ALAIN MATA MAMENGI : On fait exprimer son âme et on met de l’émotion dans ce que l’on produit
ALAIN MATA MAMENGI 
On fait exprimer son âme et on met de l’émotion dans ce que l‘on produit
Son nom de famille est Alain Mata Mamengi. Pour faire court et percutant, il s’est donné un nom d’artiste : “Al’Mata” et voguent les couleurs et les aventures avec ses personnages extravagants !
Nombreux sont ceux qui choisissent la musique, le cinéma, le théâtre ou la sculpture mais vous, c’est la bande dessinée qui vous fait tourner la tête : y a-t-il un secret derrière ce choix, une influence des artistes plus expérimentés et suivis dans le métier ?
A l’académie des Beaux-Arts à Kinshasa, j’ai suivi la filière de la peinture. Mais déjà dans mon enfance, je me suis beaucoup nourri de bandes dessinées. Ce qui a certainement influencé mon choix dans le futur. De là, à choisir un métier spécifique, est dû au don d’artiste qui était naturellement en moi.
L’art serait-il un héritage familial qui se bonifie de génération en génération et que vous à votre tour vous aimeriez transmettre aux générations à venir ?
Dès mon enfance, j’ai subi l’influence de mes deux grands frères qui dessinaient pour leur propre plaisir et le virus m’a rattrapé. Je continue de croire que tout est parti du don naturel, et l’orientation par l’influence de mes lectures, principalement la bande dessinée. Cela étant, vu l’expérience acquise dans le métier, je me tourne clairement vers la jeunesse pour partager ma connaissance.
Bande dessinée et intelligence artificielle, un mariage parfait ?
Je ne sais pas si un artiste digne de ce nom peut se permettre de dire ou d’affirmer une telle chose. La création artistique est l’affaire de l’humain, autant que le feeling transmis à travers son art. On fait exprimer son âme et on met de l’émotion dans ce que l’on produit. Ce qui manque cruellement à l’IA.
Comment naissent les séquences d’une bande dessinée : les évènement de la vie au quotidien ou simplement l’envol de l’imagination?
Tout part de ce qui nous entoure, le quotidien y compris. L’actualité : politique, culturelle, sociale, sportive, médicale, scientifique… tout y passe. La magie réside dans l’agencement des ses idées et la construction des puzzles dans l’écriture du scénario. Et le dessin vient habiller le tout dans un langage artistique qui sublime et émerveille, dans une belle complémentarité, pour ne pas dire une belle complicité scénario-dessin. Et la couleur y apporte la poésie.
Quelle importance revêt une couverture d’une bande dessinée chez l’auteur et le public ?
La couverture d’une bande dessinée est à la fois un langage et une démarche délicate. Très délicate. Ainsi, une fois mal exécutée, elle fait douter du contenu de l’album. Car elle est la vitrine qui donne le ton, l’envie de découvrir.
Le choix des couleurs est-il déterminant ? Et le noir et blanc ?
La mise en couleur est encore une autre paire de manches. Un peu comme l’élaboration d’une page de couverture. De soi, elle doit parler, la couleur. Exprimer, ressortir les émotions, captiver par sa poésie et booster l’ensemble du travail. Le noir et blanc pareil. Ça doit être un travail complet et encore, faut-il savoir jouer ou jongler avec la lumière et les ombres pour bien donner du volume, du relief à ce que l’on fait.
Quelles histoires racontées dans une BD ?
Tout est sujet à raconter : les conflits dans le monde, l’amour, l’amitié, la routine, bref le quotidien, l’actualité. La nature donc. Qui nous parle tous les jours et tout le temps. Il suffit de sentir et de capter ce qu’on veut traiter.
Existe-t-il un style particulier pour la BD ?
De style, moi je parlerais plutôt de la personnalité. Le style de quelqu’un dans la vie reflète bien sa personnalité. Le style du dessin pareil. Et on y va dans ce qui nous met à l’aise : l’humoristique, le réalisme, le semi-réalisme, etc. Ça c’est sûr le plan graphique. Sinon pour le format, il y a un choix multiple entre la BD classique, le roman graphique, le comic pockit, etc.
Vous participez à des rencontres de bédéistes : vivez-vous des moments particuliers lors de chaque rencontre ? Des moments plus fulgurants que d’autres ?
Il y a d’abord la rencontre de grands auteurs qui vous font rêver depuis tout le temps. Celle d’autres aussi, des amitiés qui se nouent, des échanges d’expérience, l’ambiance et le plaisir d’appartenir désormais à cette fantastique famille artistique qui ne cesse de grandir. La découverte d’autres horizons.
Pouvez-vous nous parler des BD que vous affectionnez le plus dans votre répertoire ?
Je me sentirais mal à citer des noms ou des titres, sans que cela ne me paraisse discriminatoire. Chaque jour on découvre des talents merveilleux. Mais, en plus de ma collection globale, je mets un accent particulier sur des bandes dessinées au style graphique proche du mien où encore aux univers qui me ressemblent.
Travaillez-vous en solitaire ou en équipe, et comment se répartit le travail ?
Les deux modes me valent bien. En solitaire pour rester dans le calme et la contraction maximum, et en équipe pour des discussions techniques afin de ne pas tomber dans la routine.
Et bien souvent, je suis en échanges permanents avec mon scénariste. La répartition du travail se fait à distance, le scénariste me propose son scénario (texte découpé page par page avec toutes les séquences), moi j’exécute après un découpage dessiné, puis les discussions entre les deux viendront alimenter le déroulement du travail.
Parlez-nous des périodes des dédicaces, en valent-elles la chandelle ?
Bien sûr que ça vaut la chandelle ! La rencontre avec les lecteurs. Le baptême de feu pour l’album qui vient de sortir. Le retour réel du public…c’est mon kiffe !
Bande dessinée, politique, caricature et migration une cohabitation explosive ?
Très explosive et même délicate. Puisqu’il fait dire les choses telles qu’elles se passent, et bien on le fait. Avec pudeur bien sûr…il suffit de lire les trois tomes de la série d’Alphonse Madiba dit Daudet pour mieux comprendre cette cohabitation explosive citer ci haut. 
Que racontez-vous dans la BD MADIBA? On dirait un clin d’œil à Mandela?
Là justement, on est dans la thématique de migration, sous forme de l’humour mais sans moins toucher du doigt ses dures réalités.
Madiba, un clin d’œil à Mandela ? Pourquoi pas, juste pour l’emprunt du nom ! Alphonse Madiba dit Daudet a passé 13 ans en Europe suivre les études qui allaient plus vite pour lui. Faute de diplômes universitaires et d’argent, il ne se résout pas à rentrer au pays. Jusqu’au jour où un arrêté d’expulsion arrive au foyer de travailleurs immigrés où il squattait. Mais de retour en Balaphonie (son pays), Alphonse s’invente une vie qui fera la fierté de ses parents et des envieux au quartier et fait courir le bruit que s’il a tant trainé en Europe, « c’est parce qu’il faisait les plus longues et les plus difficiles études ». Madiba veut éviter à tout prix de dire qu’il est en situation d’échec. Madiba est un rêveur impénitent préférant imaginer sa vie plutôt que de la regarder en face, car Alphonse ne désire qu’une chose, retourner dans ce pays où il a passé les plus belles années de son existence : la France, patrie de l’écrivain dont il est amoureux, Alphonse Daudet. 
Et il est prêt à tout pour atteindre son Graal, côtoyer les flics ripoux, les politiciens corrompus et la pègre. Tous les stratagèmes sont permis pour ce héros malhonnête et mythomane : se faire passer pour un homosexuel pourchassé ou un apprenti sorcier.
Aimeriez-vous transmettre vos connaissances aux jeunes qui vous le demandent ?
C’est ce que je fais à chacune de mes sorties : rencontres avec les jeunes, des ateliers animés ci et là, etc. Aussi, j’ai des artistes dont je suis l’évolution et qui vivent en Afrique, certains font déjà preuve de professionnalisme.
Des conseils à ceux qui veulent suivre vos traces : jeunes et moins jeunes ?
D’abord aimer ce que l’on fait comme travail. Quels que soient vos talents, les parfaire par la connaissance. Prendre son temps pour s’améliorer et ne pas surtout être pressé. La reconnaissance vient au bout des efforts parfois épuisants. Savoir apprendre auprès de personnes expérimentées, car dans la vie, on apprend tous les jours.
Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo
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