MODI SISSOKO – Le Congo a une littérature

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

MODI SISSOKO – Le Congo a une littérature

MODI SISSOKO – Le Congo a une littérature

Modi Sissoko est né au Congo Brazzaville, à Madingou dans le département de la Bouenza. Fils d’Awa Egourdo, Poète des Étoiles de son vrai nom, Modi Sissoko, est un poète du Congo-Brazzaville qui fait de la poésie une mélodie alléchante ; consolatrice du cœur. Il a commencé à gribouiller sur des feuilles blanches depuis le collège en classe de 4ème sous les caresses de la voie lactée de ses pères de la littérature : Jean Malonga, Henri Lopes, Alain Mabanckou… Sorti de l’école nationale des beaux-arts de Brazzaville avec un diplôme d’études moyennes artistiques en 2017 après son baccalauréat série A4 en lettres en 2013. Modi Sissoko a orienté sa vie vers l’enseignement où il dispense les cours de dessin au collège Guillaume Bokouaye d’Impfondo. Premier Lauréat du concours national en ligne organisé par Loatékombo Association Culturelle en 2020. Ce dernier n’a pas encore publié une œuvre littéraire sur le marché du livre mais il a participé à l’anthologie des écrivains congolais « Du chaos du coronavirus à l’érosion d’un nouveau monde » regroupant en son sein soixante écrivains congolais sous la direction d’Yvon Wilfrid Lewa-Let Mandah. Sissoko, est une étoile qui se cherche encore dans l’ombre de l’humilité.

Poète des étoiles, un patronyme quelque peu énigmatique.

Loin d’être un patronyme, Poète des étoiles est un pseudonyme qui a toute sa profondeur et tout son sens existentiel. Je me le suis collé pour garder en moi la chaleur et la présence d’une grande dame. Une grande dame qui, avant de se donner aux hymnes du sommeil, passait toutes ces nuits à contempler les étoiles. Et comme pour immortaliser ma mère Awa, ses efforts et surtout son amour sans souillure d’irresponsabilité est né, le pseudonyme Poète des étoiles, un pseudo qui, aux yeux de certains peut paraître comme un patronyme ambigu mais qui pour moi, représente tout un univers, une affection maternelle volée sous le regard jaloux de cet être sans compassion qu’est la mort. En somme Poète des étoiles est tout un concept. Un concept témoignant mon attachement maternel, le respect et l’amour que j’ai pour les femmes en général et envers ma mère en particulier, car ne dit-on pas que derrière un grand homme se cache une grande dame? Voilà le mystère caché derrière ce pseudo qui sonne comme patronyme.

Qui donc se cache derrière ce patronyme ?

Il se cache un homme plutôt ordinaire, simple, souriant, solidaire et tolérant. Un homme prônant et partageant l’amour autour de lui comme la lune et ses étoiles en plein cœur du ciel.

D’où te vient la passion pour la poésie ?

Comme toutes les passions ont un élément déclencheur, la mienne pour la poésie est née de la lecture. Elle m’est venue une nuit et je m’en souviens encore comme si c’était hier. En effet cette nuit-là, alors lisant un poème d’amour écrit par l’un de mes frères aînés. En moi montait une sorte d’adrénaline mêlant coup de foudre et sensualité, me lançant à la découverte des grandes figures de la littérature congolaise par les canaux de la Bibliothèque »Aciel » de Madingou et celle de la radio-télé départementale de la Bouenza.

Que représente donc la poésie pour toi?

La poésie est tout d’abord, un art émotionnel du cœur ne cherchant que la tendresse de la vie que le poète véhicule dans ses vers afin de refléter les plus belles couleurs de l’existence. La poésie est donc cette parole intime du cœur qui s’étale sur une feuille inerte réveillant les esprits dormeurs. Elle est un refuge sacré en ce qu’elle sait combattre tous les maux qui habitent le cœur de nos joies. Sans elle, l’homme serait un lion rugissant qui ne saurait où diriger ses émotions fissurées face aux coups de nos politicons qui ne cessent de semer le mal partout. Elle représente aussi pour moi la mère Afrique et ses eaux qui nous bercent nuit et jour sous les caresses du silence.

Que réponds-tu à certains détracteurs qui soutiennent que la poésie n’est qu’un monde de rêveurs ?

Primo, Ils n’ont pas du tout tort de soutenir cette assertion qui est en même temps dialectique, à mon humble avis, que la poésie n’est qu’un monde de rêveurs. Secundo, ces détracteurs se trompent, la poésie n’est pas qu’un univers de rêveurs. Elle est par excellence, l’univers de ceux qui ne dorment pas en cherchant à panser les nuits qui sodomisent notre existence. Enfin, les gens ne doivent pas nous confondre à des rêveurs qui ne font que ronfler pour ne rien fournir à l’humanité qu’à ceux-là qui voyagent dans un monde silencieux où seul le vent leur parle. Nous sommes, ces rêveurs qui dormons tout en donnant vie à ceux qui en manquent. Après tout, la poésie c’est le rêve de la réalité.

En 2020 tu es lauréat du concours national en ligne de poésie organisé par Loatékombo association culturelle. Parle-nous en quelques lignes de ce concours.

C’est avec un cœur teinté de gratitude que je salue l’initiative du président Louis Chevaleresque, celle d’avoir organisé ce concours qui m’a associé à 93 poètes talentueux congolais. Je remercie tous ces poètes qui ne se lassent point à faire vivre notre littérature congolaise qui somnole sous l’agressivité de nos désunions.

Qu’as-tu ressenti en remportant ce concours, toi qui n’as pas encore publié de recueil de poèmes?

Mon cœur battait la chamade lorsque j’ai appris cette bonne nouvelle. Mes lèvres étaient habillées d’une gaieté exagérée au point où je ressentais en moi les plus douces vibrations de mes comètes. C’était un moment de liesse pour ma modeste personne je ne peux que dire un grand merci à l’association Loatékombo pour cette brillante initiative.

Malgré cela, tu as vu un de tes poèmes être retenu dans l’anthologie des écrivains congolais publié sous la houlette de Lewat-Let Mandah.

Le poète écrivain Lewat-Let MANDAH est un grand homme de lettres qui a toujours prêté son oreille à ses cadets. Il sait comment redonner de la vie à une âme désespérée. Sans hypocrisie, je ne croyais pas qu’un jour le grand frère Lewat-Let devrait me contacter pour participer à l’achèvement de cette anthologie. Que ceci ne s’arrête pas seulement par cette anthologie mais qu’il continue à créer des initiatives constructives.

 Comment cela s’est-il déroulé ?

L’idée est sortie des entrailles du grand poète écrivain Lewat-Let après un profond sommeil de ses pensées, voyant comment le monde se déchire sous les flammes du coronavirus ce dernier n’était pas insensible à faire un vibrant appel à tous les écrivains Congolais pour montrer et démontrer au monde la désolation qui cause cette pandémie. Je suis si heureux d’avoir pu mettre ma touche poétique dans  cette anthologie qui retrace les maux du coronavirus de par le monde!

Cette expérience t’a-t-elle ouvert certaines portes ?

Certes, elle m’a permis tout d’abord de découvrir les talents cachés de notre pays en lisant les textes alléchants qui sont dans cette anthologie aussi, d’avoir une vue par le monde parce que cette anthologie sillonne le monde. Cette expérience m’a ouvert les portes en étant en contact avec certaines personnes que je n’ai jamais rencontrées et enfin, elle m’a permis d’acquérir certains savoirs à travers les styles des auteurs qui ont fait couler leur plume pour prêcher la bonne nouvelle à l’humanité aux vomissements du coronavirus.

A quand alors la publication d’un recueil de poèmes par Modi Sissoko, le poète des étoiles ?

J’ai toujours dit à mes lecteurs sur les réseaux, ce qui suit : On ne peut publier pour le plaisir de publier, l’on doit publier une fois que l’on se sentira en soi et sûr de ses aptitudes littéraires et aussi, pour publier il faut falloir être à la hauteur de ses imperfections. Pour moi, publier un recueil ce n’est pas du tout difficile demain je pourrai le faire. Car, j’ai toute une église d’œuvres qui sont déjà achevées dans ma gibecière et au moment opportun je vais donner naissance à mon tout premier bébé littéraire.

Quelle appréciation fais-tu de la littérature congolaise en général ?

Mon appréciation de la littérature congolaise n’est pas du tout défavorable, car, si bien qu’elle soit étouffée par ceux-là qui engendrent le désamour entre nous, elle essaie de faire valoir la beauté de notre littérature congolaise. Mon appréciation n’est pas satisfaisante du fait que nous laissons danser sur nos épaules d’humilité les orteils de l’orgueil intellectuel qui continue à détruire la case de notre accointance et demain cette littérature disparaîtra.

Quels sont les auteurs qui méritent le plus ton respect ?

En matière de lettres tout le monde mérite le respect. Je ne saurais faire la part des choses pour dire que cet auteur mérite plus mon respect que celui qui est assis de l’autre côté. Non, ça serait un sacrilège aux yeux de l’éducation de ma mère. Un homme de lettres doit à tout prix avoir un esprit ouvert en respectant tout le monde quel que soit son rang social. Le respect n’a pas de classe à mon avis. Il suffit juste de savoir au fond de soi que tout le monde est grand et personne n’est petit. À cela, j’ai l’obligation de respecter tout être humain dans sa totalité entière.

Selon toi, les anciens aident-il à l’éclosion et à l’épanouissement de jeunes talents ?

Là, je n’aurai pas une langue de mort. À vrai dire, nos aînés sont toujours restés entre eux. Il y a deux ou trois têtes de nos aînés qui sont ouvertes à nous jeunes talents, par contre, les autres ne veulent même pas qu’on les dérange pour une aide intellectuelle. Je me demande s’ils ont une autre vision propre à eux ou bien ils ne veulent pas que nous devenions comme eux aux jours futurs. Je souhaiterais que nos aînés puissent être proches de nous comme des guides pour nous faire décoller parce qu’ils ont la maîtrise de certaines choses que nous ne connaissons pas et l’on ne peut les connaître que s’ils sont en apport avec nous malheureusement, nous sommes toujours négligés à nos propres failles sans leur force pour booster notre évolution.

Des projets?

Bien sûr que oui, j’ai des projets qui bouillonnent dans ma petite tête. Des projets qui sont orientés rien que vers la valorisation de la littérature congolaise en l’exposant en plein air afin que le monde sache que le Congo a une littérature qui mérite d’être choyée avec beaucoup d’attention et d’amour.

Propos recueillis par Fred Mouand Kibiti