MAMPOUYA MAM’SY – Complètement fou de la musique

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

MAMPOUYA MAM’SY – Complètement fou de la musique

MAMPOUYA MAM’SY – Complètement fou de la musique

Mampouya Mam’sy, musicien, musicologue et écrivain congolais est né au Congo-Brazzaville dans un petit village nommé Kinkanda, à 120 kilomètres au sud de Brazzaville. Il a fait ses études secondaires à Brazzaville et ses études supérieures en Roumanie en économie, spécialité statistique. Il a été fonctionnaire de l’Etat, même si, au début de sa carrière, les tentatives de décrocher un emploi dans le privé ou le para-étatique, à l’époque, avaient été vaines. La musique a toujours coulé dans ses veines. 

Quelles ont été vos tâches ou fonctions précises ?

En près de 25 ans de vie active, j’ai servi dans plusieurs départements ministériels : le ministère de l’économie rurale, le ministère du plan et le ministère de l’industrie et de la pêche. Au ministère de l’économie rurale je me suis occupé des statistiques agricoles pendant près de trois mois en attendant ma note d’affectation qui m’a mis à la disposition du ministère du plan, plus précisément à la direction de la macroéconomie pendant près de six mois, le temps que je sois nommé chef de service au Ministère de l’industrie et de la pêche notamment à la direction générale de la pêche qui venait d’être créée en 1981. J’ai passé huit ans dans ce ministère : 5 ans comme chef de service et 3 ans comme directeur. Puis en 1992, je suis reparti au ministère du plan et de l’économie pour le reste de ma carrière de fonctionnaire.

 Comment est née votre passion pour la musique ?

Question difficile. Comment naît une passion ? Je n’en sais rien. Ce qui est vrai c’est que la musique est en moi depuis que je respire. Je la porte comme on porte un habit. Elle ne m’a jamais quitté parce qu’elle fait partie de ma respiration. A 12  ans je chantais déjà dans la chorale évangélique de la paroisse. A 13 ans, j’ai créé mon premier orchestre à Moungali, un quartier de Brazzaville. A l’époque je commençais à composer des chansons et en 1965, à 15 ans je les proposais déjà à des musiciens professionnels. Mais, le véritable déclic s’est produit quand j’ai obtenu mon bac en 1971. Je vais au village et je trouve la guitare acoustique (sèche) de mon oncle qui traînait par là. Je la prends. Je l’amène à Pointe-Noire où je trouve un ami qui me montre les premiers accords et chemin faisant, quand j’arrive en Roumanie en septembre de la même année, j’achète une guitare dès le paiement de ma première bourse. C’est cette guitare qui m’a rendu complètement fou de la musique. C’est grâce à cette guitare que d’autres portes m’ont été ouvertes : le spectacle au music hall de Bucarest, le poste de chef d’orchestre de l’union des associations des étudiants africains en Roumanie et enfin mes cours de chant et de solfège à l’école populaire des arts de Bucarest.

Ecrivez-vous les paroles de vos chants ?

Cela dépend des conditions de l’inspiration du moment. Il y a des chansons qu’on capte, mélodie et paroles à la fois. Pour d’autres, c’est soit un texte qu’on habille d’une mélodie soit au contraire une mélodie qu’on habille d’un texte. Moi, depuis 1975, je fais les eux : je compose des chansons mais également des instrumentaux qu’on peut utiliser au théâtre, au cinéma dans les dessins animés. Mes musiques ont fait partie des spectacles de théâtre dans les années 1980 et même plus tard en 2005 dans un montage intitulé Mélédouman qui a tourné en région parisienne et en Afrique francophone. En 2006 j’ai été sollicité pour composer la musique d’un montage théâtral : Fantasmagories tiré des textes de l’écrivain congolais Jean-Baptiste Tati -Loutard.

Aujourd’hui, vous publiez un livre sur la musique, pourquoi ce livre ? Que véhicule-t-il comme message ?

Mon livre est Cours de musique congolaise. Il est comme un cours de géographie, de biologie, de physique ou de mathématique. Son but est de donner un minimum d’informations relatives à la culture musicale, le strict savoir qu’un élève congolais de fin de lycée ou un étudiant congolais de niveau  licence doit avoir dans son bagage de culture générale. L’idée du livre date de l’année 1986, au lendemain de la quinzaine de la musique traditionnelle que j’avais fait organiser à Brazzaville. C’est à partir de cette époque que j’ai commencé à regrouper les données au fur à mesure que je les découvrais dans le fil de l’audition des pièces musicales. La rédaction du livre n’a véritablement démarré qu’en 2013 quand les conditions ont été réunies : le logiciel de musique, l’ordinateur. Fin 2017 j’ai contacté l’éditeur et c’est le 18 mai 2018 que le livre a été publié sur internet.

A qui est destiné cet ouvrage ?

Ce livre se veut un ouvrage didactique pour les élèves de lycée et les étudiants mais le grand public peut s’en procurer, comme tout mélomane. Le Congo Brazzaville est un pays où tout le monde presque écoute et pratique la musique, dans les orchestres, les chorales, les bilombo, les scholas, les groupes de musique traditionnelle, les fanfares etc., mais le paradoxe, c’est que cette musique est totalement absente des programmes scolaires, du primaire à l’université. C’est vrai que depuis les années 1980 des cours de théorie musicale et de solfège ont été introduits dans certains collèges de la classe de sixième à la classe de quatrième. Malheureusement ce cours ne donne aucun impact visible sur les élèves qui le suivent.

Des difficultés dans l’exercice de votre profession ?

Les difficultés ne manquent jamais. Je fais avec. Les joies que m’apportent l’exercice de ma passion comblent largement les difficultés somme toute inhérentes à toute activité.

Un livre pour les deux rives du fleuve Congo ?

Ce livre ne peut pas se limiter qu’aux deux rives du fleuve Congo. Il est une opportunité pour n’importe quel mélomane amoureux de la musique congolaise et du monde. La musique congolaise a conquis l’univers et influencé nombreux artistes d’autres pays. Pour l’avoir, il suffit de rechercher soit « Cours de musique congolaise » soit plus simplement « Mampouya Mam’sy » sur le net.

De nouveaux projets ?

Les projets ne manquent pas. J’ai en chantier quatre ouvrages que j’écris simultanément dont un recueil de nouvelles et un recueil d’articles sur la musique.

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo