MARIE-LOUISE ANGO – Je découvre tout, j’apprends tout

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

MARIE-LOUISE ANGO – Je découvre tout, j’apprends tout

Marie-Louise Ango, connue publiquement sous le pseudonyme de Marie-Louise Abia, est écrivaine et enseignante. Elle est une femme multidisciplinaire. Aujourd’hui, elle se lance dans la création cinématographique avec joie et audace en adaptant ses romans.  Elle passe une enfance heureuse, au Congo Brazzaville, malgré son côté turbulent. Elle réside en Angleterre.

Quels sont les souvenirs que vous n’oubliez jamais de votre enfance à Dolisie au Congo Brazzaville, dans votre famille, dans vos amitiés et dans votre parcours scolaire?

Oh lala! quelle question! que dire? Par où commencer? En fait, pour beaucoup de choses, je revivrais mon enfance à Loubomo – actuellement Dolisie – et pas ailleurs, 4575 fois, et je referais avec joie; et pour beaucoup d’autres choses, je ferais un très grand tri sélectif. Les souvenirs ne manquent jamais, et Nzambi sait qu’il y en a!

J’ai grandi dans une famille de beaucoup d’enfants “sans maman”,

et les soeurs ainées jouaient le rôle de “maman” malgré elles !

Mais les souvenirs que je n’oublierai jamais sont les très rares moments précieux de ma vie que j’ai passés avec ma maman – paix à son âme – , des moments de petites joies devenus aujourd’hui des moments de grande tristesse, alors, je les garde précieusement dans un petit coin de mon coeur comme un trésor sacré, tout ce qu’il me reste de ma maman. Mais il y a eu, et il y a encore, des personnes formidables dans ma famille maternelle – en tête desquelles Maman-Koko (paix à son âme) – qui ont inconditionnellement aimé ma maman, et qui m’ont nourrie avec l’amour qu’elles avaient pour ma mère; je leur dis MERCI ! car elles ont contribué, d’une manière ou d’une autre, et chacune à sa façon, à créer la personne que je suis aujourd’hui, que Nzambi les bénisse.

 Quant à mes amitiés, elles étaient un peu bizarres! De toute ma vie, je n’ai eu qu’une seule véritable amie fille – devenue comme une soeur jumelle pour moi, mais qui nous a malheureusement quittés – et le reste de mes meilleurs amis étaient – et sont toujours – des garçons; il n’y avait que les garçons qui me comprenaient, et ils étaient les seuls avec qui je m’entendais très bien. Aux côtés de mes amis garçons, j’étais “un vrai garçon” comme eux, et ils me voyaient ainsi. Je comprenais beaucoup mieux le fonctionnement des hommes que de celui des filles, c’est peut-être ce qui fait qu’aujourd’hui, je m’entende mieux avec les hommes qu’avec les femmes.

J’étais une grande bagarreuse dans mon enfance car je ne supportais pas la “saleté” et les petits “jeux stupides”; je crois que je me suis bagarrée avec plus de la moitié de mes amis garçons – restaient toujours mes amis et qui me respectaient plus après la bagarre-; la seule personne avec laquelle je ne m’étais même jamais disputée, était ma “soeur-jumelle” car je sentais comme si j’avais le “devoir” de la protéger, elle était “une fille”, elle fuyait les problèmes, et moi, je les affrontais comme un garçon. Je m’étais tellement battue dans mon enfance que depuis mon adolescence jusqu’à ce jour, la “bagarre” a été complètement effacée de mon “logiciel”, et je l’ignore comment.

 En ce qui concerne mon parcours scolaire, certainement la meilleure partie de ma vie, fut très mouvementée, et il me faudrait des jours et des nuits pour en parler. Pour faire court, je peux dire que j’honorais très bien le nom de mon père du point de vue travail, mais j’étais une petite mule qui n’aimait pas les choses qui manquaient de logique, et j’ai payé cher pour cela; je ne suis pas sûre qu’il y ait un enfant au Congo qui ait eu le même parcours que moi; brillante élève, parfois la meilleure de ma classe, je me suis pourtant fait renvoyée de l’école trois fois :

  • Au CM1 (et j’ai fait mon CEPE-Concours en CM1)
  • En Cinquième (convoqué à l’école par un des profs, mon père m’a donné une belle gifle dans la cours de récréation)
  • En Seconde (traduite en conseil de discipline puis renvoyée du lycée pour avoir simplement remis un professeur à sa place, logique de professeur
  • Retenue incompréhensiblement en troisième année de licence (une seule matière) pour avoir refusé de « sourire » au professeur.

 Voilà en résumé mon parcours. Terrible, n’est-ce pas? 

Et si je vous disais université Marien Ngouabi : des professeurs qui ont gravé des marques inoubliables?

Je vous répondrais que j’ai très bien honoré ma personne. J’ai passé quatre ans à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville comme étudiante en Langues Vivantes Étrangères-LVE; j’ai eu un parcours sans faute, il faut savoir qu’il y avait des personnes qui se disaient « professeurs », détenteurs d’une certaine autorité et mandatés d’un certain devoir vis-à-vis des étudiants, mais qui profitaient de la naïveté et de la vulnérabilité de certains étudiants, surtout des filles, pour en abuser. J’ai eu de très bons enseignants, j’ai eu des tintins, et j’ai eu des crétins, mais comme je vous l’ai dit, j’ai toujours honoré le nom de mon père et ma propre personne. J’ai su braver les torrents et traverser les champs de bataille avec fierté, la tête haute et bien fixée sur mes épaules.

Et vous avez enseigné l’anglais?

Oui, j’ai enseigné l’anglais en France dans les collèges et lycées.

Vous aviez séjourné en France et aujourd’hui vous vivez en Angleterre : pourquoi cette traversée de la Manche?

C’est mon “pacte” d’immigration qui continue. Je suis un esprit libre. J’ai eu envie de venir passer les vacances en Angleterre et, au moment de repartir en France, le jour de la pré-rentrée, sur un coup de tête, j’ai simplement décidé de rester en Angleterre, et voilà, j’y suis encore, treize ans plus tard!

Comment l’enseignante que vous êtes a été piquée par le virus de la création littéraire?

Il faut dire que j’ai toujours écrit, et ce, depuis le pays. Mais au Congo, à notre époque, il n’y avait pas beaucoup de perspectives d’encouragement pour les jeunes écrivains, et mes écrits n’avaient jamais été publiés, jusqu’à mon arrivée en France où j’avais publié mon premier ouvrage, Afrique : Alerte à la bombe, en 1995.

Afrique : Alerte à la bombe?

Oui. Que je considère comme un véritable coup de gueule sur la paupérisation des populations et la nécessité de la conscientisation des masses pour leur propre survie.

Et un autre a suivi : Bienvenue au royaume du sida : de quoi s’agit-il dans ce roman?

Bienvenue au royaume du sida est un roman qui parle du VIH-SIDA, de sa transmission volontaire et involontaire, de sa gestion chaotique, de l’abus de pouvoir des responsables politiques, et de la femme chosifiée dans notre société.

Vient aussi « Homme et femme : Dieu les créa » 

Celui-ci parle de l’imposture spirituelle du célibat des prêtres catholiques romains et l’hypocrisie dans ce milieu. 

Et pourquoi aviez-vous adopté l’auto-édition? Pourquoi le roman pas le théâtre ni la poésie?

L’auto-édition parce que, non seulement mes oeuvres avaient du mal à passer chez les éditeurs classiques, mais encore et surtout, quand j’avais la chance d’en intéresser un, il me demandait toujours de dénaturer mes écrits, et donc, ma pensée; j’ai trouvé que c’était une dictature que je ne pouvais pas accepter, et je me suis alors dit que je pouvais m’auto-éditer, et je l’ai fait. Le choix du roman s’est imposé à moi car je me sens plus inspirée dans la prose.

La littérature est-elle un moyen pour vous de parler au monde pour une humanité de paix, de liberté et d’égalité?

Tout à fait! A travers la littérature, non seulement je me donne la liberté de critiquer et de dénoncer les dérives sociétales qui nous privent de nos droits humains les plus élémentaires et les plus fondamentaux, mais aussi, j’ai l’opportunité de “créer” un certain idéal social, économique, culturel et politique qui pourrait inspirer tout le monde, pour une société “juste” et meilleure. 

Langues et littératures, une union indéfinissable?

Un mariage obligatoire, indiscutable et indestructible car l’une ne peut aller sans l’autre.

Aujourd’hui vous liez littérature et cinéma : comment vous est venue l’idée de passer derrière les caméras?

Je crois que la connexion entre la littérature et le cinéma est automatique et inévitable, car lire un livre, c’est visionner un film dont les images sont cachées dans les mots. Et un film, c’est tout simplement un livre mis en images visibles. J’ai donc décidé d’apprendre à faire des films, et le reste s’en est suivi. Je suis actuellement en train de produire une série qui s’appelle “ The Great People”.

Comment se passe la journée d’une cinéaste-romancière?

Elle court, elle court! Pour l’instant, je travaille avec un petit budget, alors, je cours partout pour communiquer et tout négocier avec tout le monde, pas facile, mais très agréable. C’est un nouveau monde pour moi, je découvre tout, j’apprends tout, je me perds dans des couloirs, mais j’ai un objectif que je suis déterminée à atteindre.

Comment formez-vous vos acteurs?

Tous mes acteurs sont des Africains, et vous savez quoi? Tout Africain est né acteur, même le plus timide des Africains. Il suffit de très bien le coacher, de bien l’aider à entrer et à s’installer dans la peau du personnage qu’il va jouer, travailler son expression corporelle et son expression verbale par rapport à son rôle, et vous avez un grand acteur. Lorsque la camera tourne pour la premier prise, il peut y avoir un peu de timidité chez l’acteur, mais après, il se retrouve comme un poisson dans l’eau; c’est aussi cela, l’Africain, un acteur-né.

Qu’avez-vous déjà mis à la disposition du public? 

Ma première production, c’est celle en cours. Reposez-moi la même question dans une année peut-être! 

Quels sont les cinéastes, scénaristes qui vous inspirent?

J’ai un très gros défaut qui est que, je m’inspire et m’implique moi-même : j’aime faire les choses telles que je les ressens. J’ai mon propre style, je n’aime pas fonctionner selon les modalités des autres. Mais il y a des bonnes productions africaines que j’apprécie beaucoup.

Le cinéma et la littérature, ensemble, vous permettent-ils de combattre pour la dignité de l’homme?

Oui! J’aime bien me dire que quand j’écris, je suis comme un dieu qui crée un monde selon sa volonté, selon sa vision, selon son idéal. Et pour moi, sublimer l’humain dans mes oeuvres, c’est lui donner sa dignité à l’extrême. 

Vous aviez aussi développé une ligne des produits cosmétiques? Qu’offrez-vous donc à vos clients?

La ligne cosmétique est toute nouvelle et elle s’appelle Rebia Natural; il s’agit des produits à base d’ingrédients 100% naturels, sans aucun additif synthétique. Vous savez que nos cheveux et notre peau sont très fragiles, et nous les fragilisons davantage en les “agressant” quotidiennement avec produits hautement toxiques qui, au final, affectent l’ensemble de notre corps et notre santé tout entière. Les produits Rebia Natural sont créés pour nous aider à bien nous entretenir naturellement, pour une peau saine, des cheveux sains, et donc, un corps sain.

Je vous invite donc à visiter le site www.rebia-natural.com

Quelles politiques peut-on développer pour une société en paix avec elle-même dans l’économie, la santé, l’éducation, la culture?

C’est tout un livre que je devrais écrire pour répondre adéquatement à cette question. Mais pour donner une réponse brève, je dirais que c’est une boucle sur laquelle la Femme est LA clé centrale et secrète, la femme est le début et la fin des politiques pour créer une société en paix avec elle-même dans l’économie, la santé, l’éducation, la culture. Je m’explique : Si la société éduque et valorise la Femme, la Femme rééduquera et revalorisera la société à son tour et au centuple, la Femme aimera, embellira et protègera sa société; mais cela reste utopique, bien évidemment, car personne ne semble avoir envie de vivre dans une société en paix avec elle-même.

Une revue américaine : « Women in French Studies », vient de publier, dans son 8ème numéro, encore virtuel, un article et une interview vous concernant, quels bénéfices littéraires en tirez-vous?

J’ai juste accordé une interview à un journaliste comme je le fais avec vous, rien de plus.

Un conseil, un souhait?

J’invite les femmes à reprendre leur rôle de mères des nations, et les hommes à soutenir leurs mères des nations afin qu’elles jouent leur rôle à la perfection, et nous aurons la société idéale de nos rêves. 

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo