BODY MPOTITOLU NGOY – J’aime la conciliation de l’écrit et des images

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

BODY MPOTITOLU NGOY – J’aime la conciliation de l’écrit et des images

Son nom est Body Mpotitolu Ngoy. Il est originaire de la République démocratique du Congo et a immigré au Canada en 1992. Après avoir complété sa dernière année d’études secondaires à Toronto et ses études en économie à l’Université d’Ottawa, il intègre le marché du travail. Adepte et amoureux de la formule des entreprises sociales et solidaires, il fonde la Coopérative Franco-Présence en 2003, qui favorisait les liens interculturels entre les communautés issues de la diversité et des communautés francophones et francophiles caucasiennes établies dans l’est de l’Ontario.

Récipiendaire du Top 25 des immigrants au Canada en 2009 et l’un des membres fondateurs de la coalition des Noirs francophones de l’Ontario (CNFO), il  participe à différentes initiatives et organisations communautaires en Ontario au sein desquelles il occupe des postes d’administrateur au cours de ces deux dernières décennies. 

Body Mpotitolu Ngoy est auteur de six bandes dessinées, qu’il considère comme des outils d’éducation et de sensibilisation. Il est actuellement conseiller principal de BoXia, une entreprise sociale privée créée par sa femme et lui.

Body Mpotitolu Ngoy a servi à la circonscription d’Ottawa-Vanier à titre d’Adjoint de l’Honorable Mona Fortier et spécialiste des dossiers de l’immigration canadienne entre 2016-2020. Il a également travaillé pour le regretté Honorable Mauril Bélanger de 2006 à 2009.

Body Mpotitolu Ngoy, vous n’êtes plus un inconnu dans le paysage culturel franco-ontarien :

que représente donc la culture pour vous?

La culture pour moi est l’ensemble des forces que possède naturellement un peuple. Ce qui lui permet de s’affirmer et de briller, rayonner différemment des autres. Parmi les forces d’une culture, il y en a dont on doit chérir jalousement sans complaisance ni légèreté… Il s’agit donc de la spiritualité, l’histoire et patrimoine, la connaissance, les valeurs et mœurs, l’expression et le savoir-faire dans tous les aspects et domaines du développement humain.

Par ailleurs, je m’associe à ceux qui disent que la culture est l’âme d’un peuple… Et, j’ajouterais que c’est une richesse inhérente d’un peuple, un vrai cadeau du ciel.

 Aviez-vous toujours travaillé dans la culture depuis votre arrivée au Canada et/ou êtes-vous reparti aux études pour vous adapter aux normes canadiennes?

La chose culturelle fait partie de mon ADN. J’ai commencé à développer cette prédisposition dès mon jeune âge (à partir de 6 – 8 ans) à Kinshasa. J’étais un bon danseur et aimais beaucoup à la fois jouer avec les marionnettes et dessiner des stars de l’époque, notamment Papa Wemba, Evoloko, Johnny Halliday, etc. Il faut aussi ajouter que l’influence culturelle et plus précisément musicale était très envahissante de deux côtés de mes parents, rien d’étonnant lorsqu’on vit en plein centre de Kinshasa Malabo. Alors, on comprend facilement que les effets de cette piqure culturelle soient actifs dès que la plante de mon pied a foulé le sol canadien.

Les diplômes en poche, vous aviez travaillé pour le gouvernement du Canada mais la culture est demeurée votre champ fondamental pour le goût du donner et du recevoir ?

Absolument ! À force de développer aisément des projets et initiatives dans les domaines directement reliés à la culture, à côté de mon gagne-pain, je finis par comprendre que les moyens et les outils, dont j’ai besoin pour atteindre les objectifs de ma mission à titre d’agent de changement, se trouvent bel et bien dans la culture. Autrement dit, ils font partie de ce que j’ai précédemment appelé ‘’forces naturelles’’, à savoir la spiritualité, la connaissance de soi, le savoir-faire unique et original, etc.  En outre, j’ai non seulement développé ma créativité au Canada, mais je l’ai surtout approfondie, diversifiée et métissée avec certains éléments culturels franco-ontariens et canadiens.  

Et vous aviez écrit des textes pour bandes dessinées : comment vous est venue cette idée et pourquoi la bande dessinée pas un autre genre littéraire?

Quand j’avais sept-huit ans à Kinshasa, je dessinais déjà. J’étais un fan de bande dessinée, comme Tintin, Astérix et Obélix, Eddy Merckx, Spirou, Lucky Luke… Mais je me suis ensuite dirigé vers les sciences, puis l’économie. Finalement, je suis revenu vers ma passion un peu plus tard, mais j’avais perdu ma petite touche de dessinateur en herbe qui se développait à peine… Aujourd’hui, j’ai décidé de m’y consacrer entièrement. J’aime la conciliation de l’écrit et des images. Je trouve que c’est un moyen efficace dans ma mission d’éducation et de sensibilisation. Quelqu’un a dit : « Une image vaut mille mots ». Je crois foncièrement à ça. Et puis, quand je parle de la diversité, des symboles patriotiques qui nous unissent ou même des villes canadiennes dont je veux montrer la beauté, c’est bien de pouvoir compter sur l’image.

Comparée à d’autres types littéraires, la bande dessinée demande moins de concentration au lecteur qui peut comprendre une situation juste en regardant l’image. D’où l’importance de soigner les dessins, car c’est la première chose que le lecteur regarde. Les gens aiment les belles images, ça touche une corde sensible. Et puis, la bande dessinée permet aussi d’utiliser l’humour, ce qui est important quand on traite de sujets sérieux dans le cadre de la sensibilisation et de l’éducation. Je suis d’ailleurs très exigeant avec mes dessinateurs et travaille de très près avec eux pour leur partager mes idées et leur dire ce que je veux, car je crois à l’impact des images. Je sais notamment qu’en mettant deux personnes noires en couverture de ma 5e bande dessinée Le Canadien, les réactions seront différentes, sans doute plus négatives pour certains. Mais c’est un bon test. En passant, je suis un auteur engagé.

Quelles sont les bandes dessinées les plus importantes à vos yeux ?

Les bandes dessinées sont comme des enfants dans le cœur d’un parent. Elles ont toutes la même importance à mes yeux pour des raisons différentes les unes des autres. Cependant, avec le temps, elles s’améliorent en contenu et en esthétique, tout en clarifiant de plus en plus ma mission à long terme.

Il y a six bandes dessinées au total, jusqu’à ce jour ?

Exactement. Les Quattro francos est la première des six. Les deux aventures des Quattro Francos présentées dans cette bande dessinée suscitent des pistes de réflexion sur les meilleures façons de bâtir des ponts entre les jeunes francophones issus de l’immigration et ceux de la communauté d’accueil. Les jeunes sont appelés à travailler ensemble pour organiser des activités qui reflètent les différences culturelles dans une atmosphère francophone, le tout dans un climat de respect mutuel.

   Le Rêve canadien est une bande dessinée qui se veut un outil éducatif et culture d’information, de sensibilisation et de promotion de l’intégration des nouveaux arrivants francophones au sein de la collectivité franco-ontarienne. Le parcours de Patcho, le protagoniste de la BD, ne saurait s’avérer victorieux en l’absence du soutien des structures d’accueil et d’établissement franco-ontariens. En filigrane, l’épopée de Patcho témoigne également de l’utilité de cette double plateforme franco-canadienne pour les personnages établis au pays depuis longtemps. En somme, tout un chacun peut y trouver sa place et y réaliser son rêve.

Et vous nous présentez pour l’histoire du Canada, le personnage de Sir Wilfrid Laurier

En effet, Sir Wilfrid Laurier : Bâtisseur du Canada d’aujourd’hui, entre dans le cadre du 150e de la Confédération canadienne et du 175e anniversaire de la naissance de Sir Wilfrid Laurier. La Fondation Canadienne de Dialogue des Cultures (FDCD), une structure panCanadienne désire faire connaître aux Canadiens la contribution de Sir Laurier à l’édification du Canada. Le livre couvre quatre volets de sa vie : l’Ascension politique de Laurier, Homme de compromis, l’Identité et fierté canadiennes et l’Héritage de Wilfrid Laurier. En outre, la bande dessinée fait un clin d’œil sur la mort de Louis Riel.

Le Rêve canadien ‘’Valeurs canadiennes’’ met en évidence les valeurs et caractéristiques identitaires communes à l’ensemble de la population canadienne d’Est à l’Ouest du pays, créant ainsi des références identitaires et des réputations des Canadiennes et Canadiens auprès des autres peuples et nations du monde. En outre, elle fait un clin d’œil sur les sujets tels que le Mois de l’Histoire des Noirs, le Canada dans le monde, etc.

Le Canadien relate une conversation entre un père et sa fille adolescente, issus des communautés afro descendantes canadiennes, sur l’histoire des Noirs au Canada, tout en soulignant quelques valeurs des premières nations.

Cette fameuse conversation dure pendant 6 jours dans 6 villes du Canada : Ottawa, Montréal, Halifax, Vancouver, Calgary, Toronto.

Le Mystère des chutes rideau les coups de cœur de l’histoire de la francophonie d’Ottawa de 1826 à 2020.

Peut-on dire qu’elles véhiculent les idées d’un Canada d’harmonie et de libertés?

–           L’idée d’un Canada comme une terre d’opportunités et de liberté, un endroit où il fait bon vivre même si on peut toujours faire mieux.

–           Le rapprochement entre les communautés issues de la diversité et la majorité blanche franco-ontarienne et franco-canadienne.

–           La création de la richesse dans la valorisation de la diversité culturelle franco-ontarienne, tout en rendant évident la valeur ajoutée des communautés noires.

–           L’importance de se servir de l’histoire des Noirs pour affirmer l’identité et le leadership des Afro-descendants au Canada et ailleurs dans le monde. Il s’agit de l’éveil de conscience et de la mise en œuvre d’un apport culturel fort des communautés noires.

Par ce livre pourrions-nous dire que le vivre-ensemble est une richesse à cultiver

pour les canadiens de toutes les races?

Oui, en effet, c’est le fil conducteur de l’ensemble de toutes mes six bandes dessinées. Cependant, cette harmonie n’est possible que lorsque chacune des composantes raciales du Canada met la main à la pâte.

Qui compose donc votre équipe dans l’écriture de la bande dessinée?

Je n’ai pas d’équipe dans l’écriture de mes bandes dessinées. Cependant, j’ai travaillé avec une assistante considérée comme mon deuxième regard dans Le Rêve canadien et Sir Wilfrid Laurier. J’ai bénéficié de la collaboration de Félix Saint-Denis de l’Écho d’un peuple dans l’écriture de Le Mystère des chutes rideau. Et c’est Michel Goulet, consultant et ancien directeur de rédaction au Centre franco-ontarien des ressources pédagogiques (CFORP) qui révise souvent mes textes.

Aux USA on parle souvent du rêve américain, le rêve canadien a-t-il sa force d’exister?

Oui, bien sûr…

Si oui, comment le vivez-vous?

J’explique ma recette dans les deux bandes dessinées de la série Le rêve canadien. En fait, je présente le Canada comme une terre d’opportunités et de liberté, un endroit où on accueille bien les immigrants et il fait bon vivre même si on peut toujours faire mieux… J’encourage les gens à aimer, connaître et servir le Canada afin de goûter aux fruits juteux de la vie que produit ce pays.

 Où en êtes-vous avec le Café Franco-Présence? A-t-il des liens avec d’autres associations à Ottawa?

Le Café Franco-Présence, wow! Je ne savais pas que vous le connaissiez. Disons que j’ai eu énormément d’appui de la diversité franco-ottavienne pour ce projet, mais je reconnais aussi avoir vécu une expérience particulièrement exigeante et moins plaisante qui m’ont beaucoup appris.  Aujourd’hui, certains me parlent de relance, notamment dans le cadre de la revitalisation du quartier Vanier, mais il n’y a rien de concret. Cela prend beaucoup de ressources et il faudrait beaucoup d’éléments pour y parvenir. Disons que ça reste en gestation. Et puis, il y a d’autres projets qui ont vu le jour comme le restaurant Kenayah sur chemin McArthur qui fait un très beau travail.

Le Canada vous a-t-il donné l’opportunité de réaliser les grands objectifs de votre vie?

Oui, je crois bien. Important de retenir que sans fournir d’efforts constants et soutenus par une vision assez claire de ma trajectoire de vie, je n’aurais pas atteint ces grands objectifs. Aussi, c’est une grâce.

De Kinshasa à Ottawa : un merveilleux voyage?

Oui, en effet… C’est définitivement ma destinée.

Un conseil, un souhait?

J’invite vos lecteurs et vos lectrices à se brancher sur mon compte Facebook@Ngoy Body pour avoir la primeur sur mes prochaines œuvres littéraires, dont deux bandes dessinées et un essai sous une longue chronique sociale, fidèle à ma ligne missionnaire, dans les deux prochaines années. Attachons nos ceintures, car nous vivons le temps de la restauration de l’héritage  afro-descendant partout dans le monde. Et, le Canada est l’une des rares nations qui en tirera profit puisqu’elle accompagne le processus.

 Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo