MARY SIMON – Très ancrée: elle sait d’où elle vient

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

MARY SIMON – Très ancrée: elle sait d’où elle vient

Mary Simon, leader « humble et professionnelle », se souvient aussi « d’où elle vient »

OTTAWA — Ayant grandi dans le nord du Québec, Mary Simon a appris de sa grand-mère à respecter les aînés et à toujours être gentille.

© Fournis par La Presse Canadienne

Élevée dans une famille de huit enfants – quatre garçons et quatre filles –, la nouvelle représentante de la reine Élisabeth II au Canada a connu des conditions de vie difficiles dans son enfance, a raconté mardi son frère, Johnny May, à La Presse Canadienne. « La vie était bien différente à l’époque: on devait faire des corvées, transporter de l’eau dans des seaux, transporter des blocs de glace en hiver. Pas de Ski-Doo, dans le temps! S’il y avait une plus longue distance à parcourir, on le faisait en traîneau à chiens. »

Mary Simon est née en 1947 au Nunavik dans un ancien poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le village de Kangiqsualujjuaq, sur la rivière George, près des monts Torngat. Son père a envoyé ses huit enfants à l’école de Kuujjuaq («Fort Chimo», à l’époque), capitale administrative du Nunavik, à environ 150 km de la maison. C’est là, « dans les écoles du gouvernement fédéral », qu’on lui a « refusé la chance d’apprendre le français », a-t-elle expliqué mardi en conférence de presse. 

Son frère Johnny, connu comme le premier pilote inuit dans tout l’est du Canada, décrit sa jeune sœur comme méticuleuse. « Elle jouait avec des poupées quand elle était jeune et elle faisait construire de petites maisons pour ses poupées. Elle aidait toujours sa mère avec les tâches ménagères. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle était une bonne fille en grandissant. »

Mary Simon, aujourd’hui âgée de 74 ans, a été une leader dans le Grand Nord depuis une quarantaine d’années. Elle a été ainsi présidente de la société Makivik, l’organisme de revendication territoriale du Nunavik, puis de l’organisation nationale inuite, l’Inuit Tapiriit Kanatami. Elle a été la première ambassadrice du Canada pour les affaires circumpolaires et elle a également été ambassadrice canadienne au Danemark. Mme Simon a également travaillé comme productrice et présentatrice pour la chaîne « CBC North ».

La Convention de la Baie-James

Mme Simon est aussi connue au Québec pour son rôle dans la négociation, dans les années 1970, de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, conclue entre les Cris et les Inuits, le gouvernement de Robert Bourassa et Hydro-Québec. L’entente protège les droits de chasse et de trappe des Inuits et des Cris dans la région et prévoyait 225 millions $ de compensations sur 20 ans, en échange de la construction des barrages hydroélectriques à la baie James.

Pendant qu’elle était ambassadrice des Affaires circumpolaires, Mme Simon a dirigé les négociations pour créer ce qui est maintenant connu sous le nom de « Conseil de l’Arctique », composé de huit pays qui bordent le pôle Nord. En 2016, elle a été conseillère spéciale pour l’Arctique auprès de Carolyn Bennett, alors ministre des Affaires autochtones et du Nord; à ce titre, elle a proposé des aires protégées autochtones pour le Grand Nord.

Mme Simon est mariée à Whit Fraser, ancien animateur à la CBC et ex-directeur de la Commission canadienne des affaires polaires; le couple a eu trois enfants.

Pita Aatami, actuel président de la société Makivik, a déclaré mardi que le Nunavik était extrêmement fier de la nomination de Mme Simon à Rideau Hall. « Au Nunavik, nous connaissons tous notre nouvelle gouverneure générale sous le nom de Mary », a déclaré M. Aatami dans un communiqué.

La leader inuite Okalik Eegeesiak, amie de Mme Simon, l’a qualifiée de « leader humble et professionnel », mais aussi de femme « très amusante ». Elle se souvient d’un événement à Ottawa où Mme Simon a pris son accordéon et a commencé à jouer pour la foule. « Elle est comme ça. »

Mme Eegeesiak ajoute que Mary Simon est aussi « très ancrée: elle sait d’où elle vient ».


Cette dépêche a été produite avec le soutien financier des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Emma Tranter et Chris Reynolds, La Presse Canadienne