MARIE JO BOURDIN – Je dirai un certain confort

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

MARIE JO BOURDIN – Je dirai un certain confort

MARIE JO BOURDIN – Je dirai un certain confort.

  

Marie Jo Bourdin a passé son enfance à Bordeaux où elle a fait ses études secondaires. De formation assistante sociale (études à Paris) elle est thérapeute psycho sociale. Elle a par ailleurs une licence et une maîtrise en sciences sociales et suivi des séminaires de psychanalyse.

Vous êtes une des auteures de l’anthologie À L’OMBRE DES VOIX publiée aux Éditions L’Harmattan Sénégal, comment aviez-vous vécu cet appel au projet?

J’ai été très honorée par cet appel à projet et je suis fière d’avoir pu y participer.

La pandémie vous a-t-elle rendue plus sensible à la souffrance humaine et faire entendre votre voix paraissait utile?

Après avoir côtoyé la souffrance psychique des Populations migrantes et réfugiées pendant presque 40 ans, je pense que ma sensibilité est restée la même et elle m’a aidée dans le soutien des personnes en souffrance. Le retour que j’ai eu des personnes que j’ai soutenues me fait penser que ma voix leur a été utile.

 Les nouvelles technologies, un outil de rapprochement efficace quand la maladie nous éloigne de nos familles, nos amis, nos proches ?

Oui ces nouvelles technologies sont extraordinairement précieuses pour nous rapprocher des êtres qui nous sont chers quelle que soit la distance qui nous sépare. La période de pandémie en est un bel exemple.

Qu’est-ce que la pandémie a changé ou apporté de bien dans votre vie professionnelle?

Ça peut paraître paradoxal mais je dirai un certain confort.

Dans votre notice biographique de l’anthologie, il est écrit : « Marie Jo Bourdin travaille depuis presque 40 ans sur la question des mutilations génitales féminines ». Comment êtes-vous arrivée à supporter cette cause?

Formée à l’anthropologie médicale clinique (une approche théorique qui permet la compréhension et la gestion de la relation soignant/soigné relation en contexte d’interculturalité), j’ai appris le décentrage. Par ailleurs le travail en équipe pluridisciplinaire est un réel soutien et bien sûr la supervision psychanalytique.

Pensez-vous qu’un jour ces mutilations cesseront face aux cris des femmes qui se lancent, de plus en plus nombreuses, dans la dénonciation de cette horreur physique mais aussi psychologique?

Je pense qu’elles cesseront mais qu’il faudra du temps et que malheureusement des petites filles vont encore être mutilées car il s’agit de changer les mentalités et comme nous le savons il n’y a rien de plus difficile que de vouloir changer les mentalités. Un espoir tous ces jeunes qui sont en train de se mobiliser pour l’éradication des MGF.

Combien de femmes dans le monde pensez-vous sont excisées? Vos articles et vos livres ont-ils un impact dans la vie de ces femmes qui osent vous confier leur vie de femmes excisées?

Les derniers chiffres de L’UNICEF qui datent de 2017 évoquent 200 millions de femmes ayant subi cette mutilation avec 6 millions de nouveaux par an. Celles qui viennent se confier n’ont pas besoin de mes livres pour être impactées. Peut-être est-ce un plus pour elles? Quant à celles qu’il faudrait convaincre je pense qu’elles ne me liront pas.

Comment comprendre que dans l’affaire de l’excision, ce sont des femmes qui font, permettez-moi l’expression, « le sale boulot »?

Difficile en effet de comprendre alors que ces femmes savent ce qu’elles même ont subi. Preuve que dans cette affaire la grande coupable c’est la tradition. Une tradition qui a la peau dure.  C’est souvent ce que je dis à mes patientes. J’ai beaucoup entendu dire l’excision est une « affaire de femmes » et que « les femmes en font leur affaire.» Personnellement je pense que ce n’est pas qu’une affaire de femmes, les hommes ont leur part de responsabilité.

Un souhait, un conseil?

Que les religieux disent haut et fort (quand ils le peuvent! Car dans certains pays ils sont parfois menacés) que cette pratique n’est pas une prescription coranique comme l’a fait cet imam sénégalais que l’on a surnommé « l’imam pèlerin » qui partait de village en village son Coran sous le bras pour dire que ce n’était écrit dans le livre Saint

Que les hommes aussi se mobilisent.  Tous les hommes que j’ai vu prendre position ont résisté à la pression familiale et leurs filles n’ont pas été excisées!

Surtout ne pas succomber à cette tendance de vouloir médicaliser l’excision (Guinée Conakry, Indonésie) car même si elle rassure sur les conséquences médicales immédiates (hémorragies, décès…) elle perpétue la pratique. Si on médicalise l’excision ne disparaîtra pas.

Aux femmes battez-vous !

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

Une réponse

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