GASTINEAU FOREVER MASSAMBA – Voyage d’un cheminement d’accidents involontaires

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

GASTINEAU FOREVER MASSAMBA – Voyage d’un cheminement d’accidents involontaires

Gastineau Forever Massamba, artiste du Congo Brazzaville, a pour parents Béatrice Eyemandoko Mbongo, une mère poétesse (même si elle n’a pas publié ses manuscrits) et Albert Massamba, un père artiste et diplomate. Gastineau Forever Massamba a fait ses études au lycée Chaminade de Brazzaville où il a obtenu un bac littéraire, en tant que candidat libre car il se formait en art dans l’atelier de son père, Albert Massamba artiste et professeur à l’École nationale des beaux-arts Paul-Kamba de Brazzaville. Gastineau Forever Massamba a ensuite poursuivi sa formation à l’atelier du peintre Anicet Malonga et l’a complétée au Centre d’art de la Ntsiemé dans l’atelier de Rémy Mongo Etsion entre 1998-1999. Souvent sur fond noir, ses peintures sont des toiles d’une fatale beauté insolite. Gastineau Forever Massamba se dit lui-même Artiste Plasticien et Auteur et vit en France. Son exposition solo à la Galerie Anne de Villepoix est une première.Il considère sa peinture comme un voyage.

Première exposition solo à la Galerie Anne de Villepoix

18 rue du Moulin Joly 75011 Paris

+33 1 42 78 32 24+33 9 80 53 23 47 – info@annedevillepoix.com

Votre passion pour les arts et les arts plastiques en particulier date en partie de votre enfance?

Ma passion pour l’art date de mon enfance, virus contaminé grâce à mes parents, de mon milieu social et environnemental. Chaque dimanche nous allions voir les répétitions du musicien Youlou Mabiala dans son espace Loufoulakari à la rue Makoko de Poto-Poto, quartier populaire de Brazzaville, à cinq minutes de chez nous, entre deux courses. En outre, la bibliothèque de ma mère contenait de nombreux livres qui traitaient de l’art, de littérature et d’architecture.  Parce que notre espace ne pouvait pas les contenir tous, ma mère rangeait l’excès des livres dans des grosses malles sans clefs où la famille pouvait passer les consulter voire les emprunter…

Vos parents vous ont donc accompagné dans ce cheminement artistique ?

J’ai reçu un grand soutien de ma mère, cependant mon père voulait que je devienne avocat ou journaliste… Je ne sais même pas pourquoi ! Il est lui-même un artiste renommé ayant des œuvres sur des places publiques comme :

  • Place du Rotary, monument de la déclaration de Brazzaville devant le lycée de la Libération/Savorgnan de Brazza à Bacongo,
  • Le Belvedère devant la case de Gaulle
  • La fresque à la Snpc (Société nationale du pétrole du Congo)
  • La fresque au siège de l’union africaine à Addis-Abeba (Éthiopie)

Aviez-vous toujours travaillé dans le monde des Arts?

J’ai la chance d’avoir toujours travaillé dans l’art même ici en France où je vis depuis juillet 2012 quand les choses ne sont pas aussi faciles avec l’administration française envers les étrangers surtout ceux du continent africain. L’unique expérience de salarié (en CDI) que j’ai eue ici, c’était avec une galerie d’art contemporain où j’ai été recruté par appel à candidature, j’étais attaché de communication et de développement pendant seize mois. J’y travaillais en journée et le soir j’allais avancer dans ma peinture dans mon atelier à Montreuil. Seize mois plus tard, j’ai démissionné pour me consacrer à 100%, comme avant, dans ma créativité bien que mes deux chefs soient des gens respectueux.

Êtes-vous passé par la mythique École de Peinture de Poto-Poto du Congo Brazzaville?

Je n’ai jamais été élève de cette école, pour diverses raisons, bien que j’apprécie des peintres comme : Antoine Sita et Jacques Iloki à qui j’ai acheté quelques toiles il y a bien longtemps. Antoine Sita et Sylvestre Mangouandza sont pour moi les deux grands peintres de cette École après Gotène, Tango, Ouassa et Zigoma.

Ce sont donc ces peintres qui ont bercé votre vie d’artiste ?

Oui et avec le temps de nombreux peintres se sont ajoutés à la liste, de grands artistes pas que les peintres. J’apprécie : Camille Claudel, Eugène Malonga, Le Caravaggio, Goya, El Greco, Germaine Richier, Rodin, Picasso, Ousmane Sow, Mathias Grünewald, Le Bernini, Bacon, Basquiat, Toulouse Lautrec, Gotène, Michel Hengo… Beaucoup de musiques, d’écrivain*e*s et penseurs…et surtout Anicet Magrego Malonga qui m’intrigue encore aujourd’hui : comment a-t-il pu abandonner la peinture avec un si grand talent ?

Quand avez-vous compris que l’art était tout le cœur de votre existence ?

Quand, j’ai décidé que je ne vais jamais mettre pied à l’université Marien Ngouabi comme étudiant car, c’était un endroit où nous allions jouer aux divers jeux d’enfance avec mes camarades du quartier avant ou après des parties de football à l’école primaire Jean Kibangui (derrière la villa Washington et l’ambassade de Chine et la cathédrale) et de mon refus du choix de mon père qui voulait que je devienne avocat ou journaliste….

Aujourd’hui en France, dans la capitale Paris, vous exposez vos toiles : une première ou c’est l’aboutissement d’un processus

qui fait de vous un peintre bien connu ?

J’essaie de suivre ma vocation depuis plus de vingt ans avec beaucoup d’exigence, c’est ma première exposition personnelle dans la célébrissime galerie Anne de Villepoix avec laquelle je collabore depuis plus de deux ans. Avant, j’étais plus dans de grandes galeries londoniennes comme Jack Bell Gallery, Christian Sulger Buel. À l’heure actuelle, je suis l’artiste Congolais le plus connu, reconnu par le marché international de l’art, par la critique internationale par sa poésie, ma démarche, la pertinence de mes thématiques et la puissance de mon travail jouissent d’une reconnaissance internationale, il suffit de faire de recherche sur Google.

Comment se tissent les liens d’un peintre et d’une galerie?

C’est par le talent, l’originalité et la force du travail que cela s’opère : par exemple Anne de Villepoix de la galerie du même nom, est une galerie qui a découvert, lancé et accompagné beaucoup de grand*e*s ‘artistes qui sont devenu*e*s des stars internationales du monde de l’art. Ce n’est pas le fait de vivre en France qui fait que mon travail soit reconnu; bien avant en vivant à Brazzaville j’avais déjà deux galeries (Galerie Tsé-Tsé, à Gand en Belgique et la galerie Kalao à Bilbao en Espagne) qui représentaient ma peinture de par le monde à travers des foires, musées et collectionneurs internationaux. La Galerie Anne de Villepoix c’est comme une grande équipe de première division dans le football vainqueur de beaucoup de trophées.

Que peignez-vous, Gastineau Forever Massamba ?

J’ARTise le vivant sans me poser de questions…

Que représente pour vous le tableau << Mandola>>?

« Mandola », est le titre de mon premier solo show à la galerie Anne de Villepoix. « Mandola » fait aussi allusion à un titre mythique du grand poète et chanteur Congolais Lutumba Simaro à qui je rends un bel hommage.

Quand vous peignez : le titre vient-il avant le coup de pinceau ou à la fin quand tout est fin prêt?

Le titre vient toujours après, parfois, je ne titre pas mes œuvres…

Quelles sont les techniques qui font de vous un peintre exceptionnel?

Je ne sais pas si je suis un peintre exceptionnel! Ce que je sais c’est que j’ARTise avec mes doigts pour travailler mes peintures comme unun potier, un sculpteur qui modèle sa glaise, sa pierre ou son bois.

La pandémie a-t-elle été un temps de profonde réflexion sur l’orientation de votre art ou/et un temps d’intense production ?

Pendant la pandémie, j’étais plus dans l’écriture que dans la peinture. Un an avant l’arrivée du covid, ma peinture annonçait déjà le chaos. Comme vous le savez aussi bien que moi, les artistes sont souvent en avance de leur temps.

Acrylique et pastels sont des couleurs très lumineuses mais le fond de vos toiles est sombre comment comprendre ce contraste ?

Ma peinture actuelle est le voyage d’un cheminement d’accidents involontaires où la spontanéité est mise en avant sans dessin préparatoire. Personnellement, je ne cherche rien, même pas à comprendre ce que signifie ma peinture sinon j’aurai déjà arrêté…car trop expliquer, je pense, fait disparaitre la magie de l’essence de la quintessence de ces toiles. Je laisse à chacun le soin de s’approprier, de rejeter ou d’adopter cette magie que dégage les toiles en fonction de l’état psychique et émotionnel que porte ou vit la personne au moment où elle se trouve devant mes toiles.

Une œuvre est différence d’une autre œuvre et à plusieurs strates de lectures, de compréhension selon sa raison et ses émotions. Les couleurs évoluent selon les cultures, le temps et les époques par exemple : le blanc est la couleur du deuil et des malheurs par excellence dans la culture Kongoo et dans la culture orientale (chinoise, japonaise, coréenne). Le noir est la lumière par excellence chez les Kongoo et dans la culture orientale, tout est fonction de son éducation, de son milieu et de l’angle où l’on se situe. C’est pourquoi je ne vois aucun intérêt à tout expliquer…

Vous dites bien « aucun intérêt » ?

MA PEINTURE NE S’EXPLIQUE PAS, ELLE SE DÉFEND TOUTE SEULE       

Au risque de me répéter, ma peinture ne s’explique pas, elle se défend toute seule sans aucun discours, sans aucune narration ou masturbation intellectuelle de ma part. Ce que je sais c’est que ma peinture exprime le monde sans masque. Elle s’exprime sans masque. Mais, comme c’est souvent le cas dans l’art contemporain (Comptant pour rien, dirai-je), le discours prime plus au détriment de l’œuvre. Je pense qu’on devrait laisser les uns et les autres exprimer ou vivre leur liberté créatrice…

D’autres expositions en vue?

Avec la pandémie de nombreux plannings ont été bouleversés. Je sais que j’aurai trois expositions collectives à l’étranger et aussi beaucoup de petits projets de curating avec les espaces, les galeries qui me donnent carte blanche pour accompagner d’autres artistes connu*e*s, moins connu*e*s pour leur donner un coup de pouce pour qu’ils continuent à croire en leur talent. Leur talent est plus important que mon accompagnement qui ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan de la création.

Vivez-vous de votre Art?

J’en vis depuis mes débuts sans faire de boulot supplémentaire : c’est la bénédiction que je possède encore jusqu’à maintenant…

VERNISSAGE GASTINEAU MASSAMBA MANDOLA…

Du 17 Novembre 2021 au 29 Janvier 2022 VERNISSAGE VENDREDI 19 NOVEMBRE, DE 18H A 21H

La galerie est heureuse de vous annoncer la première exposition personnelle de Gastineau Massamba à partir du 17 Novembre 2021!

S’agissant de l’écriture, avez-vous déjà publié?

Pour le moment, je ne pense pas publier ma poésie. Je ne veux pas agir dans la précipitation. Mais elle a déjà fait l’objet de nombreux petits projets au Centre culturel français de Brazzaville, et Kinshasa, au théâtre Octave Mirabeau en France, et dans le plus grand musée d’art contemporain de Gand en 2009… Je préfère prendre mon temps…Je sais que le temps convenable arrivera…

Des contacts avec d’autres acteurs culturels?

Ma personne a fait l’objet de la pièce de théâtre « Le musée de la honte » par Julien Mabiala Bissila qui s’est inspiré de ma vie… Le Congo a tellement de grand*e*s auteur*e*s si bien que je préfère d’abord me consacrer à ma peinture puis revenir à la création littéraire avec force plus tard. Vous savez : je ne cesse d’écrire!

Un conseil, un souhait ?

GASTINEAU FOREVER MASSAMBA –

Soyons Humains dans le partage! 

Que les Politichiens arrêtent de nous vendre la peur ! Soyons Humains dans le partage!

  Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

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