuper un classement de dernier rang dans la société. Voilà les raisons qui m’ont poussé à laisser tomber le dessin.

Aviez-vous peur qu’il ne nourrisse pas l’homme que vous êtes ?

En effet, j’avais peur que je sois classé dernier de la société au regard de l’image de l’avenir que me miroitaient les parents. Mais l’art m’a rattrapé autrement.

À 19 ans, vous perdez votre père, comment l’avez-vous vécu ?

La mort de mon père fut une épreuve très difficile à surmonter. On ne peut pas perdre son père quand on a 19 ans ! Il m’a fallu vraiment du temps pour dominer ma douleur.

Cet évènement douloureux a-t-il changé le cours de votre vie ?

Oui, ma vie a été totalement changée après le décès de mon père. C’est paradoxal, mais cette épreuve est une évidence que j’ai vécue en mal et en bien tout à la fois. D’abord, je me suis senti bien misérable face à cette cruelle épreuve. Elle ressemblait à une plante qui demandait d’être arrosée pour donner des fleurs puis des fruits. J’avais l’impression qu’elle poussait toute seule sur une terre aride, sans mon avis. J’ai vécu le manque du soutien paternel. Cependant l’absence du père m’a fortifié et fait comprendre qu’à partir de ce jour je devenais un homme capable de prendre ses responsabilités et son avenir en main. En enfin, elle m’a donné un équilibre entre l’indépendance et l’avenir.

Le soutien de votre mère en ce moment-là vous a-t-il permis de tenir le coup ?

La force et le soutien de ma mère m’ont énormément aidé, mais ils n’étaient pas suffisants pour me propulser vers mon avenir. Elle avait toujours été présente dans ma vie.  Elle voulait me voir aller jusqu’au bout de mes études. Ma mère une femme ménagère, une battante malgré tout. Inoubliable !

Abandonnant le dessin, votre carrière a pris un autre tournant avec votre entrée dans le monde musical ?

Ayant abandonné le dessin, je fréquentais les milieux artistiques en cachette. Je raffolais de musique et j’écrivais déjà des textes. Alors, après le décès de mon père je me suis mis à fond dans le rap.

À cette époque vous devenez «Clasheur» : Que signifie donc ce terme ?

À force de rapper partout dans la rue et dans quasiment toutes les écoles de la ville, je suis devenu une image proue du clash. Ce terme est un anglicisme qui signifie un conflit, un duel. Et dans le rap, le clash est un duel entre deux rappeurs. Le meilleur l’emporte toujours.

En 2019 vous vous passionnez finalement pour la poésie avant d’adopter définitivement le slam, pourquoi et comment cela ?

Après de nombreuses années passées dans le rap précisément dans le clash, j’ai voulu exprimer et extérioriser ce que j’avais tout au fond de moi. De plus, il fallait vivre, penser à gagner quelque chose pour subvenir à mes besoins et aussi à ceux de ma famille. Et un jour un ami m’a parlé du slam, un mot que je ne connaissais pas encore, que je n’avais jamais entendu de ma vie. Cet ami fidèle m’invita au Centre culturel français, où je participai un à concours de slam. Imaginez ma joie quand je fus lauréat. D’où ma rupture totale avec le rap et je choisis de me consacrer à ma nouvelle passion : le slam.

Existe-t-il une différence notoire entre le slam et la poésie ?

Une différence notoire ? Notoire peut-être que cela marque une exagération. Sans quoi, le slam est bel et bien une sorte de poésie, mais urbaine. La différence avec la poésie, en tant que telle, se fait légèrement remarquer au regard des registres et des normes ou des critères de l’écriture.

Pouvez-vous citer un auteur congolais qui aura marqué votre esprit et pourquoi ?

Concernant les auteurs congolais qui m’ont marqué, ils sont nombreux. Mais par respect pour le nombre demandé, je cite : Gilles Douta

Vos textes sont une dénonciation de l’obscurité qui pollue les consciences. Croyez-vous les mots capables de combattre le mal ?

Effectivement, j’ai opté pour l’engagement pour stimuler les consciences, crier à l’injustice et à toute forme d’inégalité. Pour réponse précise à la question, les mots ont une force et un pouvoir de changer le caractère de l’humain. Pour ne pas sortir du contexte, la Bible affirme qu’au commencement était la parole. Alors, si nous pouvons percer cette assertion, peut-être que nous pouvons déduire que les mots peuvent combattre les maux.

N’avez-vous pas peur de la censure ?

La censure ? Oui peut-être, mais je m’arrange pour ne pas être un cheveu dans la soupe des politiques, bien que je glisse des vérités de façon dissimulée dans mes textes.

Trouvez-vous que l’Art mérite toute l’attention des dirigeants au Congo ?

C’est là une question très épineuse, mais bon, tout dépend de la discipline artistique que vous évoquez. Au sens de l’art oratoire, je pense que oui, quand ils se sentent morveux.

Vous avez déjà participé à des festivals de slam au Congo : des invitations hors du pays en vue ?

J’ai reçu des invitations de Guadeloupe.

Des nouveaux projets ?

Concernant les projets il y en a tant sur lesquels je travaille! Mais pour l’heure n’est dévoilé que mon single intitulé « Portrait-réalité » sorti il y a quelque temps déjà.  J’invite les amoureux de l’art sur le site internet www. Decoastlife.com

Un dernier mot ?

Tous mes remerciements à ceux qui pensent que mes mots se joignent aux leurs. Un poète disait : Que les mots soient et soignent les maux de soi.

 Propos recueillis par Fred Mouand Kibiti