FATOUMATA SANO – La construction de la nation

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

FATOUMATA SANO – La construction de la nation

Fatoumata Sano est professeur d’espagnol au lycée français de Conakry depuis une trentaine d’années, et au lycée libanais depuis dix ans. Mais elle est également écrivain et membre d’une association caritative. Elle porte dans son cœur le monde de la petite enfance à travers la crèche «Les Petits Pharaons ».

Pourquoi l’espagnol et pas une autre langue?                                                           

L’espagnol et moi c’est une vieille histoire d’amour depuis mon jeune âge. J’ai aimé cette langue, sans la comprendre, à travers la musique cubaine que j’écoutais à la radio. J’ai eu une approche auditive de l’espagnol avant de le comprendre et de le parler; je chantais dans cette langue en reprenant les paroles des chansons mémorisées : celles  de Celia Cruz, de Joe Quijano, de Johnny Pacheco, ou encore du duo Los Ahijados  et d’autres  chanteurs dont j’ai oublié les noms…

 

Est-ce la connaissance de la littérature espagnole qui a influencé votre carrière dans la création littéraire ?

Je dirais plutôt que ma création littéraire est la somme de mes lectures mais aussi de tout ce que j’ai vécu et de ce que je vis. Je pense que j’ai toujours aimé écrire. Avant les études littéraires à la Fac, à  l’école déjà, j’adorais les productions écrites,  les «rédactions»,  et m’en sortais bien. J’ai eu la chance de bénéficier d’un bon encadrement assuré par les différents instituteurs et professeurs compétents croisés au primaire et au secondaire. A cela il faut ajouter la passion que j’éprouvais pour les études et le soutien de ma maman et de ma tante et aussi l’influence qu’elles exerçaient sur moi: elles m’ont toujours encouragée dans mes études…  J’ai commencé à écrire des poèmes très tôt sans jamais penser que j’en publierais un jour… Ensuite, j’ai eu envie d’écrire des contes…

 

Mais aussi des romans, des poèmes et des nouvelles ?

C’est selon mon inspiration et d’aucuns disent que je suis polymorphe… Bon, on verra bien, lorsque j’aurai écrit une vingtaine d’œuvres, le genre qui aura dominé (rires). Pour le moment j’ai écrit cinq livres publiés aux Editions du Net : un roman sur ma tante que j’adorais et qui n’est plus de ce monde, deux livres de contes et d’histoires extraordinaires dont l’un a été  écrit en hommage à ma maman, un recueil de poèmes sur plusieurs thèmes dont certains font débat (l’excision, la castration, le mariage forcé, les boires et déboires du mariage, l’enfance maltraitée, l’Amour dans tous ses états, le suicide…) et des poèmes oniriques; un autre recueil de poèmes est destiné aux élèves de l’élémentaire et  à la petite enfance en relation avec les thèmes qui développent les compétences des tout petits et renforcent leurs acquis. Les livres destinés aux élèves  de l’élémentaire et du préscolaire comprennent des ateliers et des méthodologies destinées aux éducateurs pour mieux aborder la façon dont ils racontent les histoires ou étudient les poèmes avec les enfants…

Quelle place occupent les médias sociaux dans votre création littéraire ? 

De nos jours, les médias, les réseaux sociaux sont incontournables mêmes si de temps en temps les hackers nous donnent envie de quitter ces derniers. Les médias nous permettent d’être rapidement connectés et à n’importe quel moment. Les médias nous offrent l’opportunité de  nous faire connaître, de véhiculer nos idées, d’échanger, de participer à la marche des évènements, à la construction de la nation, d’influencer les décisions…

 

Comment naît l’idée d’un texte dans votre imagination ?                     

Je ne  force jamais. L’idée vient d’elle-même…  que ce soit pour les poèmes ou pour un autre genre… Quand l’inspiration me visite, je me lance…

 

Quels sont les écrivains qui vous marquent encore ?                       

Victor Hugo (« Les misérables », « L’homme et la mer »), Alphonse de Lamartine (« Milly ou la terre natale »), Gabriel Garcia Marquez (« Cien anos de soledad »- Cent ans de solitude) sont les écrivains qui m’ont le plus marquée. La condition humaine, l’attachement à la terre qui nous a vus naître, l’épopée d’une dynastie de son apogée à sa décadence…

 

Mais vous portez aussi la casquette de lectrice de manuscrits de ceux qui veulent se lancer dans la création littéraire ?  

Je suis aussi lectrice, en effet. Sans trahir les idées, la pensée de l’auteur d’un manuscrit qui m’est confié, j’en corrige la syntaxe (les tournures, les fautes de langue), les erreurs au niveau des temps employés (terminaisons, concordances), du lexique (remplacer un mot par un autre qui colle le mieux à l’idée ou au contexte, corriger l’orthographe). Je m’occupe aussi  de la ponctuation, de la mise en forme; je délimite les paragraphes, etc. Je viens de terminer la relecture et correction d’un ouvrage collectif que je codirige au compte de l’Harmattan Guinée avec deux autres auteurs qui eux aussi ont d’autres casquettes… Je vais recevoir sous peu un autre manuscrit à corriger. Son auteur m’a déjà contactée…

Faites-vous également de la réécriture ?

Si cela s’impose, je fais une réécriture complète de certains passages flous ou qui prêtent à confusion… Il m’arrive d’appeler l’auteur pour des éclaircissements lorsque je ne comprends pas ce qu’il a voulu transmettre. Lorsque je termine, je  lui soumets le travail fait pour approbation. Dans l’ensemble mon travail est toujours apprécié.

Etes-vous membres d’une association d’écrivains ?

En tant que membre de l’AEG (Association des Ecrivains de Guinée), je participe chaque fois que je le peux aux différentes activités littéraires que nous organisons ou que d’autres structures liées à la culture organisent : cafés littéraires, dédicaces, soirées slam/poésie, théâtre, cinéma, soirées de gala, visites dans des écoles et universités, conférences, ballets, danses traditionnelles, matinées ou soirées récréatives organisées par des jeunes littéraires qui chapeautent souvent des clubs littéraires…

 

Pouvez-vous nous citer quelques exemples des activités de l’association ?

Récemment nous avons  pleinement participé à l’évènement « Conakry Capitale Mondiale du Livre » qui a réuni en Guinée les sommités de la littérature mondiale. Nous nous apprêtons à participer à la deuxième exposition nationale de la littérature pour enfant organisée par les Editions Ganndal de Guinée, spécialisée dans ce genre littéraire. Beaucoup d’éditeurs de la sous-région seront de la partie. Cela a lieu au CCFG (centre culturel franco-guinéen) du 28 novembre au 1er décembre 2018, et le Président par intérim de l’AEG, Facely 2 Mara, m’a pressentie pour « leader » la commission qui s’en occupe au nom de l’AEG. Nous avons déjà dessiné lors d’une réunion la ligne à suivre pour participer efficacement à cet évènement. Il y a eu même un atelier d’écriture pour un documentaire jeunesse du 26 au 30 novembre 2018.

 

Mais vous n’êtes pas que membre d’une association d’écrivains ?                              

Je suis également membre active de deux associations qui œuvrent pour que les couches défavorisées sortent de leur précarité. C’est ainsi que je me suis retrouvée marraine d’un orphelinat de 35 pensionnaires. Ils sont à 80 km environ de la capitale. Je suis d’ailleurs à la recherche de dons, même hors de nos frontières pour la scolarisation de ces enfants,  pour leur nourriture et leur habillement. Aucune aide ne sera  minimisée.

Mes amis et moi mettons ensemble nos cotisations pour leur venir en aide car leurs tuteurs  n’ont plus les moyens nécessaires et sont devenus bien vieux. Ils ne comptent que sur les dons… Nous avons pu leur trouver un forage pour que les enfants ne parcourent plus des kilomètres à la quête de l’eau…

Qu’en est-il de la formation des formateurs du préscolaire ?

J’assure le suivi et la mise à niveau des éducateurs et éducatrices des structures préscolaires qui me sollicitent. Je ne dis pas que je suis la meilleure mais je sais que j’ai une méthode très simple pour bien encadrer les tout petits, développer leurs compétences et rehausser le niveau des encadreurs qui se sentent plus à l’aise dans leurs activités avec les enfants.

Les parents des enfants qui passent par la maternelle que je dirige depuis 1996 ne tarissent pas d’éloges car les « Petits Pharaons » sont toujours parmi les premiers dans toutes les écoles qu’ils intègrent, grâce à Dieu. C’est pour cette raison que je suis une personne ressource pour la Petite Enfance.

Un projet en cours ?

En ce moment je suis sur la relecture et correction d’un ouvrage collectif d’environ trois cents pages… J’ai en attente un roman qui, je pense, me prendra beaucoup plus  de temps que le premier…

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

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3 réponses

  1. Danfa dit :

    Felicitations maman sano vous êtes une force motrice et de motivation pour la jeunesse guineenne, nous prions que le seigneur vous accorde longue vie et beaucoup de succes dans vos projets .

  2. Malam Soupia Oukachatou dit :

    J’avoue que je suis dépassé, marqué…par votre engagement et détermination à être de tout temps aux côtés des personnes démunis (Orphelins) et aussi avec votre casquette de lectrice de manuscrit, Maman vous êtes à plusieurs endroits en même temps…c’est bien ça le leadership avéré, l’engagement.
    Puisse Dieu vous assister pour la réalisation et le succès dans tous vos projets futures.

  3. Anonyme dit :

    Une femme exceptionnelle je suis trop fière de toi maman 💓

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