Tiffany Ratongaranto : Le voyage continue !
Tiffany Ratongaranto 
Tiffany Ratongaranto dessine depuis l’enfance. Elle est née et a grandi à Antananarivo à Madagascar. Elle quitte son île à 17 ans après avoir eu son BAC ES et part étudier en France.
Master en Urbanisme et Coopération Internationale en poche, elle se remet au dessin et partage ses oeuvres sur Instagram. Le temps passe et elle quitte la France pour le Canada où elle s’inscrit en Design graphique. Aujourd’hui, elle est représentée par Bright Agency, une agence d’illustration basée à Londres et à New York, qui l’aide à trouver et négocier des contrats sur le marché anglophone.
Elle a illustré Dans les yeux de Maman (2025) pour le compte des Éditions Terre d’Accueil, dont le siège est basé à Oshawa.
Vous avez 17 ans quand vous quittez votre pays Madagascar, une île de l’océan Indien
: une escale fructueuse en France qui vous sacre sociologue et géographe avec en plus un master en urbanisme et coopération internationale. Qui êtes-vous Tiffany Ratongaranto et que pouvez-vous nous dire de ces années vécues en France ?
En toute franchise, je n’aime pas trop m’étaler sur mes années en France, même si avec du recul, j’ai eu un parcours académique assez riche et que c’est aussi là-bas que j’ai rencontré des personnes formidables qui font toujours partie de ma vie aujourd’hui. Professionnellement, je n’étais pas épanouie et c’est bien pour ça que je suis partie. Je dirais que mes années en France étaient des années de tâtonnement et d’expérimentations de »l’école de la vie » et une période où je me cherchais énormément. J’étais une jeune fille qui faisait ce qu’on attendait d’elle, sans réellement réfléchir à ce qu’elle voulait vraiment. Néanmoins, je reste reconnaissante aujourd’hui d’être allée jusqu’au Master, car j’ai rendu mes parents fiers. C’était des années aussi où je me suis un peu éloignée du dessin, de l’art en général, jusqu’à ce que l’envie dévorante de créer me revienne de plein fouet à la fin de mon Master. C’est là où j’ai eu un premier déclic : que Tiffany est aussi une artiste et qu’elle avait oublié cette partie d’elle-même. Mais comment faire?
Mais le virus du voyage ne vous quitte pas et l’appel au large vous conduit au Canada où le design graphique devient une obsession. Comment expliquer cette nouvelle exploration de votre vie professionnelle ?
Le design graphique n’a jamais été une obsession. L’illustration oui, mais le design graphique non. Je pense que c’était une étape nécessaire et utile à mon parcours. Je me suis inscrite en design graphique en pensant me rapprocher de l’illustration car je cherchais une porte d’entrée vers les métiers des arts visuels et appliqués. Mais on m’a clairement fait comprendre dès le départ qu’avec un diplôme en design graphique, on ne devient pas automatiquement illustratrice même si on a une bonne base technique en dessin. J’ai appris énormément de choses, je me suis rendue compte que j’avais des facilités en tant que graphiste mais je sentais que ce n’était toujours pas ce que je voulais réellement faire. À titre de comparaison, c’est un peu comme si vous cuisinez un plat, il est très bon mais vous sentez qu’il manque quelque chose et vous ne savez pas quoi exactement. Deuxième déclic: je ne peux pas être que graphiste, je veux devenir illustratrice donc comment je fais? Le bon côté, c’est qu’une fois au Canada, je n’ai plus jamais arrêté de dessiner et j’ai continué en parallèle de mes études à expérimenter et parfaire mon style pour devenir l’illustratrice que je suis aujourd’hui. Donc rien ne s’est fait du jour au lendemain. J’avais l’avantage de pouvoir utiliser mes compétences design dans mes illustrations et mes connaissances en illustration en design. Les deux ont fini par s’emboîter plutôt bien.
Vous aviez aussi enseigné les fondements du design graphique, d’illustrations et d’affiches au collège de La Cité à Ottawa : comment les étudiants ont-ils accueilli ces enseignements? Qu’avez-vous appris de ces enseignements ?
Alors, l’envie d’enseigner est apparue en même temps que mes facilités en design graphique et c’était au détour d’une conversation avec l’un de mes professeurs, qui était aussi le directeur du programme, que l’idée a germé dans ma tête. – Petit aparté : Antonio Hilario. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi, tu as été un professeur incroyable et un mentor inspirant, un modèle de ce que devrait être l’éducation et l’apprentissage! Je ferme l’aparté. Donc j’ai eu mon diplôme en design graphique, j’ai commencé à travailler et on m’a contacté pour savoir si ça m’intéressait d’enseigner un ou deux cours. Je suis devenue professeure contractuelle. C’est une expérience enrichissante qui vous apprend énormément sur vous-même. Vous êtes dans une classe avec différents profils d’étudiants et donc différentes façons d’apprendre et de comprendre, vous devez vous adapter en permanence. Et la vraie récompense de ce métier, c’est quand vos étudiants arrivent à s’emparer de votre enseignement et qu’ils arrivent à les appliquer à leur manière dans leur projet. Là, vous avez tout gagné! Mission accomplie! Mais c’est aussi un métier assez exigeant en termes de charges de travail donc il faut être préparé à ça. J’étais ravie d’enseigner mais à un moment, je n’arrivais pas à gérer 3 boulots en même temps (graphiste, illustratrice et prof) donc il fallait faire des choix. Peut-être que je retournerais enseigner un jour, je garde la porte ouverte…
Malgré votre épanouissement dans les domaines cités plus haut, c’est définitivement vers l’illustration que vous plongez poings et pieds liés : comment donc est née cette passion innée pour l’art ?
Être illustratrice, c’est aussi un métier très demandant en termes de temps et d’énergie. J’avais comme objectif à ce stade de mon parcours de me professionnaliser. Le dessin a toujours fait partie de moi, depuis ma tendre enfance, mais je n’aurais jamais imaginé un instant que je pourrais en faire un métier. Entre temps j’ai mûri, je suis arrivée au Canada, j’ai ouvert des portes, je me suis dit « Tiff, cette passion te rattrape depuis des années, il faut absolument que tu te lances et que tu en fasses quelque chose! » Dès l’instant où j’avais compris tout ça, j’ai aussi compris que c’est là que je serai le plus épanouie. J’ai donc fait énormément de recherches pour comprendre comment fonctionne le marché de l’illustration, comment on trouve des contrats, qui sont les acteurs, quelles sont les ressources, etc.
En 2024, vous illustrez votre premier livre pour enfants Magnificient You de Sarah Zambusi. Décrivez-nous le moment de la rencontre avec Sarah Zambusi, sur les Réseaux Sociaux, en personne ?
Magnificent You, c’est le premier long projet que j’ai fait en tant qu’illustratrice Jeunesse. Auparavant, je répondais plus à des commissions ou des projets courts (exemples: illustration pour une affiche, développement de personnages pour une structure, etc.) Sarah Zambusi et moi, on a beau être toutes les deux au Canada, on ne s’est jamais rencontrées! Tout s’est fait en ligne du début jusqu’à la fin du livre! Elle me suivait depuis un moment sur Instagram et elle aimait beaucoup mon style, donc elle m’a écrit sur mon email pro pour me parler de son projet et pour voir si je pouvais l’aider à le concrétiser.
Comment se déroule le travail de l’illustratrice ?
Pour synthétiser, le client me contacte si c’est un projet francophone et/ou canadien, ou contacte mon agent si c’est un projet sur le marché international. Je vois si le projet m’intéresse. Je demande à avoir accès au manuscrit et au maximum d’informations. J’établis un devis qui est une proposition pour le client, un contrat avec les termes + conditions et un calendrier de production. Si tout convient au client, il amorce un acompte et on peut concrètement commencer le projet. Des suivis réguliers se font à chaque étape du projet, de l’idéation jusqu’à la livraison.
