ULRICH BAKOUMISSA NGOUANI – Echos des sueurs fragiles

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

    ULRICH BAKOUMISSA NGOUANI – Echos des sueurs fragiles

                                                                                                      

Les sanglots éternels d’un continent enchaîné par la misère, le tribalisme, l’infidélité,

le chômage juvénil et le désamour…

Poète des Étoiles Sissoko

     Z-Ulrich de Dieu né Ulrich Bakoumissa Ngouani est un écrivain, poète originaire du Congo-Brazzaville. Lauréat de plusieurs prix internationaux et nationaux de poésie dont le dernier portant sur le thème J’aime mon pays organisé par Loatekombo Association Culturelle avec son poème intitulé : Congo, mon Congo, patrimoine commun.

Diplômé supérieur, il est enseignant-chercheur et enseigne le français dans les lycées et instituts privés de la place. Il prépare depuis 2019 une thèse de Doctorat en Littérature Française et est Responsable en chef du concours de poésie PLUM’ART-Z. Il est le Président Directeur Général de la maison d’Éditions Essaim Plumes Congo-Brazzaville. Il est auteur de trois recueils de poésie à savoir : Vent aux quatre saisons,

Les pas du vent, et le tout dernier Écho des sueurs fragiles.

Comme l’indique l’épigraphe de Jorge Luis Borges : « Celui qui brûle une allumette dans le noir est en train d’inventer le feu », l’on ne saurait dire que cette épigraphe corrobore avec la vision poétique de Z- Ulrich de Dieu qui, à son tour invente le feu où il pousse à tout vent la misère synonyme de sécheresse avec son recueil de poésies Écho des sueurs fragiles. Ce recueil qui démasque la laideur des hiboux presitocrates qui entonnent dans la cour du minuit des cris du désespoir, le Poète face à cela, nous plonge dans le rêve debout d’un continent fissuré de maux où l’on offre du trouble à la place de la quiétude. La jeunesse qui croit être la réserve d’un lendemain aux matins roses se livre aux rêves amorphes inculqués par les arbres à raison qui ne cessent de siroter le bonheur. Écho des sueurs fragiles est un cri d’appel à la compassion, à travers lequel le Poète nous montre le côté sombre de cette existence couverte de misère. Pour le Poète, le monde est devenu immonde car, l’harmonie, l’unité et le vivre ensemble n’habitent plus l’homme. Ce dernier devient l’ennemi de la fraternité et de l’amour. L’être humain a sacrifié sa dignité sur l’autel de l’argent sous l’effet du culte de la personnalité. On peut le lire dans le poème Chaque jour : Le mal prime sur le bien, la division sur le bien-être/et la misère devient notre confrère/notre dignité humaine sacrifiée sur l’autel de l’argent. p.15

On observe bien le poids de sa douleur qui tangue sur sa peau asphyxiée par les semeurs du mal. Jean-Blaise Bilombo Samba le père de l’émotion poétique l’inspirateur de tout poète est le socle de la poésie de Z-Ulrich de Dieu dans son recueil de poèmes intitulé Élégies Libertaires déclare ce qui suit : « Chaque matin donne une voix à son cœur » p.117.

Le Poète portant la croix du malheur, injustice de son temps et de son époque constatant que la marche de la vision juvénile africaine est ligotée sur l’arbre du chômage formule un vœu prophétique que, la jeunesse africaine doit jouir de ses efforts quotidiens d’où il se questionne en ces trois vers : À quelle vision se vouer ?/ À quelle promesse s’attacher ?/ À quelle tortionnaire y croire ?/ Dans un continent spolié par les parvenus où chaque natif a atteint l’âge du chômage, p.15. Par ce cri déchirant et désespéré, le Poète réclame le travail et le bien-être de l’homme, en particulier sa génération. Dans ce recueil lyrico-pathétique le cœur du Poète est habité par des nuits troublantes d’insomnie à l’issu d’un vent de trahison venant de sa côte autrefois appelée « Fontaine d’amour » aujourd’hui devenue une « Fontaine d’enfer » par ces vers, l’on peut comprendre la rage qu’il exprime envers sa bien-aimée : Mon cœur est coincé entre deux sentiments antinomiques/sentiment d’amour/sentiment de déception… l’argent prime sur l’affection/à quoi bon se confier à l’amour/Quand on reste étranger dans son univers ?… Toi, hier mon île d’amour/ aujourd’hui ma douce fontaine d’enfer/ que s’est-il passé tendre femme ?/ J’endure la douleur des vents blessés/ par la trahison, la déception/j’endure la mélancolie de l’infidélité, pp.17-18. Plus rien ne lui semble beau, entre le poids du chômage et celui de l’infidélité se résume son existence. En effet, son cœur taché par le truchement physique le jette dans un silence sans réveil. Dans cette optique les propos d’Oscar Wilde : « Ceux qui sont infidèles connaissent les plaisirs de l’amour ; ceux qui sont fidèles en connaissent les tragédies. » permettent de mieux délimiter la posture d’affectivité du Poète qui certainement a bu le vin de la révolte sentimentale en chassant toute portion d’amour qui subsiste en son cœur.

Z-Ulrich de Dieu, à travers les mots qui deviennent des armes qui apaisent le degré de souffrance, sait jouer avec les maux qui dépravent son existence en indexant les nuits triangulaires qui peuplent ses rêves fertiles pour faire face au mensonge du dernier rejeton des enfers fait avaler à une jeunesse debout : Il m’a promis le bonheur/jusqu’à m’offrir le néant/Demain m’a rassuré d’un avenir serein/jusqu’à incendier mon espoir… Demain appartient à Dieu/Non aux hommes démaquillés, pp.25-26. Seul Dieu incarne la vérité et une vie stable dans un pays comme le nôtre.  Et lorsque le monde vibre au rythme de l’incertitude, où la science jette l’éponge, que la voix du Poète se fait entendre de partout. Ce dernier n’est pas resté insensible aux vents blessés de l’humanité de la COVID-19. Z-Ulrich de Dieu n’a pas pu empêcher son cœur d’exprimer pour apaiser le fardeau de nos inquiétudes quotidiennes aux pleurs du monde : Quel vent secoue le monde ?/L’ennemi invisible crie vengeance/contre l’être humain indexé/ par le virus sans remède fiable/sa vigueur gicle comme une bombe/sur la peau de l’humanité… Je passe des nuits debout dans l’imagination/convoquant les feuilles blanches/pour insulter ce microbe du siècle, p.28.

Le monde est spolié par l’absence de la paix, cette denrée rare qui revêt en son sein l’équilibre mental de l’humanité, respire sous l’ombre de l’imbroglio que les tyrans d’Afrique et d’ailleurs déversent sur l’épiderme de la terre. Et le Poète Z-Ulrich de Dieu s’est donné aux caresses du songe pour donner un nouveau souffle à ce continent traumatisé qui gémit dans son profond sommeil sans soleil : J’ai vu les princes de la terre partager la paix/à la place des armes pour conscientiser… j’ai vu les semeurs du bonheur partager l’eau/aux cœurs qui ont soif pour apaiser leur âme sèche, p.66. À la page 77, celui-ci insiste sur la paix, on voit ici l’attachement du Poète à cette denrée rare qu’est la paix, la matrice du monde que toute âme quête : je rêve d’une nouvelle paix pour une nouvelle humanité/Car, mon âme se lasse de visiter le fond de l’enfer/Face au pire qui fourmille sur le bien, la tranquillité. Je lis dans l’âme du poète un regard serein réclamant l’unité sous l’ombre de l’harmonie universelle : continent tant désiré par l’ailleurs/Où poussent à tout vent les richesses de tout genre/Et noir et blanc marchent en symbiose/pour embrasser le rêve bleu… p. 67.

Ce recueil de poèmes a touché pas mal de problèmes qui occasionnent l’effondrement de la jeunesse africaine qui se laisse soulager par la bièramicine. Les politiques collent à cette couche l’odeur de la bièramicine pour évacuer la honte du chômage qui hante leur mémoire dans les boîtes de nuits. La bière est une consolatrice éphémère des âmes plongées dans le désespoir du temps asphyxié par l’homme politique : Je célèbre le culte de la bièramicine/Pour oblitérer le mal dominant/Qui dévore mon esprit remué/Par la déception des sentiers battus… A chaque fois qu’un bouchon crépite/sur l’autel de la bière, lieu où l’âme/Se décharge d’une kyrielle de misères/Indexé par la saison de perversion, p.61.

La poésie de cet auteur est mélancolique, violente, dénonciatrice, belliqueuse en même temps. Il chante la lumière dans la nuit et désire revoir les éclats de l’harmonie, de la fécondité du courage universel telles en témoigne les composantes chromatiques de la première de couverture. Sensible aux pleurs de la nuit qui brise les rêves de l’Afrique Z-Ulrich de Dieu rampe sur la peau de Jean- Blaise Bilombo Samba, Tati-Loutard, Marie-Léontine Tsibinda, Pierre Ntsemou… Pour moi ce recueil mérite tous les éloges de l’âme. 

Écho des sueurs fragiles, Z-Ulrich de Dieu Alias BAKOUMISSA NGOUANI,

Éditions Essaim Plumes, Parakou, Bénin, 2021        

Poète des Étoiles Sissoko

                                                    

 

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