Dom-Lucien Chevalier – Le romancier créateur de rêve

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

Dom-Lucien Chevalier – Le romancier créateur de rêve

Le romancier créateur de rêve

Dominique, Lucien, Hippolyte Chevalier est né en France en 1956, à Saint-Germain-en-Laye, département des Yvelines, à 15 kilomètres de Paris. Il a vécu une enfance gâtée avec son frère et sa sœur, tous deux plus jeunes que lui. Ses parents ne roulaient pas sur l’or mais les enfants n’ont jamais manqué de rien. Il a fait ses études jusqu’au baccalauréat au sein de cette ville royale qui a vu naître le roi Louis XIV, puis en dehors pour parvenir à décrocher un brevet de Technicien Supérieur. Il aurait pu continuer pour devenir Ingénieur, il pense qu’il en avait les capacités mais, à ce moment précis, il rencontra une belle jeune fille qui deviendra plus tard sa femme. La passion ou plutôt l’amour l’emporta sur la raison. Il resta donc à Saint-Germain-en-Laye et intégra les Services municipaux de la ville.

« Je suis un Saint-Germanois pur teint qui incarne bien des valeurs, tendant à se perdre, de dévotion, de courage, de courtoisie, de cœur. Toujours aimable, calme et souriant, je suis au service de l’autre, tout naturellement… Dit-on de moi ! »

 Malgré la maladie qui vous ronge vous tenez bon…

En effet, tout va bien à part cette vilaine sclérose en plaques dont j’ai fait brutalement la connaissance, il y a plus de 35 ans et que j’apprends à apprivoiser. Tout va bien parce que j’aime mon travail, ma femme, ma famille, ma ville, ma vie ; parce que j’aime et je veux que tout aille bien. Et aussi parce que je sais puiser en moi cette part de rêve qui permet de m’échapper quand rôdent ennui, soucis et chagrins. Quand tout va bien, il n’y a rien à raconter, croyons-nous. Je prouve le contraire ; je raconte mon bonheur, les Trente Glorieuses, mes rêves, joies et peines. Tout simplement. Et, au détour d’une conversation, on me découvre inventeur et écrivain, presque par hasard. Dans mon premier roman en solo dont j’ai dessiné la couverture, je raconte, non sans humour ma vie en bleu et ma ville, toutes scintillantes de mes rêves entremêlés, où s’entrecroisent des personnages réels ou imaginaires. Un petit air de City of Stars à la française.

42 ans après ma prise de fonction, j’ai toujours cette même passion du travail bien accompli.

Aviez-vous toujours évolué dans le monde littéraire ? Si non, quelle fut votre profession jusqu’à l’exploration du domaine littéraire ?

Au cours de ma scolarité, les mathématiques et les matières scientifiques primaient sur les matières littéraires. Autant, j’avais de très bonnes notes dans l’enseignement technique, autant je délaissais les disciplines générales telles que le français, la philosophie ou les langues. J’ai réussi à obtenir le Brevet de Technicien Supérieur, le BTS qui correspond à un BAC+2, grâce à d’excellentes notes acquises dans les épreuves techniques dont plusieurs notes supérieures à 17 sur 20. Ces matières écrites possédaient les coefficients les plus élevés au détriment des épreuves générales dans lesquelles je toisais difficilement la moyenne.

Vous rentrez alors dans la vie professionnelle

Effectivement, je commençai ma vie professionnelle au sein de ma Commune de naissance. Cinq ans au service des plus déshérités en matière d’aides sociales diverses. Cette période m’a assagi, m’a appris la probité, le respect d’autrui et l’humilité. Chaque client que je recevais m’ouvrait l’esprit sur une vie difficile que je découvrais. Tant de pauvreté en ce monde ! Je m’imaginais à leur place et élaborais en mon esprit un scénario improbable sur une ligne de crête sur laquelle les deux versants représentaient d’un côté le réel et de l’autre côté l’imaginaire. Toujours en borderline entre ces deux espaces, je m’appropriais la situation d’autrui comme le caméléon qui a la faculté de modifier rapidement sa couleur en fonction de son environnement de l’instant.

C’est à cette période que je commençais à rédiger des lettres administratives dans le cadre de mes fonctions. Il n’était pas rare que le courrier me revienne de la Direction avec des corrections à effectuer. On me reprochait un style trop littéraire bien malgré moi. Ces prémices d’une future passion à rédiger m’interpelait car, malgré tous mes efforts, mon style perdurait.

