WILFRIED NSONDE – L’amour m’intéresse beaucoup

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

WILFRIED NSONDE – L’amour m’intéresse beaucoup

Wilfried Nsonde est un auteur très heureux qui prend du temps pour écrire patiemment ses livres. Un océan, deux mers, trois continents, son dernier publié lui a pris sept ans! Sur tous les continents, l’ouvrage nous livre ses secrets. Le livre a remporté plusieurs prix dont le Prix Ahmadou-Kourouma, Prix des lecteurs et lectrices de L’Express/BMFTV et Prix du Livre France Bleu. Cet originaire du Congo Brazzaville, arrive en France très jeune. Il y étudie les sciences politiques. Il a vécu en Allemagne pendant au moins vingt cinq ans avant de revenir en France où il décide de poser enfin ses valises.

Un océan, deux mers, trois continents, un roman publié au Canada et en France et une pluie de prix : Wilfried Nsonde, un auteur heureux?

Un auteur très heureux, ces prix sont autant de reconnaissance et d’encouragements, sans oublier la visibilité qu’ils apportent sur mon travail.

Dans votre roman, le personnage principal, Dom Antonio Manuel, part de l’Afrique, passe par l’Amérique avant d’arriver en Europe : un voyage triangulaire qu’a suivi aussi le personnage principal féminin de Laurence Hill dans AMINATA.  Le lien qui unit les deux personnages est l’esclavage, pourquoi ce voyage dans les sentiers de l’esclavage ?

J’avais à coeur de revisiter l’histoire de la traite transatlantique parce que c’est là l’origine de nos sociétés, surtout en terme de système économique et social. On est en présence d’un mode de pensée où l’être humain n’existe que par le biais de ce qu’il peut apporter dans le processus de production des biens matériaux, sans considération de son humanité profonde. Ces conceptions sont encore dominantes aujourd’hui, c’est important de savoir comment cela a commencé. 

Dom Antonio Manuel un grand ambassadeur en quête de liberté ?

Je ne sais pas s’il était grand, mais il est certain qu’il fut intègre, il est resté conforme à ses convictions jusqu’au bout et malgré d’immenses difficultés. Il nous enseigne que la liberté est le bien le plus précieux pour un être humain, chaque vie doit en bénéficier.

L’immigration d’aujourd’hui peut-elle remplacer l’esclavage d’hier ?

Non, la comparaison est malheureuse, les migrants d’aujourd’hui ne sont pas privés de liberté, ils ne portent pas de chaînes. Ce qu’ils vivent est une tragédie terrible, mais nul n’est besoin de comparer. Il reste troublant qu’au 17ème siècle il faille armer des bateaux en Europe, les envoyer en Afrique, les charger d’Africains par la force pour d’horribles traversées… Aujourd’hui ceux qui partent le font de leur plein gré… Ils se ruinent pour s’aventurer sur les mers.

Aventures, violences et amour font partie de ce roman qu’on qualifierait aussi d’historique : L’amour un chemin de rédemption pour taire les facettes ténébreuses de la vie ?

L’amour est une modalité de relations humaines, une possibilité, la soumission, la domination en sont d’autres. L’amour m’intéresse beaucoup, je crois que c’est une variante relationnelle qui permet à l’être humain de s’épanouir pleinement, voire de se sublimer.

Un dernier mot ?

Ecrire ce roman m’aura pris 7 années, son succès me réconforte dans cette idée que le travail paie, et surtout je suis assez fier d’avoir ramené Nsaku Ne Vunda au devant de la scène.

Propos recueillis par Marie Léontine Tsibinda Bilombo