AUBIN BANZOUZI – Lire c’est apprendre à aimer, à être soi-même et à vivre mieux

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

AUBIN BANZOUZI – Lire c’est apprendre à aimer, à être soi-même et à vivre mieux

Aubin Banzouzi est un grand séminariste en formation en vue d’être prêtre. Il est également professeur certifié de lycée option français et chroniqueur culturel. Il est l’auteur de deux essais et d’une anthologie publiés en 2019. Il est né à Brazzaville le 24 avril 1986.

 

Comment est né votre besoin d’écriture ?

Dès le collège, j’étais correspondant de Ngouvou, un magazine destiné aux élèves du secondaire qui paraissait à Brazzaville. On y publiait des poèmes, des devinettes et quelques histoires d’ados. Cette expérience couplée par une boulimie précoce de la lecture, ont éveillé en moi une forte envie de partager mes opinions par écrit. Les études littéraires à la fac et à l’école normale supérieure ainsi que mes collaborations dans différents organes de presse écrite ont tout de même servi d’aiguillons pour cette vocation d’écrivain. J’avais déjà quelques manuscrits de poésie au lycée. Des manuscrits, j’en ai accumulés avec le temps, malheureusement j’ai perdu aussi quelques-uns.

Vous sentez-vous plus auteur que critique littéraire ?

Au cours de mes différentes lectures, j’ai découvert des centaines d’auteurs et des milliers de livres que j’ai bien voulu partager avec d’autres. Pour toucher un plus grand nombre et communiquer le plaisir de lire, j’ai pensé animer quelques rubriques littéraires. Cela a fait de moi un critique littéraire qui est aujourd’hui sollicité pour la rédaction des préfaces. Par ailleurs, les trois ouvrages que j’ai publiés sont avant tout des oeuvres analytiques qui me font porter à la fois la double veste du critique et d’auteur.

 

En effet, chez Edilivre, vous avez publié « Pouvoir et sexe dans la littérature congolaise » Et vous avez choisi le roman « L’insolite  » de Habib Marius Nguié comme champ d’exploration. Pourquoi cet auteur particulièrement ?

La littérature congolaise a donné au monde un géant anticonformiste et déroutant en même temps, Sony Labou Tansi. J’ai tenté souvent de lire ses oeuvres quand j’étais au lycée, sans avoir jamais pu les parcourir entièrement, simplement parce que ces récits un tantinet atypiques, me semblaient indigestes à mi-parcours, faute de clés de lecture. Chose surprenante, c’est Habib Marius Nguié qui se proclame imitateur de Sony qui me donnera le goût du style laboutan. Le fait d’avoir aimé Sony à travers le premier roman d’Habib Marius Nguié, m’a poussé à m’intéresser à ce jeune auteur.

Le pouvoir, a-t-il un impact particulier dans ce roman?

Oui comme dans la plupart des ouvrages de Sony, le roman « L’insolite » d’Habib Marius Nguié est une dénonciation acerbe des maux socio-politiques qui paralysent l’élan de démocratisation du continent africain, ou autrement des pesanteurs politiques qui font obstacle au mieux-être des pays d’Afrique.

Et le sexe ?

Effectivement, la peinture qui y est faite du sexe frise à priori l’indécence. Toutefois il faut voir dans cet aspect la particularité du style de l’écrivain Marius Nguié qui est d’ailleurs anticonformiste comme son archétype Sony Labou Tansi. Ce manque de censure morale, loin d’encourager le libertinage mondain, est plutôt une plainte, une interpellation à travers la dénonciation des contrevaleurs courantes de la société actuelle. L’écrivain utilise l’arme de la dérision pour nous guérir de l’indifférence face à la crise croissante au niveau des moeurs.

 Les deux, pouvoir et sexe, ensemble, sont donc une explosion désastreuse des mœurs et de l’éthique de la vie de cette nation imaginaire ?

Le Lovarium, ce pays fictionnel dans lequel se pratiquent toutes ces vilénies, est un véritable reflet du monde moderne où règne un relativisme qui semble justifier un mal profond.

Dans la vraie vie, saviez-vous que des leaders, présidents ou autres dans le monde ont toujours mené une double vie?

On ne naît pas leader, on le devient. C’est à chacun de prendre conscience et de se sentir responsable de l’équilibre moral de son milieu de vie. Quel témoignage laissons-nous à la postérité?

Aujourd’hui avec l’éclatement des mœurs, la femme ne suffit plus, il faut des hommes pour meubler la vie, est-ce le cas dans « L’insolite » ?

Dans ce roman, Habib Marius Nguié décrit les choses avec maestria, comme dans un cycle saisonnier. Il y a une trame tragique folle entrecoupée de périodes de sursaut éthique grâce à l’apport des femmes et des hommes, indistinctement, quoique la première victime reste souvent la femme.

« L’insolite », un plaidoyer pour la femme?

De façon implicite, la lecture des différentes intrigues laisse transparaître une société machiste et désordonnée dans laquelle les femmes jouent de seconds rôles. Le comble c’est qu’elles sont considérées comme de simples instruments entre les mains des hommes, une vision véritablement anachronique qui mérite d’être améliorée.

Peut-on penser que L’insolite plonge le lecteur dans un monde absurde sans rédemption?

Ne pas occulter ce genre de faits, mais en parler, c’est déjà un pas important pour la sensibilisation. Là où la volonté humaine ne se fait pas attendre, l’impossible n’est pas au rendez-vous.

Un dernier mot?

Aimons la lecture, prenons un abonnement à la bibliothèque, achetons et échangeons les livres, c’est le moyen le plus sûr de combattre l’illettrisme et d’enrichir l’esprit par la sagesse et le savoir-faire des autres. Celui qui lit élargit la compréhension qu’il a de lui-même, de la société et de l’univers. Lire c’est apprendre à aimer, à être soi-même et à vivre mieux.

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo