FRANCK HANTAN – Le plaisir de partager et de changer les idées

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

FRANCK HANTAN – Le plaisir de partager et de changer les idées

Né en 1979 à Cotonou au Bénin, dans un milieu traditionnel Fon, une ethnie du sud du Bénin ; Franck Hantan a voulu faire des études de Marketing Gestion et Techniques Commerciales, et a étudié jusqu’en classe terminale G3.  Son amour pour l’art vient de sa mère qui l’a hérité de ses ancêtres. Aujourd’hui, vivant en France, Franck Hantan se dit prêt pour « informer les gens en dehors des frontières sur une Afrique moderne ». Franck Hantan a eu l’idée géniale de créer « Le balcon de Franck Hantan » malgré la pandémie !

Exerciez-vous un autre métier avant de vous lancer dans la peinture, la sculpture et la tenture ?

2000 – 2015 J’ai embrassé les NTIC (Maintenance Informatique)

2015 – Abandon de l’informatique pour l’Art traditionnel (les tentures) de ma famille 20 ans après le décès de ma maman Sodokpa Suzanne qui l’avait hérité dans la famille.

Comment s’est fait le parcours du tenturier ?

Mon apprentissage pour les tentures date de mon enfance, j’ai toujours vu ma maman travailler cet art royal, je l’aidais même, dans ses dessins et découpes.

Que voulez-vous souligner particulièrement dans la tenture ?

C’est un art qui a bercé toute mon enfance, qui représentait une grande production de la part de ma maman, qui était très créative, très sollicitée, c’est avec cet art qu’elle a élevé ses sept enfants.

Comment en êtes-vous arrivé dans l’espace pictural : vous imposez-vous des thèmes dans ce domaine ?

Après les tentures, j’ai entrepris la manière de changer mes œuvres, car j’aime la rigueur et la précision. J’ai ainsi créé cette méthode de collages, par superposition de tissus, traités, peints à l’acrylique puis découpés, selon mes sujets, qui sont très variables. Ensuite je me suis lancé dans l’abstraction où je me bagarre avec la matière pour lui arracher l’essentiel. Je suis toujours dans la quête de la spiritualité qui est en Nous.

Que véhiculez-vous à travers ces arts séculaires ?

J’explicite la notion de patrimoine familial historique, un héritage culturel porteur de valeurs énoncées au nom de certaines motivations : filiation sentimentale, expérience vécue, goût d’analyser, d’interpréter l’histoire et les sciences humaines. J’aborde les axes de mon travail par la quête de pertinences culturelles qui répond à la question qu’expose-t-on à travers les œuvres : Un savoir-faire créatif ? une civilisation ? une mémoire ? …

Des influences particulières dans ce choix de métiers ou une bénédiction divine ?

Une bénédiction divine parce que depuis mon enfance je fabriquais des cartes pour la Saint-Valentin en découpant un papier d’emballage fleuri que je collais sur du papier à l’attention de mes camarades de classe, je composais également ces cartes pour d’autres événements : mariages, anniversaires et autres.

Pourquoi aviez-vous donc quitté le Bénin pour vous installer en France ?

Je vis et travaille en France depuis 2018. Mon art est le témoignage d’une Afrique qui s’harmonise avec le temps, en tenant compte de son patrimoine dans les temps modernes. Je souhaite parler de l’héritage fort de cette Afrique en la positionnant dans une époque actuelle. Je montrerai combien le patrimoine est un point d’ancrage pour comprendre et construire le monde contemporain mais aussi, comment il construit mon identité culturelle et sociale.

Comment faites-vous pour attirer le monde à aimer et comprendre votre création artistique : des expositions, des conférences ?

En tant qu’informaticien, j’utilise les nouvelles technologies, (les réseaux sociaux) pour publier et attirer le monde à aimer et comprendre mes créations artistiques. J’effectue des expositions et la diffusion de quelques films-reportage sur mon patrimoine. J’ai créé aussi des costumes princiers que j’ai nommés «AMANGBE» (Parole incantatoire) que j’habite pour faire des performances accompagnées de musique traditionnelle d’artistes africains.

Le bouillonnement de la technologie actuelle vous aide-t-il à promouvoir votre œuvre ?

Oui, avec mes différentes adresses :

https://www.instagram.com/hantan_franck

https://www.facebook.com/hantanfranck

https://www.linkedin.com/in/franck-hantan-447310151/

La pandémie qui frappe la planète a bouleversé et réduit presque à néant les habitudes du monde culturel : vous sentez-vous touché par cette crise ?

Tous mes projets ont été annulés dans l’agenda 2020, ou reportés. Par contre, la pandémie ne m’a pas empêché d’être créatif. J’ai même initié des expositions sur mon balcon que j’ai nommées : « LE BALCON DE FRANCK HANTAN », pour le plaisir de partager et de changer les idées des personnes confinées.

L’idée de restituer les œuvres d’art d’Afrique et du Bénin exposées dans les musées occidentaux, fait rage au sein du monde culturel depuis des années : pensez-vous possible ce retour de biens africains dans leurs maisons respectives ?

J’espère plutôt que ces œuvres voyageront dans d’autres pays, je ne parlerai pas de restitution.

 Peut-on affirmer sans hésitation que l’art et la culture racontent aussi l’histoire d’un pays et que les artistes sont les porteurs de cette histoire à travers la littérature, la musique, la peinture et autres arts ?

Oui, j’affirme sans hésitation que l’art et la culture racontent aussi l’histoire d’un pays et que les artistes sont les porteurs de cette histoire à travers la littérature, la musique, la peinture et autres arts. Une de mes missions est d’informer les gens en dehors des frontières sur une Afrique moderne.

Pensez-vous, écrire un jour le livre de votre vie d’artiste pour les générations futures ?

Oui, je pense tenter d’articuler un livre qui traiterait de ma vie de création en cohérence avec mes rencontres, ma vie quotidienne.

Quelles relations peuvent tisser vos œuvres avec le reste des œuvres du monde culturel africain, universel ?

Avec le monde culturel africain et universel, mes œuvres tentent de tisser une nouvelle esthétique qui m’offre un bien-être. On peut cerner les caractéristiques de mon style dans la diversité des techniques qui contribuent à la puissance et à la force de l’œuvre où matières, symboles, signes, peintures et pigments se communiquent pour donner vie. Je dégage dans les grandes lignes perceptibles, du réalisme (le plein) à l’abstraction (le vide), qui feront le lien entre Esprits et Hommes, reliant l’Invisible et le Visible. Je n’applique pas un seul et unique procédé dans mon travail, dans la même œuvre je peux passer d’incisions à des reliefs en trois dimensions ou à des surfaces planes avec des couleurs punchy, style pop art, parfois brute selon les émotions, connaissances à transmettre pour quel regard ?  Qui achète ?

Des projets ?

Oui bien sûr, continuellement

Un dernier mot ?

Il faut faire de la vie un rêve, et faire d’un rêve une réalité, comme disait Pierre Curie.

 Propos recueillis par Marie Léontine Tsibinda Bilombo