Le deuxième livre que vous avez illustré paraît aux Éditions Terre d’Accueil, mai 2025, il s’agit de Dans les yeux de maman, de Guédeline Desrosiers.
Racontez-nous le déroulement de cette rencontre : Éditions Terre d’Accueil, l’auteure et vous.
Ce que je retiens le plus de ce projet, c’est que Terre d’Accueil, l’auteure et moi-même, nous étions toutes les trois en symbiose dès le départ! De grands esprits qui se rencontrent avec des valeurs communes et une vision entendue sur ce qu’on voulait accomplir avec ce livre. Et c’est très important car cela donne le ton sur le déroulement de tout le projet. Ce qu’il faut savoir, c’est que pour Dans les yeux de maman, j’étais non seulement en charge des illustrations mais également de toute la direction artistique et technique du livre. J’ai eu carte blanche pour tout faire! Ça m’a donné des ailes car j’avais toute la liberté créative dont j’avais besoin et je remercie encore aujourd’hui Suzanne Kemenang, l’éditrice, et l’auteure, Guédeline Desrosiers, de m’avoir fait confiance. Tout s’est bien passé, avec les petits rushs à la fin mais ça fait partie du jeu!
Le temps d’illustrer est-il une interaction entre l’auteure et vous ?
Tout dépend du type de projets et des partis impliqués. S’il s’agit d’un projet en auto-édition, effectivement je dois échanger souvent avec l’auteure. S’il s’agit d’un projet pris en charge par une maison d’édition, l’éditeur/éditrice est mon premier interlocuteur qui va prendre les décisions finales, même si bien évidemment, l’auteure est dans la boucle car c’est important d’avoir son avis. Le mode de fonctionnement varie d’un projet à un autre.
Dans vos illustrations, le lecteur a l’impression que vous transportez votre soleil de Madagascar pour l’éblouir ! Madagascar toujours présent quand vous travaillez ?
C’est sûr que je m’inspire souvent de mon île mais seulement dans la mesure du possible car on s’entend que je ne peux pas mettre le soleil de Madagascar dans tous les projets! Ahahah Ce serait aussi dommage artistiquement parlant car ça m’ enfermerait dans un genre ou un style particulier. Mais je comprends que la première chose qu’on retienne de mes illustrations, c’est le côté ensoleillé, chaleureux et coloré qui fait clairement partie de ma marque de fabrique. Mais Tiff en tant qu’illustratrice, ce n’est vraiment pas que ça. Aujourd’hui, j’ai quand même une certaine flexibilité artistique qui me permet de proposer d’autres choses aux clients.
Aujourd’hui quand vous regardez votre parcours, peut-on dire que vous êtes arrivée au bout de vos rêves ?
Pas au bout de mes rêves, mais je sais que je suis sur la bonne voie et que je commence à toucher du doigt ce que je ne pensais même pas possible il y a 20 ans…C’est certain que j’ai fait du chemin depuis et que l’enfant en moi a de quoi jubiler! Le voyage continue…
Un conseil, un souhait pour les lecteurs et lectrices amoureux des couleurs ?
La vie est trop courte pour ne pas apprécier toutes les nuances qu’elle a à nous offrir! Donc osez! Osez explorer et embrasser toutes ces couleurs car c’est seulement comme ça que vous allez vous trouver.
Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo
Quelques ressources en ligne pour mieux connaître Tiffany Ratongaranto :
Biographie faite par son agence d’illustration
https://thebrightagency.com/us/childrens-illustration/artists/tiffany-ratongaranto
Article sur l’illustratrice
https://canvasrebel.com/meet-tiffany-ratongaranto/
Site web et mon Instagram
https://www.instagram.com/zatiff/
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