Ensuite, j’effectuai un passage pour cinq ans encore au service du Personnel qui devait s’informatiser et, compte-tenu de mon niveau en mathématiques de l’époque, je fus intégré d’office dans une équipe composée de spécialistes dans différents secteurs. Quelle fierté d’avoir pensé à moi pour mener à bien ce radical changement dans le calcul des émoluments des agents communaux. J’apportai ma petite pierre à l’édifice. Je quittai le service du Personnel pour les services Techniques en 1989, j’avais 33 ans !

Aujourd’hui, après 42 ans de service au sein de la Ville de Saint-Germain-en-Laye, je suis toujours Technicien principal à la Direction de l’Espace Public, plus particulièrement spécialisé dans la voirie. Au cours de ces longues années, j’ai endossé progressivement le costume de romancier.

Et la lecture dans votre vie ?

Je lis beaucoup et je mets un point d’honneur à transcrire sur le papier mes impressions à chaud. Après la lecture de plusieurs centaines de romans, tous les styles confondus, et d’autant de ressentis, certains de mes amis auteurs m’avaient sollicité pour participer à plusieurs recueils à des fins caritatives sur différents sujets allant de l’humour à la maladie.

Ci-dessous, un poème que j’avais écrit à la suite de la guérison du cancer de mon père.

RENAISSANCE

Poème composé sans prétention pour les nombreux vainqueurs des Cancers, hommage à toi, Papa…

Crabe enragé lorsque tu pinces le corps

Inoculant tes cellules qui se divisent indéfiniment

Jusqu’à l’orée d’un organe pourtant bien portant

Exempt d’apoptose, dans la chair la métastase explore.

 Crabe sournois et pervers,

Ami de la faux à la cape noire,

Sème le malheur du pauvre hère

Et anéantit de son moi tout espoir

 Du fond de l’enfer, engagée la bataille fait rage

Dirigée par la chirurgie, braves soldats de chimio ou radiothérapie

De l’assaut font partie, provoquant de multiples ravages,

Perte de cheveux et lourde fatigue, prix pour vaincre l’ennemi.

 Crabe sournois et pervers,

Ami de la faux à la cape noire,

Terrassé sur le chemin de la guerre

Et abandonne le trépas pour notre victoire.

 Vaillante et généreuse armée du crabier médical,

Par sa cohésion et son courage savoure la victoire finale.

Point de temps à perdre pour couronner la rémission

Car une lueur d’espérance est à l’aube de la guérison.

 Crabe sournois et pervers,

Ami de la faux à la cape noire,

Seul, prend le chemin de l’enfer

A jamais disparaît de mon histoire.

L’aube passée, les chairs meurtries renaissent aux rayons du soleil.

En l’esprit les projets multiples abondent et réchauffent les cœurs

Aussi nombreux que les étoiles, ils fusent comme des enfants au réveil.

La délivrance est arrivée, à pleines dents vivre la vie est un bonheur.

Le 9 mai 2010

Et si on disait ateliers d’écriture ?

Je participais activement à des ateliers d’écriture sur le web et, à cette période, je m’intéressais aux devoirs de mes enfants et, paradoxalement, les devoirs de français. Un jour, mon fils le plus jeune avait une dissertation à rédiger sur le thème du fantastique. Je me suis proposé de lui faire avec sa bénédiction, bien entendu. Ce jour-là, il ne s’est pas fait prier ! Il s’agissait d’un thème sur le voyage dans le temps. Lors de la remise des copies notées par le professeur de français, il appela mon fils au tableau et lui demanda de lire à ses camarades de classe son récit qui eut la meilleure note avec 18/20. Quelle fierté pour lui de lire cette histoire, qu’il fit avec des intonations de voix. Une fois terminé, le professeur s’adressa à lui :

— Très bien M. Chevalier ! Mais vous direz à votre père qu’il ne fasse plus votre travail…

De ces deux pages de dissertation, je décidai de me lancer en solo dans l’écriture de mon premier roman « Lucien de la lune, entre rêves et réalités » Je reprendrai le thème cette histoire pour en faire mon premier chapitre.

Des mentors ?

En fait, j’ai trois mentors ; Emmanuel Lamy (Maire de Saint-Germain-en-Laye décédé en 2017) qui m’a lancé sur les rails de l’écriture, Monique Sauvanet, auteure/biographe qui m’a placé dans la locomotive et Armelle Carbonel, auteure spécialiste de thriller, qui m’a poussé à démarrer.

La grande aventure littéraire s’ébauchait…

 C’est en 2015 que vous publiez votre premier roman « Lucien de la Lune : entre rêves et réalités » : pourquoi ce titre intrigant et de quoi s’agit-il dans ce premier roman ?

Lucien est un homme resté enfant dont l’imagination débordante le poursuit jour après jour, mêlant la réalité aux élucubrations de son inconscient. Il se dévoile au gré des anecdotes, se livre corps et âme à ses lecteurs, leur ouvre la porte de la Lune qui se déshabille. Suivez-le au cours d’une année intemporelle dans son costume professionnel de Technicien principal au sein de la Direction de l’espace public dans une ville de France, Saint-Germain-en-Laye. Par endroits, il devient philosophe et distille avec candeur ses profondes réflexions. Même la Mort, cette dame qui en effraierait plus d’un, devient sous la plume de l’auteur une femme fatale, belle et irrésistible, au point de vouloir qu’elle ne s’en aille pas et l’emporte là où les fantasmes deviennent réalité. Chaque évènement est propice à une incartade dans son imaginaire peuplé de personnages drôles, émouvants, sympathiques.

Un premier roman !

Un rêve devenu réalité. Saura-t-on discerner le réel de l’imaginaire dans ce roman composé de vingt-et-une nouvelles romancées, issues sur mon activité professionnelle, reliées entre elles par un fil rouge qui est l’histoire de notre couple. Dans ce roman, Faby (Fabienne), présente dans tous les chapitres et mise à toutes les sauces, n’est autre que mon épouse fusionnelle.

C’était également pour moi l’occasion d’exorciser la maladie qui m’éprouve depuis si longtemps, la sclérose en plaques, d’en parler pour la première fois mais sans trop insister. Le face à face s’effectuera en « terrain neutre » au cours de mon deuxième roman « Cléo, le couloir de la purgation »

« Lucien de la lune » représente en partie un résumé autobiographique de ma vie personnelle entremêlée de ma vie professionnelle.

Vos personnages sont-ils directement nés de votre imagination ou bien inspirés des faits réels ?

Le personnage de Lucien est indissociable de mon être profond, de mon existence terrestre comme celui de Dom dans mon deuxième roman « Cléo, le couloir de la purgation » parce que ce sont mes histoires, mes ressentis, ma vie. D’ailleurs, Lucien est mon second prénom et Dom, diminutif de Dominique qui correspond à mon prénom usuel. Je mets en scène dans l’écriture, les situations dans lesquelles je me projette mentalement et que je ne peux pas réaliser dans un monde réel. Toutes les personnes que j’admire, je les encense sur le papier en faisant abstraction de tout ce qui me parait négatif. Un musicien sur scène qui fait vibrer un public acquis à sa cause, le faisant rire, pleurer, chanter, danser, me fait rêver. Alors, je suis sur scène en parfaite fusion d’émotivité avec lui. Je suis un grand rêveur. D’un détail, d’un mot, je me créé l’environnement dans lequel j’évolue au gré de mes envies, de mes fantasmes, de mes peines.

Bien évidemment, il y a des personnages de fiction dans mes romans mais ils existent uniquement après que j’ai fusionné avec eux, les créant à l’image que je m’en représente dans l’imaginaire. Néanmoins, il y a toujours un élément réel qui me sert de catalyseur pour partir dans un délire imaginatif.

Et en 2019, vous aviez offert à votre lectorat « Cléo, le couloir de la purgation » ?

Que vouliez-vous dire par purgation ?

Le couloir de la purgation, c’est le couloir de la rédemption, le purgatoire. Ce chemin permet d’effacer de notre âme la marque noire des nombreuses fautes d’une vie terrestre. Et Dieu sait qu’elles sont nombreuses en ce qui me concerne. Pour une part, j’ai écrit ce roman pour anticiper mon arrivée dans l’après-vie après avoir franchi la porte de la mort. Au fil de l’avancement, c’est tout naturellement que l’âme se met à blanchir dans un parcours initiatique accompagné de compassion et d’amour par un être de lumière ou voire par un cher parent. Ce couloir, je l’ai créé sur mesure à l’image de mon existence. Les fautes commises, j’essaie de les effacer, de rencontrer les protagonistes qui furent mes cibles d’actes malveillants pour réparer le mal que j’aurais pu leur faire. Je sais que mes fautes sont déjà pardonnées mais afin d’être en paix avec moi-même, je devais m’acquitter de ces rencontres et demander pardon pour soulager ma conscience. J’exorcise mon mal-être humain.

Et, il y a Éka, la petite licorne !

La petite licorne rencontrée au cours du roman s’appelle Éka. Elle symbolise la pureté. Elle va nous accompagner, Cléo (la maladie) et moi, jusqu’à la terminaison de mon parcours de rédemption. Éka représente le symbole de la vertu. Elle combat tous les vices qui empoisonnent mon âme. Elle aime les fragrances de la bienveillance et affectionne passionnément les personnes chastes et pudiques comme je le deviens progressivement. Éka est ma petite licorne fétiche. D’ailleurs, elle me demande de la considérer comme ma conscience et comme un guide spirituel aux côtés de Cléo. Sans le savoir, je le désirais. Elle m’aide à évoluer dans la lumière. En fait, Éka est le pseudo d’une personne asiatique avec laquelle je travaille et dont j’ai une immense admiration. Elle est issue des Boat-people. La tragédie qu’elle a vécue a renforcé ses valeurs d’humilité, de probité et de respect d’autrui. Ce couloir de la purgation me permet de rencontrer les grands personnages de l’histoire qui se raconteront à moi. Éka restera à mes côtés jusqu’à ce que mon âme devienne immaculée. 

Cléo : exprime-t-elle un moment de douleur, de rage, de défi, une lutte pour ne pas laisser la maladie voler votre joie de vivre ?

Au cours du premier chapitre de mon roman, je revis ma naissance puis ma fin de vie dans l’ici-bas. La porte de la mort franchie, je me retrouve dans un hall de gare pour effectuer un long périple de purification de mon âme en mêlant l’utile à l’agréable. L’entité qui m’accueille est une très belle personne avec mon visage au féminin et d’aspect humain pour ne pas m’effrayer.

Elle s’appelle Cléo et représente la maladie qui m’a accompagné durant une bonne partie de ma vie terrestre. Le thème de ce roman est le passage dans l’ici-haut avec son cortège d’épreuves pour parvenir à la lumière. Il y a une histoire dans cette histoire, celle de Cléo, la sclérose en plaques qui tout au long du chemin va se définir. Ce sera une relation duelle entre elle et moi concernant les symptômes et la poussée, le diagnostic, les formes et l’évolution, les traitements et la maladie chez les enfants.

La rencontre ici-haut était possible alors je l’ai souhaitée, à armes égales, pour connaître la raison de son acharnement sur mon métabolisme d’humain. Dissociée de mon enveloppe charnelle, elle devient une entité à part entière qui fut mon bourreau mais sera mon guide ici-haut.

La rage, je l’ai ressentie lorsqu’un jour de 1995, une cohorte de médecins donnèrent un nom à tous les maux que je ressentais depuis des décennies, une période pendant laquelle je faisais un déni de maladie :

— M. Chevalier, vous êtes atteint de sclérose en plaques !

Cette phrase me fit l’effet d’un gigantesque séisme qui interrompit tout espoir, tout projet, anéantissant ma raison de vivre et me laissant totalement abasourdi. Des mois furent nécessaires pour accepter ce terrible verdict.

Bien plus, comprenant que je n’avais aucune option de victoire contre elle, je m’en fis une alliée tout en la combattant. Elle m’obligeait tous les mois à entrer à l’hôpital pour une perfusion de cortisone. Et puis, je réussis à la dompter. Aujourd’hui, je suis stabilisé, sans traitement depuis deux ans. Mais elle est en moi, cachée, attendant le moindre signe de faiblesse pour attenter à ma vie. Bien entouré, j’ai retrouvé ma joie de vivre. Plus le temps passe, plus je relève des défis et les réussis affaiblissant la maladie. Je deviens son maître et cette rage en moi devient vertueuse.

Quels conseils pouvez-vous donner à des hommes qui vivent avec une maladie quasi chronique ? Quel est le grand rôle que les fondations jouent dans votre quotidien ?

À ces personnes, je leur dirais d’accepter la maladie qui n’a pas de guérison actuellement. Je leur demanderais de l’écouter car un symptôme anodin peut provoquer une poussée de la SEP. Je leur conseillerais d’apprendre à vivre avec car c’est la seule solution à ce jour. Il ne sert à rien de se lamenter sur son sort. Un élément capital est l’accompagnement social, familial et professionnel car le mental est certainement le plus important avec cette maladie. Sans aide, on a vite fait de sombrer dans la dépression et la souffrance qui peuvent aboutir à des pensées négatives. Il ne faut hésiter à consulter, à en parler afin d’exorciser ce mal qui essaye de nous détruire. Pour ma part, je suis bien entouré et je me bouge pour ne pas me laisser aller. Je fais du sport. Je pratique la marche et, deux fois par semaine, du fitness dans le cadre de mes activités professionnelles pour lesquelles je suis reconnu travailleur handicapé. Chaque effort est une victoire, un espoir, un petit pas vers la vie. Je me bats continuellement afin d’éviter que la SEP me submerge. La religion m’aide beaucoup également. Je suis croyant, non pratiquant, et voue un culte à Marie. Je l’implore quand je ne vais pas bien et je la remercie quand je gagne un peu plus en autonomie. J’ai appris par cœur les prières « je vous salue Marie » et « Notre Père », particulièrement difficile pour moi avec mes problèmes de mémoire.

Quel est le grand rôle que les fondations jouent dans votre quotidien ?

L’ARSEP est la fondation pour l’Aide à la Recherche sur la Sclérose En Plaques. Grâce aux efforts des chercheurs et des médecins, les progrès scientifiques ont permis de stabiliser la maladie. Je ne doute pas qu’un jour, les scientifiques trouvent le moyen de la guérir. La fondation reste une grande espérance pour nous. D’autre part, nous sommes pris en charge par des associations travaillant avec le milieu de la recherche que ce soit pour nous rencontrer et discuter, pour organiser des évènement sportifs ou culturels, ou pour apprendre à vivre avec ce handicap. J’ai participé à plusieurs études liées aux symptômes de la SEP dont une très importante étude qui a duré six mois sur la fatigue engendrée par la SEP.

J’avais demandé à l’ARSEP, il y a quelques années, à promouvoir la fondation par l’intermédiaire d’une banderole qui précisait que toutes mes ventes acquises lors des salons du livre auxquels je participais, seraient reversées à cette fondation.

L’esprit, l’âme et le corps dans Cléo sont-ils en perpétuel combat ou arrivent-ils à se rencontrer, se parler, se comprendre ?

Dans Cléo, tout est homogène. L’esprit, l’âme et le corps fusionnent en elle pour exercer son rôle de maladie. Elle justifie son action par l’essence même de son existence dont la finalité est de faire le mal. Cléo est en parfaite contradiction avec Dom. Elle représente l’anti-Dom. Ce dernier est consciencieux, motivé et possède une conscience professionnelle pour performer vers le meilleur. Cléo possède les mêmes qualités mais pour exercer ses compétences au service de la comorbidité avec l’objection final, donner la mort.

Et dans ce livre, vous faites revivre Tintin, un personnage de bande dessinée !

Oui, Tintin est l’un de mes héros d’enfance. Tout petit, un jour à l’hôpital lors d’une opération chirurgicale qui nécessita quelques jours d’hospitalisation, mes parents m’avaient offert un album de Tintin, le premier pour moi. Il s’agissait de « Tintin au Tibet ». Au fil du temps, j’ai acquis tous les albums dont deux qui m’avaient impressionné à l’époque ; « Objectif lune » et « On a marché sur la Lune »

Oui, Tintin a marché sur la lune bien avant les premiers pas de Neil Armstrong. Ici-haut, je pouvais le rencontrer en compagnie du trio légendaire d’Apollo 11 de 1969. Là-haut, tout est permis et au cours de ma rédemption permettant à Dom/moi de rencontrer les grands personnages de l’Histoire. Un épisode nous permet de retrouver Tintin et les trois astronautes, tous unis dans un jeu de rôles. C’est magique !

Sans compter Neil Armstrong (encore un voyage dans le monde lunaire) et l’histoire de l’aventure spatiale : l’auteur que vous êtes a-t-il été marqué par cette époque de grande découverte de l’humanité ?

J’ai vécu et je vis une époque extraordinaire. J’ai la chance d’être un contemporain des grands évènements de société et l’opportunité de vivre de magnifiques aventures humaines, de prodigieuses odyssées scientifiques et techniques grâce à l’évolution exponentielle de la technologie. Je garderai en mémoire les moments de bonheur de ces faits auxquels j’ai participé en temps réel. La rétrospective d’une partie de ces épopées forme l’un des thèmes de mon roman « Cléo, le couloir de la purgation ». Je me permets de rencontrer ici-haut ces légendes que je n’ai eues et n’aurais jamais l’occasion de croiser ici-bas. Je souhaite que ce roman soit prémonitoire et anticipatif pour moi.

Les moments historiques demeurent inoubliables !

J’ai beaucoup rêvé lors des moments historiques qui se sont égrenés au fil du temps. J’ai connu le Général de Gaulle à qui je rends hommage dans mon roman. Je le rencontre afin qu’il m’explique l’avènement de la 5ème République de 1958, toujours en vigueur en France. En 1969, pour mes treize ans, les hommes ont marché sur la Lune. J’ai suivi le moment en direct sur un vieux poste de télévision en noir et blanc. Je ne comprenais pas l’avancée spectaculaire de l’odyssée spatiale. Je me souviens que je faisais des allers-retours entre le poste de télévision et la fenêtre pour essayer de les apercevoir, là-haut dans le ciel ! Beaucoup d’évènements m’ont interpellé dont la chute du mur de Berlin en 1989. L’image qui me restera en tête et à vie sera celle du virtuose Mstislav Rostropovitch donnant un concert improvisé au violoncelle au pied du mur de la honte. Quelle émotion ! Et puis la libération de Nelson Mandela, prix Nobel de la Paix, un homme que j’admire profondément. Ainsi que beaucoup d’autres personnages qui ont fait évoluer l’humanité.

Oui, je suis marqué par ces grandes modifications et changements sociétaux.

Dans quel état d’esprit aviez-vous écrit ce livre ?

Enthousiasmé à l’idée de réaliser mon chemin de rédemption, de l’imaginer comme je voudrais qu’il soit, dans l’amour et la reconnaissance des autres. Je souhaitais également écrire ce livre pour exorciser la maladie qui me possède depuis de nombreuses décennies mais que j’ai réussi à mettre en veille grâce aux traitements médicaux, à un moral au plus haut de son niveau, entouré que je suis, de personnes dévouées et avenantes qui contribuent à ma thérapie. Il s’agit de la famille proche et éloignée ainsi que de mon environnement social, professionnel et personnel. Je souhaitais expliquer, sous forme de vulgarisation, avec des mots simples, ce qu’est la sclérose en plaques bien que cette maladie soit perverse et terrifiante. Pour cela, ici-haut, je lui ai donné un aspect humain avec mon visage au féminin formant une entité propre et dissociée de mon âme puisque mon enveloppe charnelle repose en terre. Je me suis donc donné l’occasion de dialoguer avec la maladie afin d’essayer de comprendre le comment et le pourquoi de ses motivations destructrices. Au fil de l’écriture, je me libérai de cette angoisse qui m’étreignait depuis l’apparition de cette pathologie et je devins, avec le temps, plus serein et philosophe, en me persuadant que je devais m’en faire une alliée et non une ennemie car en fin de compte, c’est elle qui aurait toujours le dernier mot. 

S’agissant de la littérature, quels souvenirs gardez-vous des moments partagés dans les salons du livre,

lors des dédicaces ?

Les salons du livre sont l’occasion de retrouver nos ami(es) auteures et auteurs que nous aimons tant. En leur sein, l’ambiance et l’atmosphère créent en moi un sentiment de puissance qui me font oublier la maladie. Nous parlons de nos familles, de notre vie quotidienne et bien entendu de nos écrits. Le plus important reste la relation avec les autres. Assis à ma petite table sur laquelle sont déposés mes deux romans, je suis fier de parler, de renseigner, de constater qu’il n’y a aucune différence entre les auteurs en général et moi le modeste romancier. Je m’interroge toujours et me surprends agréablement quand je pense que j’ai pu écrire deux romans, tout seul, avec mes mots, mes idées, mes faiblesses, mes fantômes.

Le salon, une valeur ajoutée pour la vie du livre et sa promotion ?

Les salons nous permettent également d’agrémenter notre bibliothèque. Nos amis auteurs représentent les arcs de notre cercle de talents littéraires, nous les suivons et acquérons leurs œuvres. Une simple dédicace offre un argument supplémentaire à les lire et à les aimer. La dédicace est une marque de respect au lecteur et un remerciement pour l’intérêt qu’il lui porte. La relation lecteur/auteur devient privilégiée. Tous nos livres son dédicacés. J’ai une grande admiration pour celle ou celui qui écrit une œuvre.

Vendre est-ce une idée qui vous envahit systématiquement ?

La vente d’un roman n’est pas la priorité pour moi. J’aime quand une personne s’approche de ma table et regarde la couverture de mes romans. Alors, je me lève de ma chaise par respect, je souris et j’essaie de donner quelques éléments structurels concernant le thème induit dans le livre et puis, généralement, le dialogue s’installe en un moment convivial. La vente n’est pas la priorité en ce qui me concerne. D’ailleurs, je suis un très mauvais commercial. Mais quand un ouvrage de mon crû part entre les mains d’un futur lecteur, je ressens une grande fierté et une intense motivation à continuer dans l’écriture. Je mets un point d’honneur également à préciser que le produit de mes ventes est versé intégralement à la fondation l’ARSEP pour la recherche sur la sclérose en plaques et, quelquefois, certaines personnes feuillettent un de mes romans et je devine qu’elles ne peuvent se l’offrir étant confrontés au prix de vente. Dans ces cas précis, je diminue le prix, voire je l’offre avec une belle dédicace. Faire plaisir est mon plaisir.

Et aujourd’hui, avec la pandémie, la vie des salons vous manque-t-elle ?

Bien entendu, comme tout auteur ! Je trépigne d’impatience de fouler le sol des salons, de retrouver ma table et les deux chaises qui nous sont octroyées le temps d’une journée ou d’un week-end. J’ai hâte de sortir de mes cartons tout le petit matériel du parfait auteur en dédicace et de positionner mes romans bien alignés en deux piles de la même hauteur. Je ressens de la joie durant ces moments de rencontre avec les auteurs et avec les visiteurs. Je suis un auteur comme un autre et je possède les mêmes droits et les mêmes devoirs. Avant l’ouverture au public, après avoir franchi la porte de la salle qui va faire office de salon pendant un ou deux jours, nous entrons Fabienne et moi dans un environnement convivial dans lequel nous évoluons en toute confiance. C’est le temps des retrouvailles, des prises de nouvelles sur la santé, sur les amis(es), sur l’écriture. Nous sommes une grande famille et c’est toujours un plaisir de nous retrouver et de faire de nouvelles rencontres. Les salons représentent également une thérapie pour moi. Dans ces moments, je ne pense plus à la maladie et je suis serein et totalement rassuré car Fabienne est à mes côtés prête à exercer le rôle d’infirmière si cela s’en faisait ressentir. Généralement, la journée passe très vite dans cette ambiance littéraire et festive. Je suis heureux même si je n’ai vendu aucun roman. Ce n’est pas mon objectif principal.

 Pourquoi aviez-vous choisi le roman, pas le théâtre, pas la poésie pour partager vos expériences de vie ?

La romance est le style d’écriture qui me caractérise le mieux. À travers l’écriture, j’exorcise mon mal-être et mes démons. Je confie sur le papier ce que je ne peux pas dire et ce que je n’arrive pas à exprimer oralement. Je suis trop pudique et timide de nature et peut-être introverti plus qu’il ne le faudrait. Et puis, la rédaction me permet de surfer sur la crête qui délimite le rêve du réel. Je suis le maître de mes écrits en mélangeant les deux mondes ainsi, l’objectif de chaque situation est toujours atteint. Le roman s’est naturellement imposé à moi. Dans mon environnement routinier, le roman me permet de m’échapper, de déstructurer le train-train quotidien, de réparer mes fautes et de m’évader dans un monde meilleur. De temps en temps, je m’initie à la poésie pour un sujet bien particulier et personnel mais, à vrai dire, ce n’est pas mon style d’écriture. Néanmoins, je prends du plaisir à lire les poèmes des grands auteurs comme Verlaine et Rimbaud. Je ne possède pas la fibre poétique pour persévérer dans ce style complexe et difficile pour moi. En ce qui concerne le théâtre, j’aurais bien voulu en faire mais la maladie en a décidé autrement. Je possède une mémoire défaillante et je suis incapable d’apprendre de longs textes par cœur. Je me console avec mon fils ainé Aurélien qui fait partie d’une petite troupe de théâtre. Il réalise ce que je n’ai pas pu finaliser. J’aime beaucoup de théâtre et, peut-être qu’un jour, je me lancerai dans l’écriture d’une pièce ?

Un chantier en ce moment ?

J’ai deux chantiers en cours d’écriture. Je ne suis pas un spécialiste du thriller mais je me suis lancé dans l’aventure. Il s’agit d’une histoire de possession à connotation fantastique avec un zeste d’érotisme. Je me libère de mes fantasmes à travers l’encre de mes mots couchés sur le papier. Je délire totalement et prends beaucoup de plaisir à l’écrire. Une nouvelle fois, on retrouvera dans cette aventure des bribes de ma vie. Je pense le terminer fin 2022.

Mon deuxième ouvrage en cours de réalisation est un recueil de Nouvelles fantastiques. Tous les ans, je participe à un concours de Nouvelles fantastiques au salon du livre de Somain, dans le nord de la France. Les organisateurs mettent à disposition des candidats une photo, un dessin ou une image somme toute banale. À partir de cette donnée, le concours consiste à écrire une histoire en quatre à cinq pages avec des critères de police bien spécifiques. Je participe depuis 2014. Dès que j’aurais atteint les dix nouvelles, je ferais un recueil. J’en suis à la huitième édition.

Quelles sont vos perspectives futures dans votre vie créative ?

Écrire, écrire, toujours écrire. Mais pour atteindre cet objectif, il me faut attendre la retraite. Je travaille en qualité de fonctionnaire comme Technicien Principal à la Ville de Saint-Germain-en-Laye à une quinzaine de kilomètres de Paris. Mes activités professionnelles m’accaparent la journée et me laissent peu de temps réservé à l’écriture. Je suis trop fatigué pour écrire le soir voire la nuit. Alors, c’est le week-end que je réserve quelques heures à ma passion. En septembre 2022, je prendrais ma retraite après quarante-trois ans passés au service des administrés de la Ville qui a vu naître le roi Louis XIV. Ma seconde vie sera dédiée à mes petits-enfants, à l’écriture, à la lecture et à la découverte de notre belle France. Je tenterai de m’initier à la peinture également. Un de nos projets consiste à retourner pour la troisième fois à la rencontre de notre petite « famille » québécoise. Le Québec est si beau !

Enfin, comme vous pouvez le constater, nos journées seront bien remplies. J’associe Fabienne, mon épouse fusionnée, à tous ces magnifiques projets. Nous sommes toujours ensemble que ce soit pour les commissions alimentaires ou pour ma participation à différents salons du livre. Je pense que cette nouvelle vie à la retraite générera d’immenses satisfaction et du bonheur en allant toujours plus à la découverte des autres. Ce sera un réel épanouissement personnel.

Grand-père et écrivain : un moment de pur bonheur, d’émerveillement ?

Grands parents à deux reprises pour le moment. Un petit Nolan âgé presque de 4 ans et une petite Maëline âgée de 6 mois. Quel bonheur pour nous ! Ce sont les enfants de ma fille dont nous nous occupons car elle et son compagnon n’ont pas de permis de conduire pour le moment. Par conséquent, nous sommes réquisitionnés pour tous les déplacements importants. Ces services sont rendus avec joie car nous-mêmes avec nos trois enfants, avons bénéficié de l’aide de mes parents. C’est un retour des choses dont nous sommes fiers d’autant plus que nos ressources de l’époque ne nous permettaient pas de leur proposer un petit plus, malgré qu’ils n’aient manqué jamais de rien. Alors ces petits manques nous les comblons avec nos petits-enfants que nous essayons de gâter. Pour nous, la boucle est bouclée. Je suis impatient d’attendre qu’ils grandissent. Bien sûr d’un autre côté, profitons-en car grandir arrive très vite. J’ai pour projet d’écrire des livres avec et pour eux. Relater par écrit les merveilleuses histoires de leur imagination infantile. Je me régale déjà des petites œuvres que nous allons créer et que je présenterai lors des différents salons auxquels nous participerons avec les petits. Nous concrétiserons le bonheur de notre vie.

Existe-t-il une différence entre Dominique Chevalier et Dom-Lucien Chevalier ?

Je m’appelle Dominique, Lucien Hippolyte Chevalier. En qualité de romancier, mon pseudo correspond pratiquement à mon nom ; Dom-Lucien Chevalier. Le romancier créateur de rêve et Dominique Chevalier citoyen français noyé dans la masse fusionnent en une même entité qui parcourt le chemin de sa vie, d’un bord vivant et fonctionnant dans la réalité et de l’autre bord s’évadant dans le rêve et l’imaginaire. Je me suis créé une palette d’univers, bien différents les uns des autres, dans laquelle je puise mon inspiration de tous les jours aussi bien pour ma vie personnelle et professionnelle que pour l’écriture. Quand Dominique souffre, Dom-Lucien en ressent les effets et les manifeste par écrit. La tristesse de Dominique se communique à Dom-Lucien. La dissociation demeure impossible car il s’agit bien du même personnage. Les maux de l’un sont ressentis par l’autre. Dans les histoires écrites par Dom-Lucien, il y a la vie de Dominique avec ses travers, ses défauts, ses souffrances causées par la maladie. Seule la porte de la mort les dédoublera et les séparera mais ils existeront toujours. Le souvenir de Dom-Lucien restera immortel avec ses romans et l’âme de Dominique deviendra immortelle ici-haut.

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo