GHISLAIN JOSEPH GABIO alias MONSIEUR TAO TAO – Une voix radiophonique !

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

GHISLAIN JOSEPH GABIO alias MONSIEUR TAO TAO – Une voix radiophonique !

Joseph Gabio est né à Kinkala mais n’a jamais grandi dans cette ville et pour cause : sa mère décède quand il a juste trois mois. Il est recueilli par le patriarche maternel Pierre Matingou, un menuisier d’une rare dextérité et grand commerçant de Hamon Madzia, une ville ferroviaire dans la région du Pool, au Congo Brazzaville. C’est dans cette ville que Joseph Gabio va passer une bonne partie de son enfance. Joseph Gabio vivra également à Mouyondzi où il commencera ses études primaires mais les terminera à Kinkala.

Après Kinkala, il va monter à Brazzaville et entrer en classe de 6ème au lycée Savorgnan de Brazza car il passe avec brio son certificat d’études primaires.

Des années plus tard, son BEPEC en poche, il devient lycéen dans le même établissement. Il obtient son BAC qui, à l’époque se faisait en deux parties, puis s’intéresse à l’enseignement et désire entrer à l’École Normale Supérieure de Brazzaville.

Entre temps, le Congo, emporté par le vent de la révolution décide de nationaliser toutes les écoles privées dirigées jusque-là par les confréries catholique, protestante, salutiste etc. Le manque d’enseignants se fait sentir. Les lycéens retroussent les manches et acceptent de donner des cours dans les collèges d’enseignement général. C’est ainsi que Joseph Gabio va enseigner l’anglais aux collégiens du CEG de Bacongo, plus particulièrement aux élèves des classes de 6ème et 5ème au CEG des Francs. Joseph Gabio est lycéen le matin et professeur de collège l’après-midi.

Mais Joseph Gabio a plus d’une idée dans sa tête : il veut être pigiste à La Voix de la Révolution Congolaise, la radio du pays ! Il demande à rencontrer Joachim Bitouloulou, alors directeur des programmes, et passe un test. L’attente des résultats est longue et fébrile : la réponse lui parvient par la poste et apporte une bonne nouvelle : Joseph Gabio a une voix radiophonique ! Sa voix, lors du test, a été définie comme posée, claire, nette et parfaitement audible. Dès lors, il peut  commencer son apprentissage auprès d’un animateur de talent, en l’occurrence, Alphonse Marie Toukas pour la présentation d’émissions de qualité !

Alphonse Marie Toukas, tout comme d’autres congolais et francophones du monde, a appris son métier de journaliste audio-visuel en France.

Joseph Gabio va aimer, apprendre et comprendre très vite le langage de la radio, comme, par exemple, préparer les grilles ou les programmes des émissions, leur donner un titre, annoncer le nom du producteur. De plus sa diction est parfaite et il utilise la bonne intonation dans la lecture des programmes. De ses souvenirs lui remonte que Alphonse Marie Toukas venait le prendre à la maison dans sa Volkswagen ! Les émissions de Alphonse Marie Toukas autour de l’éducation civique et d’autres émissions de la société comme Réveil Matinal et La joie de vivre demeurent gravées dans la mémoire de Joseph Gabio.

Un concours radiophonique est ouvert pour entrer au Studio de France; Joseph Gabio le réussira haut la main. Une fois en France, les candidats francophones passent un autre test et les échoués regagnent leur pays. Mais Joseph Gabio, lui, retournera dans son pays auréolé de son titre de journaliste-producteur.

De retour au pays, en 1969, Joseph Gabio, sera fonctionnaire de la radio et plus tard animera une émission sportive à la télévision jusqu’en 2001. Ainsi, Joseph Gabio va commencer par se faire une place à la radio. D’autres ont déjà la leur : Guy Menga avec son émission Escale à Brazza, fait fureur ; Joachim Bitoulou anime Le Coco (Club des orchestres congolais)  avec Anne Marie Samba; et Thérèse Makanda excelle dans les sketches.

Au départ, Joseph Gabio anime les lundi et jeudi, crée un magazine pour des jeunes, une émission documentaire qui enquête sur les us et coutumes du Congo. Et il voyage dans tout le Congo !

Son émission la plus écoutée reste sans nul doute Le magazine des sports qui passe chaque samedi à 18 heures, heure locale. Les connaissances du studio de France ajoutent un plus à sa présentation, et avec Germain Bisset, Joseph Gabio va enflammer les auditeurs du Congo et du monde.

Mais l’émission Le coin des orchestres va devenir un complément à l’émission Le Coco de Joachim Bitouloulou et va dépasser Le magazine des sports. Elle sera écoutée non seulement au Congo, mais encore dans pratiquement toute l’Afrique, grâce aussi aux émetteurs bien puissants dont disposait la radio. Vont se former alors de nombreux clubs d’amis avec, pour dénominations, Le club des amis du coin des orchestres.

 Grâce à ses animations musicales mais surtout sportives, Joseph Gabio va parcourir les cinq continents de la planète.

Joseph Gabio a créé des mots qui marquent à jamais la mémoire des congolais : En 1969, dit-il, le Congo célèbre l’an premier de la création du Parti Congolais du Travail. Les congolais viennent des coins et recoins de tout le pays pour participer à cette fête. Tous les animateurs sont sur le Boulevard des Armées où le peuple défile. Thiam Ousman, Passi Mouba, Jean Bruno et Henri Pangui sont à pied d’œuvre. L’ambiance est à l’euphorie. La fête est grande. Le mouvement, le rythme sont à leur paroxysme! Alors, emporté, je m’écrie : C’est le Tao Tao ! Et l’expression m’est restée collée jusqu’à ce jour.

Généreux, Joseph Gabio partage ses expériences : il publie des livres pour parler des personnes qui l’ont profondément marqué comme Pierre Matingou, le menuisier inégalable de Hamon Madzia qui a formé tant d’autres, redoré certaines façades des maisons et immeubles de Brazzaville mais aussi celles de la ville de Pointe-Noire. Ses livres parlent de sport, de ses années à la radio et télévision congolaises.

Quand pour terminer notre rencontre, nous lui demandons de nous narrer son plus beau souvenir en tant que journaliste-producteur, il éclate d’un rire joyeux et parle de Marie-Jeanne, une chanson fétiche de l’orchestre Bantou de la Capitale qui avait accompagné l’équipe nationale au Cameroun, et plus particulièrement à Yaoundé où s’était joué le dernier match de la Coupe Africaine des Nations en 1972 : Marie-Jeanne, le trophée brandi par l’équipe nationale de football qui avait remporté la Coupe Africaine des Nations face à l’équipe du Mali ! 

Aujourd’hui, Josep Gabio porte avec sérénité la saison de ses soixante-dix ans et s’octroie une pause en France dans ce pays qui avait fait de lui un remarquable journaliste-producteur.

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Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

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