Colistière de Biden, Kamala Harris pourrait-elle devenir la première femme présidente des Etats-Unis ?

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

Colistière de Biden, Kamala Harris pourrait-elle devenir la première femme présidente des Etats-Unis ?

Marie Fiachetti

Rarement le choix d’un colistier ou d’une colistière n’aura été aussi scruté. Et commenté. En annonçant mardi que la sénatrice Kamala Harris l’accompagnerait dans la course à la Maison-Blanche, Joe Biden a pris une décision qui va sans doute bien au-delà du simple choix de sa future vice-présidente, en cas de victoire en novembre prochain. Et pour cause : en raison de l’âge du candidat démocrate (77 ans), la potentielle vice-présidente pourrait monter en grade plus rapidement que prévu.

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S’il venait à remporter le scrutin, Joe Biden deviendrait en effet le président le plus âgé à prendre le pouvoir dans l’histoire des Etats-Unis : il aura 78 ans lors de la cérémonie d’investiture en janvier 2021, et 82 ans à la fin de ses quatre années à la Maison-Blanche.

« Qui peut penser aujourd’hui qu’il ferait campagne à 82 ans ? », souligne auprès de « l’Obs » Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l’université Assas et spécialiste des États-Unis, en citant notamment le rythme effréné des campagnes américaines. « Tout le monde parie sur un seul mandat », ajoute-t-il.

Tout le monde, et sûrement Joe Biden lui-même, qui avait déjà laissé entendre par le passé qu’il ne servirait qu’un mandat s’il était élu, sans jamais l’admettre totalement. Dans cette perspective, le choix de sa colistière en est d’autant plus important, car le poste de vice-présidente serait, selon Jean-Eric Branaa, pour Kamala Harris une « une rampe de lancement extraordinaire » pour décrocher la présidence lors de l’élection de 2024.

Un abandon du pouvoir en cours de mandat ?

Un autre scénario guette toutefois Joe Biden s’il venait à être élu : « A cet âge-là, il peut survenir n’importe quoi, souligne le spécialiste. Il peut mourir mais il peut aussi tomber malade, avoir une maladie qui le tiendrait éloigné du pouvoir, qui l’empêcherait de prendre des décisions… Dans ce cas, la Constitution veut qu’il transmette le pouvoir à la vice-présidente, sans passer par la case des élections. »

Un remplacement en cours de mandat qui a déjà eu lieu à plusieurs reprises aux Etats-Unis : en 1963 notamment, le jour de l’assassinat de John F. Kennedy, Lyndon B. Johnson avait pris le pouvoir en sa qualité de vice-président, avant d’être largement élu en son propre nom lors de l’élection de 1964. Pour Kamala Harris, aborder 2024 en étant elle-même présidente rendrait là aussi l’élection plus aisée.

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Face à l’âge avancé de Joe Biden, le choix de Kamala Harris a donc pour but de tranquilliser les électeurs : « Dans ses vues politiques, elle est quasiment le copié-collé de Biden, c’est rassurant pour tout le monde de voir que c’est elle qu’il choisit, explique Jean-Eric Branaa. Il y aura tout de même une continuité. »

Un pont vers « l’Amérique d’après »

Une continuité, mais aussi une forme de transmission. « Lorsque Joe Biden s’est présenté en mars, il avait expliqué vouloir être un pont entre l’Amérique d’avant et l’Amérique d’après, rappelle-t-il. Et Kamala Harris symbolise définitivement l’Amérique d’après, c’est une femme issue de deux minorités, jamaïcaine et indienne, dans une Américaine où les Blancs ne seront plus la majorité d’ici 2050. »

Et alors que Joe Biden avait admis n’avoir pas pris part aux mouvements des droits civiques dans les années 1960, tout en assurant s’y être « intéressé », qu’il avait été absent des mouvements pour les droits des femmes, des homosexuels, de l’environnement, comme le rappelle Jean-Eric Branaa, « aujourd’hui paradoxalement c’est lui qui mettrait le pied à l’étrier de celle qui pourrait devenir la première vice-présidente des États-Unis, et peut-être la première présidente. »

Par Marie Fiachetti – L’OBS