LAURENT KALOMBO TSHINDELA – Et j’ai osé

Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

LAURENT KALOMBO TSHINDELA – Et j’ai osé

Laurent Kalombo Tshindela, est natif de la République Démocratique du Congo. Enfant curieux et studieux, il prend très tôt le goût du savoir, influencé sans doute par son père, Albert Nyembwe, un enseignant. Tout petit, dans sa chambre, il a une bibliothèque qu’il entretient avec soin et dévouement comme son petit jardin secret. Et, Dieu seul sait si sa mère, cette femme au foyer, avait compris quelque chose à cet attachement quasi morbide de son mari aux livres, ces objets muets et encombrants!  Laurent Kalombo Tshindela, lui, leur voue, un culte secret. Il se met à les feuilleter sans pour autant en comprendre le contenu : sa passion pour le livre en tant que contenant, objet, était née. Et ce n’est que plus tard, au collège, par le truchement d’une dame belge qui l’initie à la lecture et l’analyse littéraire qu’il découvre et s’attache au livre comme contenu, comme véhicule du savoir.

Votre passion du livre date donc de votre jeunesse?

Depuis mon enfance, en effet, je cultive une passion du livre, de la lecture et des belles-lettres quoiqu’ayant fait des humanités scientifiques (biologie-chimie) au collège Tutazamie (Sacré-coeur) de Likasi dans la province du Katanga en RDC et un cycle de graduat inachevé en sciences physiques à l’Université de Kinshasa (UNIKIN). Pendant la décennie 90, je décide de revenir à mes premiers amours en décrochant une licence, puis un DEA en philosophie à l’Université Catholique du Congo (UCC) et un diplôme d’agrégé de l’enseignement secondaire du degré supérieur. Dans l’entre-temps, je me suis marié et suis père de trois charmants enfants dont une fille et deux garçons.

Vous avez enseigné le français mais exercé bien d’autres métiers?

J’ai été tour à tour professeur de français dans un lycée, chargé de cours à l’Université, documentaliste, chargé de presse, directeur de publication du journal « La Saison », un journal d’information et d’évangélisation que j’ai initié au niveau de mon église. La passion pour le livre et la lecture a fini par faire de moi un grand collectionneur d’ouvrages achetés chez les bouquinistes ou dans les librairies spécialisées. Et au bout du compte, ma maison ne pouvait plus contenir tout mon fonds documentaire.

Et vous avez monté une bibliothèque publique…

Exactement. Ainsi, j’ai décidé de le mettre à la disposition du public en créant au mois d’août 2016 une bibliothèque publique généraliste dans la commune de Bandalungwa à Kinshasa, l’unique bibliothèque en fonctionnement dans cette vaste commune.

Vous participez aussi à des concours littéraires?

En 2011, à Kinshasa, j’ai été lauréat du concours littéraire « Les Plumes Conscientes » dans la catégorie « Poésie », et je suis l’auteur d’un recueil de poésie publié aux éditions de L’Harmattan à Paris en mai 2014. Depuis mai 2018, je suis Directeur Général de Verts Télévision à Kinshasa et anime une émission littéraire : « Belles-lettres ». J’ai publié Paroles enflammées, de la poésie.

                      La télévision une vitrine pour mieux divulguer les arts et les lettres?
Le choix pour la télévision avec pour spécialité le monde des lettres et des arts s’est imposé à moi et se situe dans la suite logique de ce qu’a toujours été ma vie, une vie par et pour la littérature. Aujourd’hui, la télévision est pour moi un moyen efficace pour communiquer ma passion pour le livre et la lecture, et faire la promotion de la littérature et des écrivains Congolais.

Depuis quand existe Verts Pâturages et quelle est sa vision?

Verts Pâturages est une chaîne qui existe depuis 2018, l’année où elle a commencé à émettre, mais son lancement officiel est intervenu le 07 mai 2019. La vision que nous poursuivons à travers Verts Pâturages Télévision qui est une chaîne généraliste à tendance chrétienne est de promouvoir une télévision de qualité qui soit une source d’information fiable et une plateforme de communication crédible ayant pour soubassement l’amour, la foi et l’espérance.

Qui sont vos invités?

Mes invités sont généralement des hommes des lettres: écrivains, dramaturges, philosophes, essayistes, critiques littéraires, professeurs de littérature dans les universités en RDC… Au début, comme j’avais besoin de faire connaître l’émission à un plus grand nombre, j’invitais des écrivains connus, ayant une certaine audience auprès du public, mais une fois l’envol pris, j’invitais de jeunes écrivains très actifs sur les réseaux sociaux dans la mesure où ils apportaient un certain renouveau à la littérature par de nouveaux concepts qui la rapprochaient de la population.

Quels liens tissez-vous avec les maisons d’édition?

Jusque-là je n’ai pas de liens avec les maisons d’édition, ce sont plutôt les écrivains qui viennent à moi et me parlent souvent en bien de leurs maisons d’édition. Un fait à signaler quand même : de temps en temps, les propriétaires des plateformes de vente des livres en ligne viennent vers moi pour faire passer leur publicité dans l’émission ou pour que je leur facilite le contact avec les écrivains que je reçois pour leur proposer la vente en ligne de leurs ouvrages.

Lire et écrire : un moyen d’acquérir des connaissances?

Il est vrai que lire et écrire représentent une union indissoluble, c’est comme deux faces d’une même médaille. Souvent, celui qui lit beaucoup finit par écrire. Il n’a pas été donné à tout le monde d’écrire des livres, mais l’acte de lire a été donné à chacun comme un moyen précieux pour acquérir la connaissance.

Comment pouvez-vous pousser un citoyen lambda à aimer la lecture à défaut de l’écriture?

Lui faire voir l’importance de la lecture dans la vie en ramenant son attention à cette citation d’Aldous Huxley qui résume si bien les vertus que la lecture peut apporter dans la vie de quiconque s’applique à cet acte : « Tout homme qui sait lire a le pouvoir de se dépasser, de multiplier les moyens par lesquels il existe, de faire en sorte que sa vie soit pleine de significations et d’intérêts ».

Le livre vous a conduit à la télévision!

L’idée de créer « Belles-lettres », cette émission télévisée, avait surgi comme un éclair dans ma tête lorsqu’il m’avait été proposé de diriger Verts Pâturages Télévision à sa création. Je m’étais dit: « Pourquoi ne pas continuer ce que je faisais déjà par le truchement de ma bibliothèque c’est-à-dire transmettre ma passion pour le livre, la lecture, les belles-lettres et ainsi, faire la promotion de la littérature et des écrivains Congolais en créant une émission littéraire ? » Et j’ai osé.

Finalement « Belles-Lettres » a ouvert ses portes à des auteurs non littéraires?

« Belles-lettres » étant une émission essentiellement littéraire, j’ai commencé par inviter rien que des hommes des lettres (romanciers, poètes, dramaturges, professeurs de littérature à l’Université, etc.), mais avec le temps et surtout suite aux nombreuses sollicitations d’auteurs non littéraires, j’ai fini par recevoir aussi des auteurs de livres de spiritualité ou de développement personnel, des auteurs scientifiques et autres. Toutefois les hommes des lettres demeurent la principale cible de « Belles-lettres ».

Vous choisissez donc vos invités…

Effectivement, lorsque je choisis un invité, je prends contact avec lui, je lui présente la vision de l’émission et les objectifs que je vise à travers celle-ci. S’il est d’accord, nous nous fixons sur le jour du tournage, et puis vient pour moi l’étape des recherches pendant laquelle je me documente sur mon invité afin de cerner sa personne et son oeuvre. Ainsi, je sais comment l’aborder et orienter mes questions une fois sur le plateau. J’invite à la fois des auteurs bien connus, des auteurs peu connus et ceux de la vague émergente. Sans discrimination aucune!

Préparez-vous vos questions avant l’émission?

Parmi mes invités, il y en a qui exigent les questions avant de se présenter sur le plateau, d’autres, pas du tout. Font souvent partie de la première catégorie les écrivains ou auteurs bien connus. Sans doute qu’ils estiment avoir une certaine renommée ou un titre à défendre, et pour cela, préfèrent se préparer avant de se présenter sur le plateau. Tout compte fait, les plus belles émissions ont été réalisées lorsque les questions n’avaient pas été connues d’avance car là, les invités s’expriment avec plus de spontanéité.

Comment vivez-vous votre rôle de présentateur?

Je conçois mon rôle de présentateur comme celui de faire parler mes invités, de faire sortir d’eux, grâce à la maïeutique socratique, ce qu’il y a de plus précieux en eux afin de le mettre à la disposition des téléspectateurs. Ainsi, je ressens une joie indicible lorsque j’arrive dans cet échange à arracher à mes invités de belles reparties au grand bonheur de ceux qui nous suivent, et à poser des questions qui suscitent des débats, qui font avancer la connaissance… Mon plus grand bonheur c’est de servir de passeur de culture, d’être toujours cet interface entre le public et le savoir, la culture.

Les jeunes et l’art d’écrire, une tendance qui s’affirme?

Aujourd’hui, la jeunesse occupe une place prépondérante dans l’art d’écrire. On sent chez les jeunes cette envie, cette fougue d’écrire pour s’exprimer, laisser libre cours à leur créativité. Faute de trouver des maisons d’édition qui puissent les prendre en charge, ils préfèrent le faire via les réseaux sociaux.

Comment alliez-vous lecture et loisirs?

En soi, la lecture des livres ne peut pas me donner du temps pour les loisirs parce qu’elle est pour moi une passion, et le propre de la passion c’est d’emporter… J’avoue que je dois de temps en temps me faire violence pour m’arracher de la lecture afin de me donner du temps pour les loisirs qui, tout compte fait, permettent les conditions d’une bonne lecture. Mon rapport aux livres est pathologique. J’ai du mal à m’en séparer, où que je sois, ils sont là. En moyenne, je lis cinq livres par mois.

Quels sont vos liens avec les organisateurs de salons de livres?

Jusque-là, nous n’avons aucun lien. Néanmoins, il arrive souvent à Verts Pâturages Télévision de réaliser des reportages lors des salons du livre ou des cérémonies de présentation de livres.

Des projets?

Oui. Premièrement, publier d’ici février 2021 un ouvrage d’entretien qui va reprendre quelques-unes des interviews de mes émissions et ayant pour titre : « Les belles-lettres congolaises. Entretiens autour de la littérature ». Deuxièmement, faire de ma bibliothèque, la Bibliothèque Rehoboth qui compte à ce jour près de 6000 ouvrages, une grande médiathèque au coeur de la commune de Bandalungwa à Kinshasa en RDC. 

Pour finir?
Comme mot de la fin, du moins pour cet entretien : un grand merci pour la reconnaissance de ce que je fais et pour l’immense joie que cela suscite en moi, celle de me savoir utile à quelque chose dans ce monde. Pour tout contact, mon adresse email demeure disponible :

laurentka.tshindela@gmail.com

Téléphone: 243 81 515 8362

Propos recueillis par Marie-Léontine Tsibinda Bilombo

4 réponses

  1. Florent Nawezi dit :

    Je suis content de cet interview car étant témoin privilégié du récit de notre ami Homme des lettres. Pendant nos études secondaires au Collège Tutazamie il nous avait donné le goût de la lecture et il nous impressionné avec la qualité de ses dissertations.

  2. Florent Nawezi dit :

    Je voulais écrire: il nous impressionnait avec ses dissertations..

  3. Fantax dit :

    Félicitations, mon frère Tshindex. Tu es l’exemple d’un épanouissement continu qui défie le poids de l’âge qui croît et qui aurait pourtant découragé beaucoup d’entre nous.

  4. Anonyme dit :

    Merci beaucoup PAPA, vous êtes un modèle pour nous et vous nous inspirer beaucoup.

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