NICOLE BOUQUET MIKOLO – Un livre fermé ne dit rien

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

NICOLE BOUQUET MIKOLO – Un livre fermé ne dit rien

NICOLE BOUQUET MIKOLO – Un livre fermé ne dit rien

 

Nicole Bouquet Mikolo est une camerounaise. Son père fut parmi les premiers boursiers camerounais à aller étudier en Allemagne. C’est dans ce pays qu’elle a vu le jour et fait ses classes primaires. Plus tard, elle a poursuivi ses études secondaires au Cameroun. Après le baccalauréat, elle a fait des études de communication, de journalisme et de commerce au Congo, en France, au Japon. Elle est titulaire d’un MBA, (Master of business administration) et d’une maîtrise en journalisme. Femme aimant Dieu, Nicole Bouquet Mikolo est mère et passionnée du livre et  d’écriture. Elle a publié un roman Les calebasses brisées en 2016 et un recueil de poésie L’étoile est ma demeure en 2020. Et des manuscrits en route…

 

Attachée à Dieu?

Oui, je suis une chrétienne pratiquante et mère de deux enfants. L’éducation reçue de mes parents repose sur les principes bibliques, l’attachement à Dieu, l’amour du prochain, la tolérance, l’enracinement dans nos valeurs traditionnelles propres et l’ouverture autres cultures, à la culture universelle. C’est ainsi que j’arrive à être à l’aise dans n’importe quelle partie du monde et à nouer des amitiés qui résistent au temps et à la distance.

Quel est votre rapport au livre?

Je suis une passionnée du livre et de l’écriture. Lire me permet de voyager, de découvrir d’autres horizons et de partager la vie intérieure de l’auteur. Ecrire me permet de jouer, manipuler des mots, créer des personnages, des sons, des images, d’exprimer ma personnalité et mes émotions.

 

Pour gagner votre vie, vous travaillez mais pour le rêve vous êtes écrivain.

Est-ce un moyen de dire que nous femmes nous avons un pouvoir illimité?

Mes études de commerce me permettent de travailler comme Responsable Commerciale dans un grand groupe à Pointe-Noire et celles de journaliste, de travailler pour un magazine féminin. Les femmes n’ont pas un pouvoir illimité mais elles sont capables de mener plusieurs tâches à la fois.

Que nous sommes capables de mener plusieurs tâches avec succès?

Les hommes sont spécialistes et les femmes sont généralistes, car elles utilisent les deux hémisphères du cerveau, dit-on. Ce qui est vrai c’est que là où les hommes accomplissent très bien une seule tâche, elles en feront plusieurs à la fois. Une femme peut dans le même temps, préparer le repas, mettre en route la machine à laver, ranger la cuisine, donner son bain au bébé, mettre de l’ordre dans la pharmacie familiale et parler au téléphone. Depuis l’époque de nos grands-parents, il en a toujours été ainsi. Les hommes partaient à la chasse et les femmes allaient au champ, préparaient le repas et s’occupaient des enfants.

Qu’évoque donc votre livre Les calebasses brisées, publié aux Editions L’Harmattan en 2016?

La calebasse, c’est le symbole des traditions ancestrales. C’est également un symbole de la féminité, un objet esthétique. Une calebasse peinte est exposée au regard, c’est un récipient dont se servent beaucoup de femmes pour conserver des aliments et des liquides. Une calebasse brisée symbolise à contrario, un monde qui s’effondre. Dans le roman «Les calebasses brisées», je parle des femmes et des hommes. J’évoque, sur fond d’adultère, la situation des enfants de la rue, de la souffrance des femmes à cause du machisme des hommes et de certaines traditions que les femmes appliquent sur les femmes. Je fais aussi allusion à la polygamie, à l’excision, aux enfants délaissés par leurs pères. Un père est le pilier d’un ménage et lorsqu’un père n’est pas là, les enfants s’égarent facilement.

Mais vous lancez un appel aux femmes pour revendiquer leurs droits?

Dans les mêmes Les calebasses brisées, j’invite les femmes à revendiquer leurs droits. J’attire leur attention sur le fait que ce sont les femmes qui se plaignent du machisme des hommes mais que ce sont elles qui perpétuent ces traditions. Il leur revient de les dépoussiérer. On ne peut pas tout attendre des hommes. Lorsqu’on parle de l’excision, qui tient le couteau ou la lame ? Ce sont les femmes ! Ce ne sont pas les hommes qui spolient les veuves, ce sont les femmes qui le font. Quand on parle de polygamie, c’est une femme qui va chasser dans un territoire déjà occupé par une autre. Je pense qu’il revient aux femmes d’être un peu plus solidaires. Il leur revient de se donner la main pour repousser certaines traditions.

Allez-vous donner une suite à ce livre qui vous a rapporté le prix Tchikounda en 2016 ?

Oui, j’ai été contaminée. Le virus de l’écriture est dans mon sang. Il s’y trouve à l’aise et me commande d’écrire. Tout n’a pas été dit. Tous les thèmes restent à explorer. J’ai un roman en chantier et aussi des textes poétiques. Ecrire de la poésie me permet d’offrir quelque chose à l’âme de l’autre afin que cet être avance dans la lumière et la joie.

Outre ce roman vous avez publié L’étoile est ma demeure, de la poésie

L’Etoile est ma demeure est un recueil de poésie, simple ancré dans un quotidien où se côtoient l’amour, les joies mais aussi les peines, les déceptions et les espoirs. L’Etoile est ma demeure c’est de petits textes plein d’amour, d’espoir et de liberté. De petits sachets d’amour que je dépose devant chaque porte.

  Mes poèmes n’ont pas de titre

Tu ne viendras pas
A bout de moi
Tu peux me rabaisser avec tes calomnies
Tuer mes soleils
Enflammer
Mes tresses
Je tiendrai
Tu ne viendras pas
A bout de moi
Tu peux briser mes veines planter l’ortie autour
De mon nom
Avec les pierres jetées sur moi
Je me construirai
Tu ne viendras pas
A bout de moi
Ma liberté est agonisante
Pourtant
Je pêche des étoiles
Cette chaine autour de
Mon cou je la brise!
♥♥♥♥♥♥♥♥

Un dernier mot à nos lecteurs?

Chaque jour, travaillons, travaillons pour une Afrique meilleure, tissons, semons pour un monde meilleur, un monde de partage, respectueux des hommes d’aujourd’hui et ceux de demain. Le changement commence à la base et la base c’est la famille. Eduquons bien nos enfants, inculquons-leur des valeurs qui feront d’eux de bons citoyens demain. Aux africaines, je dis que les barrières et les difficultés liées au sexe sont loin d’être résolues mais les femmes doivent désormais marcher avec assurance et fierté. Ne l’oublions pas, même lorsque le ciel est complètement couvert, le soleil ne disparaît pas. Il est derrière les nuages. Merci de donner voie et voix à nos ouvrages. Un livre fermé ne dit rien, c’est vous qui faites connaître les auteurs et leurs livres.

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

 

 

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