HUGUETTE NGANGA MASSANGA-Je suis touchée par ce que je vis

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

HUGUETTE NGANGA MASSANGA-Je suis touchée par ce que je vis

Huguette Nganga Massanga est une journaliste de formation mais aussi une spécialiste en ressources humaines. Elle a un master en communication et médias de l’université de Fribourg en Suisse, une formation en journaliste radio du Cesti de l’université Cheik Anta Diop de Dakar au Sénégal et une formation dans la fonction RH du Cegos en France. Elle a exercé le métier de journaliste radio, web et presse écrite. Actuellement, elle travaille dans la formation professionnelle et l’alphabétisation en milieu professionnel.

De l’écriture journalistique, vous êtes passée à l’écriture romanesque pour quelles causes ? J’ai toujours voulu être journaliste, mais il m’a fallu faire des détours pour y arriver. J’ai commencé ma vie professionnelle comme secrétaire sans formation. Mais comme j’ai toujours voulu faire des études, j’ai contourné les obstacles qui m’empêchaient de vivre ma passion pour ce métier. C’est ainsi que très tard, à trente ans, j’ai repris des études à l’université en Suisse pour réaliser ce rêve devenu réalité. Pour moi, écrire un roman et écrire un papier journalistique sont deux réalités qui me poussent à faire le même exercice qui consiste à raconter des histoires de vie en restant crédible. Pour cela, je dois me documenter et bien vérifier les informations avant de les publier.

C’est comme chercher à retenir l’attention du lecteur ? Exact. Ceci aura pour but d’être lu, compris en apportant une information, en décrivant une réalité, une vision des choses (l’angle choisi, l’histoire racontée). J’aime les deux fonctions parce que d’une part, je suis dans le professionnel et d’autre part, dans quelque chose de plus libre. C’est entre le grave, le vital et l’agréable, le ludique, la détente. C’est pour cela que je dis souvent que j’écris pour ne pas oublier ce qui me tient à cœur, j’écris ce que je ne veux pas oublier. La différence entre les deux c’est le fait que le journaliste relate les faits tels qu’ils se sont passés, en restant assez objectif. L’auteur peut se permettre de grossir les traits en ajoutant de sa fantaisie, tout en restant crédible. Il est capable de faire tout ce qu’il veut avec un peu et beaucoup de talent. Il est un créateur libre.

Vous avez publié des romans : Quels en sont les titres et quels messages portent-ils ? « L’envers du décor » est mon premier roman. Il met en lumière le traitement réservé aux orphelins dans certaines sociétés africaines. J’ai voulu montrer que la solidarité africaine tant vantée a parfois ses limites lorsqu’il s’agit d’héritage et du respect des lois sur les questions de partage des biens.

« Rêve d’ailleurs !» quant à lui évoque le désir de départ qui habite tous les humains qu’ils vivent au nord ou au sud. L’humain est souvent en quête du meilleur pour sa survie parce que cela fait partie de sa nature. Les uns partent de chez eux où ils ne trouvent plus de vie et d’autres rêvent d’aller sur les territoires que les uns ont quittés un jour.

Ensuite des pièces de théâtre : « Thérapie aux abords du quai » est une caricature du monde du travail qui n’est pas toujours un lieu où sont vécues la solidarité et l’humanité. C’est parfois un lieu froid au sein duquel, seuls les plus égoïstes trouvent leur place et s’épanouissent. Les plus fragiles perdent pied et sombrent dans la folie ! « Moi aussi, je parlerai dans un film » fait une parodie de la sapologie considérée comme une invention congolaise. Toute invention a pour entre autre but de nourrir son inventeur. Or, dans le cas de celle-ci, elle pousse ses adeptes à dépenser de folles sommes d’argent pour avoir les plus belles tenues fabriquées par d’autres. Ulot’h est un admirateur de cette science et de ses adeptes. Il caresse l’idée de voyager vers l’occident, de s’habiller et de parler dans un film comme ceux qu’il admire. Il n’aura jamais la chance de le réaliser. Pourtant, un concours de circonstances va lui permettre de devenir grand styliste, reconnu dans le monde. Grâce à cela, un documentaire sera réalisé pour lui permettre de parler de son parcours

La lutte de la survie des femmes, des orphelins, des laisser pour compte vous interpelle-t-elle toujours autant ? Je suis touchée par ce que je vis, ce que vit ma société. Il est difficile de ne pas voir les souffrances qui sont les nôtres.

Femme, écriture et engagement politico-socio-culturel, un combat pour l’honneur ?  Je ne me considère pas spécialement dans un engagement particulier. Mais lorsqu’on écrit, on touche à la vie, aux réalités douces et moins douces.

Vous vous dites féministe ? (Rires) C’est une redondance ! Je suis une femme et c’est normal que je sois féministe.

Que pensez-vous des hashtags Metoo, vraiefemmeafricaine et autres : Valorisation, défense ou dénigrement de la femme ? Je respecte les engagements, les convictions des autres parce que je pense qu’ils sont motivés par de bonnes raisons. Mais je n’ai pas toujours les mêmes convictions parce que je ne partage pas les mêmes espaces. Je trouve courageuses ces femmes qui osent parler de ce qu’elles ont subi et subissent encore. Le viol, les agressions restent gravés dans la peau, le corps, la tête des personnes qui les subissent. Personne ne peut témoigner de ce genre de chose pour juste attirer l’attention. Et si par hasard ce serait le cas, je pense aussi que la personne ne serait pas bien dans sa tête, donc, elle mérite d’être aidée. L’hashtag #vraiefemmeafricaine a fait un grand bruit dernièrement. C’est une occasion de revenir sur les stéréotypes, les fantasmes que certaines nourrissent sur les africaines. Comme si être africaine c’est être un humain différent des autres et passer sa vie à faire plaisir à son entourage, alors même que nous parlons de droits humains et de dignité pour tous.tes.

L’Europe et l’Amérique balancent tout, qu’en est-il de l’Afrique ? L’Afrique ne balance pas beaucoup parce que la société ne le permet pas. En Afrique, dans de nombreux endroits, la parole féminine est contrôlée. Le regard des autres est pesant et il musèle. Il est difficile de continuer à vivre dans la communauté lorsque tout le monde sait que vous aviez été violée. Déjà on a du mal à vivre avec et c’est encore plus dur de se sentir stigmatisée après l’aveu. Mais cela va arriver plus vite qu’on ne le pense. Avec les sensibilisations dans les associations, les lieux de prise en charge, les médias, la parole va se libérer et la justice devra suivre également.

Cependant les harceleurs ne sont pas que des hommes, les femmes aussi sont indexées !  Bien sûr qu’il y a des hommes victimes, mais lorsqu’on voit la proportion des femmes victimes, il n’y a pas photo. Sans occulter les problèmes des hommes, je pense que ce n’est pas une injustice de mettre plus en évidence les harcèlements subis par les femmes dans des sociétés régies par des hommes et le patriarcat.

Un dernier mot ?  Pas vraiment un dernier mot, parce que je pourrai encore dire beaucoup de choses ! Je souhaite bon vent à ce blog qui nous donne la parole. Je vous remercie pour cet échange.

Des projets ?  Oui, continuer à écrire, ne jamais s’arrêter.

 Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo