MAMPILA JULIE CLARISSE MIETÉ – Travaillons à être unis

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

MAMPILA JULIE CLARISSE MIETÉ – Travaillons à être unis

Mampila Julie Clarisse Mieté alias Aka Sista Clarisse est née au Congo, à Brazzaville plus précisément. Ses parents sont partis du Congo, à la fin des années 70, pour se former en Roumanie. Plus tard, ils ont décidé d’inscrire leurs enfants, à l’école en France, afin qu’elles puissent y étudier et devenir « de bonnes françaises ». Elles étaient chez les sœurs sa petite sœur et elle. Lorsque leurs parents ont terminé leurs études, ils se sont tous installés à Château-Thierry où Julie Clarisse passe son bac. Ensuite, elle monte à Paris à l’université pour y poursuivre des études de sciences économiques et sociales, qu’elle abandonne rapidement. Elle est très vite rentrée dans la musique, via les Sound Systems (soirées reggae). D’abord toasteuse (Flow hybride entre le rap et le chant), puis chanteuse. Par la suite elle est devenue, par la force des choses : auteure, compositeure et productrice. Percussions et basse sont ses instruments préférés.

Arrivée en France à l’âge de neuf ans: quels souvenirs gardez-vous encore du Congo natal ? Depuis ces années avez-vous eu l’opportunité de repartir sur la terre de votre naissance ?

Effectivement, je suis arrivée à l’âge de 9 ans en France. Donc j’avais eu le temps de me forger des souvenirs. Pour ma part les souvenirs les plus marquants sont ceux que je garde du village, chez ma grand-mère Mampila. Sa parcelle avec la tombe de son père sur laquelle nous jouions. Sa case dans laquelle tout se passait. La cuisine, la sieste. L’accompagner à la rivière ou à la cueillette. J’en garde les odeurs, les fourmis qui nous mangeaient les jambes. Je n’ai pu y repartir qu’en 2015 depuis mon arrivée en France. Ce fut un moment intense et plein d’émotions. J’ai eu l’occasion de repartir bien avant, mais je ne l’ai pas saisie par peur de ne plus revenir, car mon père, qui était sévère me menaçait constamment de me renvoyer au pays lorsque je faisais des bêtises. Donc je refusais de partir comme ont pu le faire mes cadets.

Comment est née votre passion pour la musique : est-ce la nostalgie des sons de votre enfance congolaise ou l’éblouissante rencontre des autres rythmes en Europe ?

Ma passion pour la musique est née à l’adolescence, en écoutant le reggae, une musique dans laquelle je me retrouvais. Les thèmes qui y étaient abordés résonnaient en moi. Malheureusement, la musique n’a pas été très présente dans cette éducation parentale car à la maison les parents voulaient que nous soyons des docteurs en sciences économiques ou en médecine comme eux. Donc, ils ne considéraient pas la musique comme une chose sérieuse ou comme un métier.

Que vous rappellent les années Peter Tosh, Sai Sai et Puppa et raggamufin? Et Julie Clarisse devient Sista Clarisse : une influence anglophone ?

Les années Peter Tosh, Saï Saï, Puppa Leslie, le raggamuffin, me rappellent mes débuts dans la musique, l’insouciance, la découverte d’un univers musical qui m’accompagnera le long de mon parcours. Oui mon nom est d’influence anglophone car cette musique (le reggae) est principalement anglophone.

                          Quels sont les thèmes privilégiés de vos chansons ?
Les thèmes que j’aborde sont assez classiques. Je m’inspire de ma vie, de mon quotidien, ce qui me touche.

Vous est-il arrivé de partager la scène avec des partenaires qui ne partagent pas la même vision des choses que vous ? Si oui, comment gérer les situations?

Il m’est arrivé de partager la scène avec des artistes qui n’ont pas la même vision que moi. À plusieurs occasions d’ailleurs. Et cela ne me pose pas de problèmes. Il faut de tout pour satisfaire le public. D’ailleurs la personne qui organise un concert n’a pas ce genre de questionnement. Son souci premier, est que le public soit au rendez-vous.

Quels sont les genres de musiques que vous pratiquez et que vous apportent-ils ?

J’ai un souci avec ce genre de question. Je préfère dire que je fais de la musique avec diverses influences. Chercher à tout prix à classifier, à mon sens est réducteur. Je suis ouverte, j’écoute un peu de tout, même si le reggae reste le style dans lequel je me retrouve le plus, en termes de sujets abordés.

Votre talent a-t-il pris du galon en bénéficiant des leçons dans des écoles ou des conservatoires ?

Je n’ai jamais pris un cours de chant, ni été au Conservatoire. Mais j’ai eu de très bons conseils de Tonton Rido Bayonne, Cool Jam. J’ai été marquée par Peter Tosh, Burning Spears, Gregory Isaacs, Frankie Paul, Salif Keita. Et je ne pourrais pas tous les citer…

Les concerts à l’étranger vous ont-ils fortifiée ou fragilisée ?

Les Concerts forment un artiste. À l’étranger c’est encore plus intéressant car parfois il y a la barrière de la langue. Il est d’autant plus intéressant de toucher des personnes qui ne comprennent pas les paroles mais ressentent les vibrations. Je dirais donc que cela fortifie.

Vous rêvez de chanter au Congo natal : qui est-ce qui vous empêche de le faire?

Effectivement mon rêve serait de jouer au Congo. Ce qui m’en empêche ? Les opportunités. La situation au pays est telle que la culture n’est pas mise en avant. Pourtant ce pays regorge de talents dans tous les domaines. Il faudrait un promoteur qui croit à mon projet. Réunir les conditions. Si j’étais sur place ce serait peut-être plus simple.

                           Après avoir choisi d’être appelée Sista Clarisse, vous dites

                       «Call me  Mampila» pourquoi ce changement : soudain, réfléchi ?

Oui ce choix est réfléchi. À l’époque ce n’est pas moi qui avais choisi le nom de Sista Clarisse. Je venais de commencer à me produire dans les sound systems (soirées reggae-dancehall à Paris). Il me fallait un nom. Je me cherchais car je venais de débuter et ne me trouvais pas légitime dans ce milieu. Le père de mes enfants (Puppa Leslie), qui lui-même était déjà très actif dans ce milieu a dit pourquoi pas Sista Clarisse. Voilà d’où vient mon nom d’artiste.

Et aujourd’hui?

Aujourd’hui, je pense avoir appris beaucoup et avoir mûrie. Je me sens plus légitime à faire mes propres choix. Il y a également cette quête de mes origines depuis plusieurs années, car même si je suis née au Congo, j’ai vécu l’essentiel de ma vie en France. Il y a cette partie de mon histoire que je cherche à connaître pour me sentir exister.

                             Quels thèmes tournent autour de «Call me Mampila» ?

Les thèmes que j’aborde dans cet opus à venir sont divers. J’y parle de la mort, de mes origines, de la femme, des rapports conflictuels entre la femme et l’homme…

Que cache donc l’album qui porte ce nom : des concerts en perspective ?

Évidemment j’aimerais défendre cet album sur scène. Car c’est lorsque j’échange avec le public que je me sens dans mon élément. Je ne sais pas si les événements liés à la Covid-19 et toutes les conséquences qui en découlent me le permettront. En attendant il y a les clips avec lesquels je peux défendre cet album.

Quels sont les instruments que vous affectionnez le plus ?

Les instruments que je préfère sont la basse et les percussions

 Auteure-compositrice-interprète, productrice : comment arrivez-vous à être au-dessus de la mêlée ?

Je ne sais pas si je suis au-dessus de la mêlée. Je suis exigeante avec moi-même. Je sais ce que je veux. Je sais surtout ce que je ne veux pas et cela a un prix. Je dois faire les choses par moi- même.

                              Quels sont les moments les plus exaltants de votre carrière ?

Des moments exaltants, il y en a tellement! Mais pour faire court : la première fois que j’ai pris un micro dans un sound system, MA rencontre avec tonton Rido Bayonne et la confiance qu’il a placé en moi, ma participation au Festival International de Jazz de St-Louis au Sénégal en 2012…

                                                                 D’autres projets ?

Oui j’ai beaucoup de projets. L’expérience m’a appris de ne jamais parler lorsque les choses ne sont qu’au stade de projets. Surveillez mes réseaux sociaux, nous annoncerons les choses au moment opportun.

Un dernier mot ?

Mon dernier mot : merci à ceux qui me soutiennent, car sans eux nous ne sommes rien. Travaillons à être Unis, nous serons bien plus forts qu’en petites chapelles.

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

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