GERMAINE OLOLO – Le miroir à travers lequel se définit une nation

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

GERMAINE OLOLO – Le miroir à travers lequel se définit une nation

Germaine Ololo est aujourd’hui comédienne, conteuse, promotrice culturelle, institutrice et réceptionniste hôtelière de formation professionnelle. Elle est séparée de ses parents, Ololo Marcel et Ilonguibe Marie Thérèse, quand elle a tout juste huit ans. Sa tante Julienne Pourou la recueille : Germaine Ololo va alors vivre, chez elle, pendant cinq bonnes années dans le village d’Ibouna, avant de revoir ses parents. Le village Ibouna est situé à l’est du département de la Cuvette, au Congo-Brazzaville.

Quelles sont les professions que vous aviez exercées avant de vous lancer dans l’espace artistique ?

Après ma formation pédagogique, j’ai commencé à travailler en tant qu’institutrice. Ensuite, je me suis affirmée comme comédienne dans la troupe théâtrale Bivelas scolaire Bivelas du CEG Moé Poaty. Troupe qui est devenue professionnelle en 1999. Après y avoir œuvré sans rendement financier pendant une dizaine d’années et face aux charges sociales que je n’arrivais plus à supporter, je me suis retrouvée à l’hôtel Villa Madiba de Pointe-Noire où j’ai travaillé pendant deux ans et demi comme réceptionniste. Le manque de considération pour le personnel noir était notoire, révoltée, j’ai quitté la structure. Je me suis engagée trois mois plus tard dans la distribution des produits satellitaires de Canal+. Le même traitement des noirs m’ayant rattrapée, j’ai lâché une fois de plus. C’est ainsi que j’ai pris la décision d’œuvrer pour l’art, contre vents et marées.

Les arts vous rendent donc libre ?

J’ai quitté l’enseignement à la découverte de la liberté retrouvée dans le milieu culturel, tant sur le plan physique, psychologique que celui de l’expression artistique. Contrairement à l’enseignement où je devais travailler avec les élèves à l’école et aussi à la maison pour la préparation des cours. Raison de ma considération pour le personnel enseignant.

Quand êtes-vous montée sur scène pour la première fois ?

J’ai joué pour la première fois à l’école primaire du village Ibouna. J’avais neuf ans. Ma toute première interprétation fut la cultivatrice dans la scénette Les trois sourds, j’étais alors dans l’innocence de mon enfance, sous la direction de mon maître Dimi Robert Ikama. Plus tard, j’ai joué de manière professionnelle le rôle du soldat onusien dans la pièce Au tournant de Ndjimbi Romuald -Yaro N’Libi-. Le spectacle n’avait pas pu être promu à cause de la guerre de 1997. Cette brillante interprétation m’a valu une place de choix dans la distribution de La savane en transe du burkinabé Jean Pierre Guingané. Je jouais le rôle d’un dictateur au pouvoir. C’est par ce rôle que j’ai marqué le monde théâtral, tant sur le plan national qu’international.

Peut-on dire que le dictateur au pouvoir et le soldat onusien sont vos rôles les plus marquants ?

Oh, oui ! Je le dis sans hésitation. Ils me marquent encore. Actuellement j’ai un spectacle en duo de 75 mn, deux autres de 60 et 75 mn que j’interprète en solo. Faute de soutien pour les transports internationaux, ces spectacles n’ont pu répondre aux différentes invitations internationales. Je continue à les entretenir dans l’espoir de bénéficier d’un soutien pour leur promotion ou leur mise en vidéo.

De comédienne, vous êtes devenue conteuse : existe-t-il une différence entre les deux métiers ?

À mon avis, la différence entre comédien et conteur est disons, mince : un comédien interprète les œuvres d’auteur. Le conteur lui use plus de sa spontanéité pour manipuler les mots, les expressions, les tournures qu’il habille avec des citations, des proverbes et ou des chants et danses. Toutefois, un comédien aguerri devrait être apte au théâtre, au conte, au cinéma, à la danse…. Bref, il devait être un acteur complet.

Quelles sont les spécificités d’une promotrice culturelle ?

Une promotrice culturelle est celle qui a appris ou a bénéficié des valeurs « positives surtout » et qui porte en elle le souci de les conserver en les mettant à la disposition des nouvelles générations et aussi pour leur perpétuité. 

Travaillez-vous en solo ou en équipe dans le cadre de la promotion culturelle ?

Dans le cadre de la promotion culturelle, nous travaillons en équipe sous le label de la Compagnie ISSIMA qui est une structure de promotion culturelle et artistique. La structure œuvre pour la création, la diffusion, l’encadrement, les animations culturelles de cérémonies diverses (mariages, anniversaire, fêtes et communication d’entreprises…). Un des projets principaux de la structure est le Festival International d’Expression Féminine -FIEF- en sigle. Cet événement œuvre pour la mise en relief des talents artistiques et socio-professionnels des dames. Ce à travers la musique, le théâtre, la danse, le conte, le slam, les conférences, le forum de femmes leaders…

Des défis particuliers à relever ?

Les défis à relever dans le fonctionnement de notre métier sont surtout le manque de structures d’accueil, le manque d’accompagnement financier par l’État et le manque de la diffusion et circulation des œuvres de la création artistique.

Peut-on parler d’influence parentale ou autre dans votre vie de promotrice culturelle ?

De façon générale, les artistes subissent les influences familiales qui constituent un frein pour l’artiste dans l’exercice de sa profession. Ce qui n’est pas le cas en ce qui me concerne. J’ai su m’imposer, non pas pour défier mes parents et ma famille, mais par détermination et le désir d’expression, malgré les difficultés rencontrées. C’est ce qui justifie ma disponibilité sur le terrain malgré le temps qui passe. 

Comment faites-vous pour encadrer la jeunesse et les amoureux de l’art théâtral ?

La création d’un cadre de de formation pour la jeunesse date de 2014. Avec la dégradation de la situation économique du pays qui ne nous permet pas de nous prendre en charge, le projet CEIMA (Centre d’Encadrement et d’Initiation au Métiers des Arts) reste en suspens et nous continuons les encadrements dans les écoles.

Quelle différence faites-vous entre théâtre populaire et théâtre contemporain?

La différence entre le théâtre populaire et le contemporain réside au niveau où le populaire reste souvent lié aux scènes de la vie courante et basé généralement sur l’improvisation, tout le contraire du contemporain qui obéit aux règles de l’art et demeure établi sur l’interprétation fidèle des œuvres d’auteurs.

Qu’en est-il de l’art cinématographique : le pratiquez-vous aussi?

Dans le monde du cinéma, j’écris des scénarios, j’interprète sur le plateau. J’ai aussi appris la régie de production qui consiste à la préparation logistique et technique d’un tournage.

Quelles sont les qualités d’une technicienne en régie de production?

Une technicienne en régie de production doit être dynamique, ouverte d’esprit, avoir la communication facile. Elle doit porter une vision élargie de la langue d’expression de l’auteur, l’interprétation du scénario, la connaissance sur la matériel technique et numérique de tournage. En résumé, la technicienne doit être apte, avec son équipe à tout mettre en œuvre, pour la bonne réalisation d’un tournage.

Depuis que la pandémie a frappé le monde : les métiers de la scène subissent un revers sans précédent : comment arrivez-vous à faire face à ce revers?

Le secteur de la culture et des arts a été parmi les secteurs laissés-pour-compte et qui continue à être oublié depuis que la pandémie a frappé le monde en général et le Congo en particulier. Aucune disposition n’est envisagée pour ce secteur, tandis que les secteurs parallèles comme les églises sont en train de fonctionner. Le comble, les marchés et les bus de transport publics qui sont de secteurs à haut risque de contamination sont opérationnels. Cela donne matière à réflexion. Pour ne pas sombrer dans l’oubli, les artistes ont pris l’initiative d’organiser les créations de leurs œuvres, en attendant la relance du secteur.

 Des voyages avant la crise sanitaire que vous chérissez pour les expériences vécues?

Les quelques voyages effectués ont été généralement consacrés à la découverte, à des échanges et partages avec les autres artistes et opérateurs culturels du monde. En termes de souvenirs, je n’ai pas oublié ma participation au Marché des Arts et du Spectacle Africain (MASA) de Côte d’Ivoire, avec des conditions de séjour et de production adaptées. Je n’oublie pas les Rencontres Théâtrales Internationales du Cameroun (RETIC) qui ont donné un remarquable coup de pouce à ma carrière, en tant que comédienne et promotrice culturelle. Je saisis cette occasion pour remercier monsieur Ambroise MBIA, le promoteur de ces rencontres.

Des distinctions, des récompenses?

Faute de soutien considérable, je n’ai pas pu promouvoir rationnellement mes spectacles qui devaient certainement me faire distinguer par mon travail. Toutefois, les échos venus des rares voyages m’ont fait obtenir les récompenses comme le Grand Prix des Arts et des Lettres, organisé par la Direction Générale des Arts et des Lettres du Congo et Sanza de Mfoa, organisé par le Groupe Pella Yombo Productions de Brazzaville.

La vie associative dans votre parcours d’artiste a-t-elle un poids dans votre création?

La vie associative est très essentielle dans les créations artistiques. Seulement, il faut avoir autour de soi, des personnes qui vous comprennent et qui adhèrent à votre vision tout en se donnant les mêmes peines que vous. Les temps de baisse d’activités ont souvent été à l’origine des dislocations ou des relâchements des artistes. Ce qui fait que je sois toujours tolérante vis-à-vis des artistes qui sont autour de moi, tant qu’il n’y a pas de prise en charge. Pendant les grands rendez-vous, c’est tout le monde qui se met à l’œuvre et le travail avance à la satisfaction de tous.

Un souhait, un conseil aux publics qui vous acclament?

Si j’ai un conseil à donner, ce sera d’abord aux artistes qui le sont parce qu’ils pensent que l’art est pour eux, un moyen d’expression qui a rang de profession. Le plus difficile réside au niveau où tout le monde autour de moi attend les retombée matérielles et financières. Ne jamais baisser les bras, face aux difficultés rencontrées. Si les autres fonctionnaires consacrent tout leur temps pour travailler et gagner de l’argent à la fin, il en est de même pour les artistes. Je souhaite que le gouvernement accorde de l’importance à ce secteur, car il est le miroir à travers lequel se définit une nation.

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo