ROSE-MARIE GENEVIÈVE BOUBOUTOU – On est tous dépendants les uns des autres

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

ROSE-MARIE GENEVIÈVE BOUBOUTOU – On est tous dépendants les uns des autres

Rose-Marie Geneviève Bouboutou a de multiples diplômes et a déjà eu trois vies professionnelles. Venant d’une famille où l’on donne de l’importance aux études et ayant grandi en France où même pour être femme de ménage, on dit d’ailleurs technicienne de surface, il faut un parchemin, cela n’a pas arrangé son cas !

Dans l’ordre, elle a un DEA de droit des contrats, un master en relations internationales de l’Université Américaine de Paris, un diplôme de Sciences Po en management des médias et un Master en journalisme du CELSA, la grande école de communication et journalisme de la Sorbonne. Elle exerce le beau métier de journaliste.

 

Journaliste vous êtes, aviez-vous été influencée par votre milieu familial ?

L’influence familiale, on ne peut y échapper ! Je viens d’une famille d’intellos. Mon grand-père a compté parmi les premiers instituteurs du Congo Brazzaville. Certains brazzavillois ont d’ailleurs étudié au CEG Raphaël Bouboutou, qui portait son nom. Ma mère est chercheur. Mon père, l’un des premiers notaires du Congo, fut un grand amoureux des mots. Mais je suis venue au journalisme «par hasard». On dit que « le hasard c’est l’ombre de Dieu ». Si j’avais imaginé un métier qui corresponde aussi parfaitement à ce que j’aime faire, à mon caractère, à mon tempérament qui soit vraiment fait pour moi, je n’aurais pas pu trouver mieux.

 

Des rencontres qui ont déclenché le déclic ?

Je dois tout à une rencontre, que je qualifie aujourd’hui de providentielle, avec le journaliste Marie Alfred Ngoma. J’avais croisé quelques mois auparavant un de ses collègues, Noël Ndong, au cours d’une conférence. J’avais remisé de coté, la carte de visite de ce journaliste des Dépêches de Brazzaville. Quelques mois plus tard donc, en faisant du rangement, je retombe sur cette carte de visite et poussée par je ne sais quoi, je vais regarder le site internet de cette structure que je ne connaissais pas. Je découvre que ce média possède également une librairie/galerie d’art à Paris. Férue de culture, je décide de visiter ce lieu et je fais alors la connaissance de Marie Alfred Ngoma. J’étais sans emploi et il m’a avisée qu’un recrutement était ouvert pour des petites mains devant animer le stand Livres et auteurs du Bassin du Congo au Salon du livre de Paris. J’ai commencé ainsi pour une mission d’un mois. Je me suis distinguée en travaillant d’arrache pied, à tel point que les collègues sur le stand m’avaient surnommée « Terminator ». Le contrat s’est finalement prolongé. Et comme disent les américains : « The rest is History ! »

 

Avant d’être installée à Dakar, vous aviez donc exercé votre métier à Paris?

J’ai fait mes premières armes à l’antenne de Paris des Dépêches de Brazzaville. Je n’y suis pas rentrée comme journaliste mais au sein de cette structure, la direction m’a fait confiance et j’ai pu évoluer. Je suis d’ailleurs extrêmement reconnaissante à Jean-Paul Pigasse et Bénédicte de Capèle, qui dirigent cette institution de la presse au Congo. Ils n’ont pas hésité à me confier toute sortes de projets et m’ont permis de me challenger et de repousser mes limites. Je suis chrétienne et la Bible nous enseigne à travailler, non pas en voyant nos patrons humains mais comme si notre employeur était Dieu lui-même, donc en y mettant le zèle et le sérieux qui se doit. C’est un principe que je m’efforce d’appliquer dans toutes les entreprises où je passe. La sagesse congolaise ne dit pas autre chose avec la maxime « Sala Sambila » (Travaille et Prie).  Je me suis formée au journalisme sur le tas, quand on m’a confié mes premiers reportages, en apprenant auprès des collègues. A mes débuts, j’essayais justement d’imiter le style d’écriture de Marie Alfred Ngoma ! Je me suis également beaucoup documentée sur Internet, sur les évolutions au sein de la profession avec l’arrivée du digital. Je suis aussi repartie me former, et dans le cadre de l’école de journalisme, je suis passée par les rédactions des Echos, Télé Congo, auprès de notre grand journaliste Christian Martial Poos, et de Jeune Afrique. Là encore ce fut une belle aventure humaine !

 

Dakar, un peu comme St-Exupéry : une mission importante de votre vie ?

Ah oui ! Je ne sais pas ce qui m’attend à l’avenir, mais cette affectation à Dakar a vraiment une saveur particulière.

A titre professionnel, c’est une opportunité extraordinaire. J’intègre la rédaction d’un des plus grands et des plus prestigieux médias au monde : la BBC. C’est une bénédiction. Et qui a un goût d’autant plus doux que j’ai traversé avant, quelques tempêtes. Je ne parlerai pas de revanche mais en tout cas c’est un beau cadeau de la vie.

 

Le rêve de toute une vie, voir l’Afrique ?

A titre personnel, pour moi, fille de la diaspora, née et grandi en Europe, où l’on est parfois confronté au racisme et au rejet, c’est un retour à la terre mère. C’est la première fois que je vais vivre en Afrique sur le long terme. Toute une aventure humaine !

 

Enfant de la diaspora, vos racines congolaises vous manquent-elles ?

Pierre Lods, le fondateur de l’école de peinture de Poto-Poto, est venu s’établir à Dakar après sa résidence à Brazzaville. Qui sait ? Je ferai peut-être la route inverse. Pour paraphraser un de nos grands auteurs congolais qui a été comme moi, un enfant de la diaspora, si je n’ai pas habité le Congo, le Congo m’habite. J’ai beau avoir grandi en France, mon âme est « black », ma tête congolaise. Et je suis enracinée dans mon pays d’origine, le Congo. La terre de mes ancêtres. Cela me rappelle le monde hispanophone où les enfants tiennent à la famille et à ses valeurs. « Tierra de mi sangre, Sangre de mi tierra ». (Terre de mon sang, Sang de ma terre) …

 

Quelles sont vos tâches principales au sein de la BBC Afrique ?

Le bureau de Dakar gère le site internet et les tranches d’info en français de la radio BBC News Afrique. Mes tâches consistent donc à écrire des articles qui vont alimenter le site. Je me retrouve là dans mon élément, moi qui viens de la presse écrite. Pour la partie radio, c’est un exercice nouveau. Cependant la base du journalisme, quel que soit le médium reste l’écriture. J’écris et enregistre des sujets de reportage ou des interviews qui passent dans les différentes éditions du journal. Quelle fierté quand le présentateur lance mon nom, le nom de mon défunt père, sur les antennes de BBC Afrique qui est captée dans des millions de foyers !

 

Le travail en équipe, une réalité au sein de cette branche dakaroise ?

Contrairement à la perception que s’en fait peut-être le public quand il voit un présentateur de journal télévisé seul à l’écran ou lit une signature au bas d’un article, le journalisme reste toujours un travail d’équipe. Pour sortir un journal papier ou produire un journal télévisé ou radio, c’est toute une chaîne humaine qui se met en branle. Du journaliste qui recueille l’information, aux correcteurs qui relisent le texte, aux maquettistes qui le mettent en scène, dans le cas de la presse écrite. Idem pour les bulletins d’information à la radio. Il y a les correspondants qui réalisent les reportages sur le terrain, nous au bureau de Dakar qui produisons également des éléments à diffuser sur les antennes, les techniciens etc. On est tous dépendants les uns des autres. La rédaction de Dakar ne fait pas exception.

 

L’importance de chaque chaîne est capitale ?

Chaque étape de la chaîne est cruciale pour la bonne réussite du journal. Chacun doit se sentir, à son niveau, la responsabilité de la qualité éditoriale de ce qui sera diffusé. Les journalistes ont bien souvent des personnalités entières, ce sont des personnages ! Ils ont un peu des tempéraments d’artistes. Globalement on travaille vraiment dans une bonne ambiance même si les rapports humains au sein des rédactions sont parfois intenses. En tout cas, il faut toujours savoir rester humble. Se faire relire par un confrère plus jeune ou plus expérimenté, mais qui saura apporter un regard neuf sur votre texte et vous aider à l’améliorer. Accepter une remarque ou une critique qui va vous permettre de progresser, c’est essentiel.

 

Que veut dire CEO chez Fara Fara ?

Fara Fara Communication était la structure de communication que j’avais montée dans une période de transition professionnelle, après mon passage aux Dépêches de Brazzaville. C’est une forme de clin d’oeil à ma culture congolaise. « Fara fara » en argot lingala signifie « face à face ». C’est le meilleur moyen d’échanger : on est devant la personne, on communique à 365 degrés, il y a la parole, le ton, les expressions du visage, les attitudes corporelles etc. Je l’ai mise en sommeil pour l’instant mais compte bien la relancer un jour. J’ai plein de projets de médias dans les cartons.

 

Un dernier mot ?

Pour vos lecteurs qui vivent des temps de galère, je leur dis de ne jamais se décourager quel que soit le chemin par lequel ils passent. Un proverbe dit que « Dieu écrit droit avec des lignes courbes ». Je n’ai pas eu un chemin tout tracé, bien que je croie sincèrement que Dieu demeure l’architecte de ma vie. Ayez conscience de qui vous êtes, renouvelez vos pensées et vos paroles en adéquation, ayez une vision et… travaillez, mettez vous en action, sortez de vos zones de confort. « The world is yours for the taking ! »

 

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

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